ELEMENTS DE REFLEXION SUR LES BMA

L’Afrique centrale est le véritable trou noir de l’Afrique francophone, le Congo un vrai paradoxe, partagé, il est vrai, par beaucoup de pays du tiers monde. Ce paradoxe est celui d’un pays immensément riche avec une population extrêmement pauvre. Après être abusivement passé par la case PPTE, les autorités se vantent d’ailleurs d’être un pays à revenu intermédiaire. Officiellement, la population est estimée à 3.550.000 habitants. L’économie y est essentiellement une économie de rente basée sur l’exploitation du pétrole qui concourt pour près de 84% des recettes budgétaires de l’Etat, 67% du PIB et représente 90% des exportations du pays. La loi de finances 2011affiche un budget de près de 3000 milliards de FCFA. La loi de finance 2012 prévoit un budget de 3645 milliards de FCA. A l’échelle du Congo, ces chiffres donnent le vertige. Songez qu’en 1960, celui-ci était de 5 milliards, 12 milliards sous Massamba Debat, 21 sous Marien Ngouabi. Il a donc été multiplié par quasiment 4000%. Selon les chiffres donnés par le gouvernement dans son rapport national des progrès vers l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement daté d’avril 2010, Plus de 51% de congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire, avec moins d’un euro par jour. Plus de 40% des jeunes sont au chômage. L’espérance de vie est de 51 ans. L’indice de développement humain 2009 classe le Congo au 136ème rang sur 179 pays. Plus prosaïquement, les services de l’eau et de l’électricité sont quasi inexistants. Les hôpitaux sont des mouroirs. Ecoles, collèges, lycées, Université sont à la dérive. Un repas par jour est la norme.

Devant l’ignoble d’un tel tableau, la FCD a jugé qu’il était de son devoir avec les associations Survie et Sherpa de s’engager dans la plainte déposée en mars 2007 pour « recel de détournement de biens publics et complicité » contre ces chefs d’Etats que vous connaissez tous, Sassou Nguesso étant l’un d’eux. La suite, vous la connaissez. Les enquêtes menées par la brigade financière ont révélé une partie que nous considérons infime, des détournements opérés par ces satrapes. Près de 100 comptes bancaires ont été identifiés pour Sassou Nguesso et sa famille.

Et aujourd’hui ? Rien n’a véritablement changé. Tant dans la situation des congolais qui s’est du reste considérablement dégradée que dans les pratiques du pouvoir Sassou. Par exemple, début 2011 l’épouse du Ministre des finances a été arrêtée à l’aéroport de Johannesburg avec des valises d’argent liquide, le 1er octobre, elle était à nouveau interpellée dans les mêmes conditions à Roissy. Au mois d’octobre, un contrôle opéré par les services du Trésor a permis d’identifier des mouvements de fonds vers des chancelleries fantôme basées à l’étranger. Des cas comme ceux-là, on peut les multiplier à l’infini. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques de ce régime.

Ainsi, grâce à la rente, le régime peut conserver le pouvoir en utilisant la force ou la corruption. Cette rente pétrolière déstructure la sphère politique, les orientations politiques ne se font plus sur des bases idéologiques et le pouvoir est légitimé sur une distribution de ressources sur la base du favoritisme. La rente est accaparée par les agents membres ou proches de l’Etat, dont on peut dire qu’il est l’Etat Sassou, elle est distribuée de manière privée ou via des réseaux clientélistes.

Le pétrole comme vous le savez, requiert des investissements financiers et des moyens de productions importants. Pour en assurer la rentabilité, les investisseurs sont tentés d’apporter leur soutien aux gouvernements avec lesquels les contrats ont été négociés, réduisant ainsi, le risque de pertes de propriétés qui pourraient subvenir avec des changements du régime en place. La communauté internationale est alors tentée de faire moins de pression sur un Etat pétrolier. Le Congo en est le parfait exemple. D’autant, que comme dans d’autres secteurs à rentabilité élevée, s’active la françafrique, le plus extraordinaire pacte de corruption des élites françaises et africaines à l’échelle continentale, cette structure ad hoc pour pomper le fric par la vampirisation des Africains pour la satisfaction de la veulerie française. A cet égard, les récentes saillies de Robert Bougri, Bonnecorse ou Jocktane n’enfoncent que des portes très largement ouvertes.

Ce pacte postule le maintien en place des dictatures les plus achevées, le bannissement de la démocratie et de l’Etat de droit, portes ouvertes vers la transparence, son ennemi n°1. Il est donc un véritable poison pour nos peuples.

Un marqueur souligne d’ailleurs la volonté du chef de l’Etat congolais de ne rien changer à ces pratiques : son refus catégorique de se conformer à l’article 48 de la constitution de 2002, qui impose à tout citoyen élu, ou nommé à une fonction publique, de déclarer son patrimoine lors de sa prise de fonctions et à la cessation de celles-ci, sous peine de déchéance.

Bien entendu, au Congo, les médias publics n’évoquent guère les BMA sinon, sous forme de stigmatisation de ces occidentaux qui en veulent au leader bien aimé, suggérant même une posture raciste. Ce qui ne trompe guère grand monde.

Clairement, les congolais se réjouissent de l’idée que les dirigeants de ce régime et Sassou en premier aient à répondre de ce pillage éhonté des richesses du pays, faute de ne pouvoir le faire sur place. C’est ici le lieu de rappeler que les congolais n’ont pas oublié la condamnation de Sassou par la Conférence nationale souveraine de 1991, au paiement d’une amende d’1 milliard de Francs CFA en raison de « ses relations suivies avec des hommes d’affaires véreux et l’ampleur de ses malversations financières au préjudice de l’Etat congolais ». Inutile de préciser que l’homme ne s’est jamais acquitté de sa dette.

Nous espérons donc que malgré les pressions politiques, les juges chargés de relancer les investigations dans cette affaire, seront à la hauteur de l’enjeu.

Pour sa part, la FCD reste disponible et prête à apporter sa contribution et son soutien, pour toute action de nature à faire avancer ce dossier qui est également un combat contre la françafrique.

Vaujours le 12 décembre 2011
Contact : Olivier BIDOUNGA 06 22 21 50 44

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