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Politique

Consternation

Consternation

Mardi 23 novembre

C’est peu dire que c’est avec beaucoup de consternation et avec une immense tristesse que les familles des victimes et tous les Congolais épris de paix et de justice ont appris ce lundi 22 novembre la décision de la Cour d’appel de Paris. Même si la libération rocambolesque du sieur Ndengué présageait du fait que la politique avait pénétré dans le prétoire dans cette affaire de la rafle du Beach [1]. Reste ce véritable coup d’assommoir que cette invitation cynique faite aux familles des disparus à continuer de porter, dans l’indifférence, leur deuil.

Rappelons que la décision de la Cour d’appel de Paris rendue ce lundi a annulé en totalité la procédure française concernant la disparition de plus de 350 Congolais qui rentraient de République démocratique du Congo (RDC) où ils s’étaient réfugiés pour fuir les affrontements qui ensanglantaient le pays. Le parquet général n’avait pourtant déposé qu’une requête en nullité fondée sur le statut diplomatique conféré à M. Ndengué (" l’immunité de juridiction ") mais la Cour est allée au-delà de cette demande, enterrant provisoirement l’espoir des Congolais qu’une véritable justice soit rendue dans cette affaire [2].

Car il ne faut pas se leurrer. Ainsi que le reconnaissait un ancien procureur général près la Cour suprême du Congo, la justice congolaise - qui ne tardera pas du reste à se manifester de nouveau dans les prochains jours, selon un scénario mis en place de longue date - n’a plus de justice que le nom. A fortiori dans une affaire mettant en cause de hautes personnalités de l’Etat. Elle sait donc ce qui lui reste à faire à présent : condamner quelques lampistes et rendre des non lieu au bénéfice d’officiers de l’armée dont certains se targuent d’avoir eux-mêmes sollicité leur inculpation, avant d’être promus - mépris de la justice - pour certains à des grades supérieurs, malgré leur " mise en examen ". Le chef de l’Etat [3] avait d’ailleurs d’ores et déjà annoncé le verdict du prétendu procès à venir, déclarant que la procédure de Brazzaville allait démontrer que l’affaire avait été fabriquée de toutes pièces.

La voie est donc libre pour la formation d’un " gouvernement d’union nationale " : de ce côté-ci de la Seine le pacte évoqué par la " Fédération des Congolais de la Diaspora " a été honoré au-delà de toute espérance. Quand bien même il reste la possibilité d’un pourvoi en cassation pour les familles des victimes voilà un mauvais coup porté au tissu national congolais ou de ce qu’il en reste car, ne nous le cachons pas, celui-ci restera déchiré aussi longtemps qu’une justice indépendante n’aura pas fait la lumière sur la disparition de nos compatriotes. De ce point de vue donc, la décision de la Cour d’appel de Paris, en " refilant la patate chaude " à la justice congolaise, ne résoud rien. Au contraire : elle creuse plus profondément le fossé séparant les " vainqueurs de la guerre " de la majeure partie de la population et accroît l’incompréhension des populations africaines devant un type de relations qu’entretient la puissance tutélaire avec les régimes dictatoriaux en place dans nos pays.

Reste l’interrogation. Pourquoi ? Plus que l’actualité de la Côte d’Ivoire, et parmi d’autres raisons, certains suggèrent de regarder du côté de l’Angola pour essayer de comprendre. Là-bas, à cause d’une procédure judiciaire impliquant un citoyen français bien en cour dans ce pays, Luanda aurait refusé de renouveler certains contrats juteux à une société pétrolière présente également au Congo. De quoi donner à réfléchir en effet, la vie de pauvres africains pesant très peu lourd dans la balance face aux énormes intérêts en jeu, ajoutent-ils.

Certes une bataille est perdue mais il reste d’autres ressources (des recours) comme le pourvoi en cassation en France, la justice européenne ou la justice internationale. La justice congolaise jugera peut-être cette affaire mais ce sera sans les plaignants, sans les familles des victimes. Malgré les liasses de billets...

Etroubéka

© www.Mwinda.org

Notes

[1] Je suis atterré par le tort fait aux victimes. Cette décision que les annales judiciaires françaises retiendront traduit l’immixtion de l’exécutif dans le pouvoir judiciaire. C’est un grave recul pour les droits de l’homme et l’indépendance de la justice ", a déclaré pour sa part Me Patrick Baudouin, avocat des victimes. " Cette décision sans précédent que la Cour d’appel vient de rendre détruit trois années de travail patiemment mené par le juge d’instruction de Meaux " a-t-il ajouté.

[2] " Dans leurs motivations (selon le journal " Le Monde "), les magistrats de la chambre de l’instruction ont estimé notamment que l’information judiciaire, ouverte contre X, ne désignait pas nommément la personne poursuivie, en l’espèce le général Dabira.Par conséquent, rien ne permettait de vérifier la présence sur le territoire français de l’intéressé, condition nécessaire à la validité de la procédure, selon la cour d’appel ".

[3] Selon notre confrère de " La Lettre du Continent " ce dernier est annoncé à Paris le 4 décembre prochain " pour assister à Paris-La Défense au sacre de son ami Jean-Charles Foellner réélu pour trois ans Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française ".

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