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Environnement

"Expropriation et Falsification"

Mr Benjamin Moutsila et Mr Olivier Bidounga [Délégués FCD] Lors du contre-sommet France-Afrique à l'hôtel de ville de paris.

"Expropriation et Falsification"

Suite aux annonces faites par le gouvernement congolais sur des expropriations à Bacongo, Makélékélé, Ouesso, Oyo et Poto Poto..., la FCD, tout comme plusieurs organisations de la société civile, se fait le porte-parole du désarroi des populations des dits quartiers. Ces populations avaient déjà subi les désagréments des guerres de 1993, 1997, 1998. Les traumatismes subis sont encore présents dans les mémoires. Faut-il ou est-il opportun de faire subir encore et toujours aux mêmes, humiliations et spoliations ? Faut-il ou est-il opportun que les mêmes ayant déjà perdu parents, biens meubles et immeubles subissent les caprices des hommes politiques véreux ? Le gouvernement annonçait le début des travaux pour juillet 2004.

De quoi s’agit-il ? Exproprier ou Rebâtir ?

Dans tout pays organisé, toute réalisation publique de cette envergure comporte un avant projet qui est d’abord soumis en débat aux populations avant l’enquête d’utilité publique. Dans le cas de changement de nature d’un arrondissement dans une ville, un plan d’ensemble est mis à l’appréciation du public, pour voir l’insertion de l’arrondissement concerné. L’édification de cet avant projet se fait en démocratie participative c’est à dire en concertation avec les associations des sites et lieux concernés, les institutions politiques, les services étatiques techniques. Tout ceci en adéquation avec le plan d’occupation des sols et du plan directeur des villes et des Régions où sont situées ces villes. Ce projet mis en conformité avec le plan directeur de la ville et de la région doit respecter des contraintes multiples : Contraintes de protection et de mise en valeur des paysages : les berges des fleuves et des rivières... les espaces inondables à préserver... des espaces boisés naturelles à conserver et les espaces boisés artificiels de proximité à créer. Contraintes démographiques : la spécificité des populations autochtones in situ et des populations à venir afin d’assurer une mixité creuset d’unité nationale. Contraintes d’emplois : industrielles, de services et autres. Contraintes sociétales : Education, Santé, et Structures communes de proximité, Marchés. Structures sportives de masse et de compétition... Contraintes de voirie : Routes, Assainissements, Adduction d’eau courante, et autres fluides domestiques etc.. Contraintes de protection du cadre de vie ( Valorisation des déchets domestiques et industriels, protection de l’air, protection contre le bruit,...) Contraintes des circulations transport en commun et privés. Enfin ce projet est soumis à enquête d’utilité publique sous le contrôle d’un commissaire enquêteur qui grâce à un cahier registre consigne toutes les remarques, avis et contre projets des populations et des associations intéressées. Des réunions publiques avec débats sont également organisées pour mieux s’imprégner du projet et en voir la finalité ; tant par les associations que par les institutions politiques. In fine le Commissaire enquêteur rend ses conclusions. De tout cela RIEN, le flou artistique de la "nouvelle espérance" Enfin quand le projet et sa substance d’utilité publique sont démontrés et acceptés arrivent les procédures d’expropriations. L’Etat se doit de négocier avec chaque propriétaire qui est une entité juridique, individuellement selon sa spécificité et selon la législation en vigueur des domaines et du cadastre. Une expropriation doit être justifiée par la nature des opérations à réaliser. Là aussi des contraintes précises dans la loi doivent être respectées : Réalisation d’équipements collectifs : sportifs, marchés, établissements scolaires et autres, maintien ou extension d’activités économiques Sauvegarde du patrimoine historique et environnemental Lutte contre l’insalubrité, bâtiments en péril et absence d’évacuation d’eaux. Création d’espaces verts de proximités ouverts aux publics. Quel en est-il pour les quartiers des villes du Congo, concernés ? L’Etat annonce la construction de logements sociaux. Seront-ils locatifs ou voués à l’accession à la propriété ? L’Etat n’est-il pas en train d’exproprier pour reconstruire et vendre afin de modeler la nature sociologique des lieux ? La FCD rappelle qu’en la matière, les derniers occupants doivent toujours être les primo-acquerreurs.

Que se passe-t-il en la matière ?

Visiblement toutes les familles concernées ont été mises au courant non pas individuellement, mais par la rumeur et enfin par voie de presse. En l’occurrence ce quartier très vieux n’est pratiquement plus habité par les premiers occupants, mais par des héritiers parfois de la troisième ou quatrième génération ou des usufruitiers. Ceux-ci étant tellement scindés en plusieurs branches, qu’une discussion pour désigner les héréditaires bénéficiaires nécessiterait non une seule réunion publique mais plusieurs réunions par familles. L’état n’a jusqu’aujourd’hui organisé qu’une seule réunion publique qui s’est terminée en ‘’queue de poisson’’. Comme à son habitude le parti-état brille par sa médiocrité légendaire dans les affaires administratives. Il veut passer en force faisant fi des desiderata des populations et surtout de la douleur de celles ci, consécutive aux pertes matérielles déjà endurées. Il foule aux pieds la Loi de la République. Il monte une opération de propagande creuse sans réflexions et un leurre pour l’extérieur du Congo. Il met en place une opération pour mieux assouvir ses appétits de prédateur financier Il voudrait avoir le sol, après avoir dilapidé les produits du sous-sol.

Quelles finalités politiques cachent ce projet ?

Après une guerre contre les civils que M Sassou a été incapable de gagner, est venu le tour des tentatives d’effacement de son forfait. Il reste dans ces quartiers bombardés à l’arme lourde et par l’aviation, les stigmates sur les habitats et les Hommes qui aujourd’hui sont les témoins de cette politique de la terre brûlée. Ces traces sont donc la mémoire pour les générations futures. Dans cette partie de Brazzaville, qui serait à même de racheter les fameuses villas Nsafou et autres ? Alors il n y avait plus qu’à déplacer ces populations à défaut de les avoir massacrées. " Nous allons nettoyer Bacongo quartier par quartier, rue par rue, maison par maison..." disait Ibovi propagandiste de la guerre de 1998 sur les antennes de RFI. Ces populations depuis 1997 sont les plus paupérisées. Leur descende en enfer continue. Depuis la fin des guerres elles n’ont pas reçu la moindre indemnisation tant pour leurs biens mobiliers et immobiliers, que pour leurs morts. Dans ce quartier toutes les familles ont perdu au moins un parent des suites des guerres. Dans certaines rues et parcelles, ont été enterrés précipitamment des corps en putréfaction. Donc il faut cacher ces charniers et surtout cacher la misère des familles qui jadis avaient largement de quoi vivre dans des villas aujourd’hui cassées et dépouillées. Parler d’urbanisation, alors que ce quartier a été parmi les mieux construits à l’époque dans Brazzaville, est un leurre grossier. M. Sassou veut justifier par cette manœuvre, l’utilisation des capitaux de reconstruction post conflits reçus des institutions internationales.. Ne sachant conduire les affaires de l’Etat dans une prospective des générations futures, il lui faut masquer, crier, accuser des prétendus hommes d’affaires véreux et in fine, faire oublier. Cette opération vise aussi la révision de la démographie de Brazzaville. Il faut bien déjà penser aux futures élections. Ce calcul est faux dans la pratique. En réalité l’activité sociale et économique se chargeait déjà de réduire petit à petit l’homogénéité socio-ethnique de ce quartier.

Le passé nous aide à construire le futur

En 1946 le Député Félix TCHICAYA s’était battu pour que le quartier de Bacongo ne change pas d’emplacement et il a par la suite, connu un essor culturel et démographique des plus riches. En 1956 pour des raisons d’assainissement et de sécurisation géologique les abords du fleuve appelés Dahomey seront déplacés dans un nouveau quartier appelé Tahiti avec toutes les règles de la Loi de l’époque :

- 1° Viabilisation et construction du quartier Tahiti ;

- 2° Indemnisation selon la taille des familles et choix des maisons pour les futurs expulsés ;

- 3° Déménagement et Destruction de l’ancien quartier Dahomey

Personne n’avait été lésé. De nouveaux quartiers dits "quartiers chics ou modernes" ont été viabilisés et construits pour ceux qui n’étaient pas allés à Tahiti et pouvaient s’offrir mieux. Après 1960 et 1963 les mêmes règles ont été observées pour continuer une urbanisation correcte de Brazzaville, Pointe Noire et les autres localités de la république. Des quartiers chics, Och ont été crées dans plusieurs villes du Congo. N’oublions pas que sous le parti unique, les gouvernants avaient été incapables d’asseoir de véritables projets de ville dans les quartiers du stade Eboué, Cataractes qui sont inondables avec des problèmes d’insalubrité. Il en est de même pour les quartiers Dibodo et Nvunvu à Pointe Noire, Talaguaï, poto-poto Djoué et autres quartiers la Base à Brazzaville. Les autorités de la république ont préféré laisser ces populations dans la mouise et la souillure, en favorisant l’extension anarchique et fuyant le débat citoyen.

Conclusion

L’histoire du parti actuellement au pouvoir n’est pas l’histoire des Hommes au Congo. Son rapport à l’homme est teinté d’un besoin maladif d’inspirer la peur avec ses corollaires, la puissance et la crainte. Du coup, le savoir-faire citoyen n’est pas de mise, l’intérêt supérieur de la collectivité non plus. Ces tares létales, pour la formation d’une nation, transparaissent dans la gestion administrative de l’habitat public. Au Congo, gérer la ville et l’environnement riment très souvent, trop souvent, presque tout le temps avec enrichissement rapide personnel et captation des richesses nationales. C’est ainsi que, des espaces prévus pour l’oxygénation de la ville de Brazzaville tels la patte d’oie ou les abords du stade Massambat Débat ont purement et simplement été sacrifiés. Les zones de sécurité aéroportuaire de Brazzaville et celles de L’ASECNA ont disparu. Ce parti a été pour l’habitat et la politique de la ville, le summum de la médiocrité. La démocratie et la concertation lui étant inconnues. Les effets d’annonces et les poses de premières pierres de chantiers non ou mal finalisés ont fait offices de politique de construction nationale. Enfin ses cadres n’ont toujours brillé que par la corruption. La Fédération des Congo la Diaspora est comme toute la société civile, une force de propositions. Ce rappel des conditions minimales d’une démocratie participative dans la gestion des projets publics est une petite mise au point à tous ceux qui ont pris la fâcheuse habitude de ne voir dans l’opposition citoyenne que des calculs bassement politiciens. Avec toutes les villes et autres cités qui ont été ou/et seront détruites pour le paraître, mettant dans la rue les Citoyens Congolais disons en paraphrasant Maxime Le forestier : " Né quelque part, laissez-moi ce repère..."

Commission cadre de vie et écologie

Rapporteur Benjamin Moutsila

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