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Politique

Congo : la paix menacée ?

Congo : la paix menacée ?

Lundi 11 octobre 9 h00

Le Congo Brazzaville courrait-il, une fois encore aujourd’hui, le risque de basculer dans la guerre civile ? En tout cas, beaucoup de congolais le craignent depuis que le climat s’est dégradé dangereusement dans le pays à la suite du pillage, la semaine dernière, d’un train par des miliciens du CNR (le conseil national de la résistance) du pasteur Ntoumi. En réponse à cet acte de " vandalisme ", le gouvernement de Brazzaville se dit aujourd’hui résolument décidé à faire respecter l’autorité de l’Etat. Pour ce faire les trains du CFCO (chemin de fer Congo Océan) seront, comme au sortir de la guerre civile de 1997, " convoyés " par des soldats fortement armés. Des engins lourds devraient également appuyer ces missions de sécurisation.

Rappelons que jusque là la sécurité sur le chemin de fer, dans la région du Pool, était assurée par les ex-rebelles du pasteur Ntoumi. Pourquoi alors des éléments du CNR se mettraient-ils aujourd’hui à piller un train dont ils étaient censés assurer la sécurité ? Cette question, " Mwinda " l’a posée au pasteur Ntoumi, joint par téléphone. Sa réponse est la suivante : " compte tenu de l’insécurité qui régnait sur le chemin de fer, le CFCO avait signé avec le Conseil national de la résistance, au début de cette année, un protocole d’accord pour que ses trains puissent être convoyés par mes éléments. Cependant, pour mettre en application ce protocole d’accord, il nous fallait conclure un accord qui déterminerait les clauses de rémunération et d’indemnisation des ex-rebelles qui seraient en service sur le chemin de fer. Malheureusement, le ministre d’Etat, Isidore Mvouba, qui est aussi en charge des transports, a subordonné la conclusion de cet accord au désarmement du CNR. Donc, cet accord n’a pas été conclu du fait de cette condition. Entre temps, il y a eu des accidents de travail sur le chemin de fer qui ont affecté mes éléments. Ces accidents ont fait quatre victimes. Et, à cause de l’inexistence d’un accord entre le CFCO et nous, ces victimes n’ont pu être indemnisées. En outre, la rémunération de mes éléments qui sont en service sur le chemin de fer ne s’effectue pas normalement. Le pillage de la semaine dernière est la conséquence d’un ras-le-bol de mes éléments ".

Et le pasteur Ntoumi de manifester son inquiétude : " le gouvernement veut mettre des militaires fortement armés sur le chemin de fer. Je n’en disconviens pas. Mais, je crains qu’il n’y ait des problèmes entre ces soldats et mes éléments qui sont aussi armés ".

On le constate : on ne semble pas loin d’un nouveau bras de fer entre le pouvoir et l’ex-rébellion. Et à ce sujet, il y a de quoi nourrir en effet quelque crainte. Le CFCO est en cours de privatisation et la future mariée se doit d’être belle. Le pillage d’un train fait désordre pour un pouvoir qui ne se privera pas de montrer qu’il a la situation sous contrôle. Or, d’expérience, on sait que les opérations de " sécurisation " dans le Pool se soldent souvent par des pillages, des viols de femmes et des massacres de populations civiles, dans une région d’ores et déjà détruite par la guerre.

Plus que jamais donc la paix reste précaire au Congo. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays où des milliers d’armes circulent presque librement et où la misère de la plus grande partie de la population, rampante, contraste avec l’opulence d’une classe dirigeante repue de pétrodollars ?

Franck Naya

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