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Politique

COMMISSION JUSTICE ET PAIX

RENCONTRE POUR LA PAIX ET LES DROITS DE L’HOMME (RPDH)

COMMISSION JUSTICE ET PAIX

Communiqué de presse :

Congo-Brazzaville, la presse dans le collimateur : Les pouvoirs publics organisent des opérations de domestication et de conditionnement des journalistes !

Brazzaville, Pointe-Noire le 9 novembre 2004,

La Rencontre pour la Paix et les Droits de l’homme (RPDH) et la Commission Justice et Paix (CJP) sont totalement indignées face aux pressions sournoises que les pouvoirs publics congolais exercent sur les journalistes en général, et particulièrement sur les correspondants de la presse internationale au Congo. Dans une lettre datée du 8 novembre 2004, le Ministre de la Communication a cru devoir intimider la presse internationale en rappelant aux correspondants « que l’exercice de leur profession doit se faire selon l’éthique déontologique professionnelle et dans le strict respect des lois et règlements en vigueur au Congo. Ceux qui ne se conformeront pas à ces dispositions, verront leur statut mis en cause ». Dans la même logique, le 4 novembre dernier, le Cabinet du Ministre des Affaires étrangères, responsable des accréditations des journalistes de la presse internationale, annonçait déjà ses intentions en convoquant la dizaine des correspondants présents à Brazzaville. A cette occasion, le Directeur de l’information au dit Ministère a rappelé à l’ordre les correspondants en leur recommandant de « ne pas traiter les sujets qui donneraient une mauvaise image du pays : problèmes d’eau, d’électricité, déclaration incendiaire de l’opposition, le problème de Ntumi... » Puis d’un ton menaçant, il a rappelé que le Congo n’était pas obligé d’accréditer un journaliste et qu’il pouvait retirer cette accréditation à tout moment. Mettant à exécution ces menaces, le 6 novembre, Saîd Penda, correspondant de la BBC à Brazzaville a été informé des appels téléphoniques reçus par sa rédaction, émanant des Ministres Congolais de la Communication et de l’Administration du Territoire. Ces appels informaient la BBC de l’imminence de l’expulsion du correspondant dans les tous prochains jours. Il lui ai reproché d’avoir donné la parole à l’opposition dans un reportage d’analyse sur la re-élection du Président George W Bush, l’opposition y traitant le Président actuel du Congo de dictateur. La « suspension ou la mise en stand by » de l’émission « Sens inverse » de Dulcine Pambou, la suspension du journaliste Touadikissa Massanga et la décision de la remise à disposition à son Ministère d’origine (Ministère de l’enseignement), le harcèlement judiciaire du journal l’Observateur et son directeur de publication sont autant d’éléments démonstratifs du contexte alarmant dans lequel évolue les journalistes, et du niveau de restriction soumise à la presse dans le pays. Ces opérations organisées sous la couverture d’une pseudo exigence de l’éthique dans l’exercice de la profession du journalisme au Congo, sont en réalité des prétextes masquant les velléités de domestication et de conditionnement de la presse par les pouvoirs publics, dans le but de l’aligner sur ses positions. La Censure étant officiellement prohibée, ces autorités utilisent des méthodes subtiles pour susciter une auto- censure par les journalistes eux-mêmes. La RPDH et la CJP dénoncent ces pratiques d’intimidations d’un autre âge, qui tendent à assujettir une presse évoluant déjà dans un espace de traumatisme. Rappelons que près de 99% des correspondants de la presse internationale au Congo sont des fonctionnaires dans les médias publics ; la manœuvre actuelle des pouvoirs publics vise essentiellement à les obliger à travailler dans le sens souhaité par le gouvernement.

La RPDH et la CJP interpellent les autorités congolaises et leur recommandent de se conformer et de veiller en faveur de la mise en œuvre effective des différents instruments juridiques internationaux en matière des libertés d’expression et de la presse, et particulièrement le respect scrupuleux des articles 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Pour la Rencontre pour la Paix

et les Droits de l’Homme (RPDH)

Christian MOUNZEO

Pour la Commission Justice

et Paix Président Coordonnateur Diocésain

Abbé Georges LOEMBA NDENDE

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