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ELEMENTS DE REFLEXION SUR LES BMA

Tribune Que se passe t-il dans le Pool ?

Que se passe –t-il au Congo ?

Depuis le 5 avril 2016, la région du Pool est à nouveau la cible de violences armées. Officiellement, les forces armées congolaises (FAC) sont à la recherche du pasteur Ntumi, un personnage haut en couleurs, au discours messianique, confus, originaire de la région du Pool, dont les hommes, à son instigation auraient tenté de perturber la réélection plus que controversée de Sassou Nguesso en incendiant des édifices publics la veille de la proclamation définitive des résultats du vote. Pourchassés par la force publique, ils se seraient réfugiés dans leur bastion du Pool où ils sèmeraient désolation et exactions en tout genre. L’intéressé conteste les faits et se dit victime d’une cabale militaro-politique destinée à détourner l’attention sur le hold-up électoral opéré par Sassou Nguesso à l’issue d’une élection présidentielle qu’il a largement perdue. Certains opposants au régime ne sont pas loin de partager cette opinion et accusent le pouvoir d’avoir commis un montage pour étouffer toute velléité de contestation des résultats officiels. De fait, depuis cette date, la répression s’est accentuée dans le pays. Assassinats, arrestations, séquestration et torture d’opposants, mesures d’intimidation s’enchaînent. Les observateurs de la vie politique au Congo ont d’autant plus de mal à avaler la version officielle que l’intérêt pour le pasteur Ntumi, non candidat à cette élection, d’une déstabilisation du régime est difficilement compréhensible. A la tête d’une petite communauté implantée à une cinquantaine de kilomètres de la capitale vivant de petit commerce, de travaux champêtres et du budget à lui alloué par l’Etat en sa qualité de délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre, l’homme faisait partie du paysage et n’avait jamais fait parler de lui avant ce funeste 4 avril. Aussi, s’interroge-t-on sur les dessous véritables de cette crise.

Pour un meilleur éclairage, il faut revenir à octobre 1997. A l’issue d’une guerre de reconquête du pouvoir déclenchée en juin par Sassou Nguesso qui a perdu le pouvoir 5 ans plus tôt, Pascal Lissouba le président démocratiquement élu et son puissant premier ministre Bernard Kolelas originaire de la région du Pool sont défaits et poussés à l’exil. Leurs partisans (rescapés de l’armée nationale, miliciens Cocoyes, Aubevillois et Ninjas) se réfugient dans leur région d’origine du Sud (est-ouest et Pool pour les Ninjas). Sassou Nguesso, s’autoproclame président. En décembre 1998, des hommes armés entrent dans Brazzaville sud avec semble-t-il pour objectif de renverser le nouveau régime. Ils sont promptement repoussés par les fidèles de Sassou Nguesso et se replient dans la région du Pool.

En représailles, Sassou et ses miliciens déclenchent une répression sanglante contre les populations (qualifiées de « complices ») des quartiers sud par lesquels les assaillants ont pénétré dans la capitale. Des escadrons de la mort y sèment la terreur. De véritables pogroms sont organisés. Les populations sont déplacées, les quartiers vidés, pillés. Les couloirs humanitaires mis en place par le régime afin (officiellement) de permettre aux populations des quartiers Sud de se rendre en toute sécurité dans les autres quartiers, deviennent de terrible sas de tri mortel : tous les jeunes de 15 à 30 ans sont exécutés, souvent devant leurs familles ! Les morts se comptent par milliers. Les survivants n’ont d’autre choix que se réfugier dans l’arrière-pays du Pool qui se situe dans le prolongement sud de la capitale. Les miliciens de Sassou y séviront de 1998 à 2002. Car, entre-temps, une rébellion y est apparue. Celle-ci a un chef et un nom. Le pasteur Ntumi, sorti de nulle part. Il aurait commandité l’assaut de décembre. Ses hommes s’appelleraient les Nsilulus par différenciation avec les Ninjas de Bernard Kolelas en déshérence après la défaite d’octobre 1997. Il faut absolument éradiquer cette rébellion ! Ce sera le prétexte à cette première guerre du Pool et aux massacres qui s’en suivront dont les disparus du Beach seront la figure emblématique. Fuyant la répression dans le Pool, ils avaient trouvé refuge en RDC voisine et fait confiance au message d’apaisement de Sassou Nguesso. De cet homme (Ntumi), on ne sait presque rien sinon qu’il se dit pasteur, soigne toutes sortes de maladies dont la folie et se présente en rédempteur du peuple martyrisé du Pool. Il a des hommes bien armés, possède des moyens de communication satellitaires lui permettant de communiquer avec l’extérieur. Pourtant, des témoignages très nombreux rapportent l’innommable : Ntumi et ses hommes rançonnent, assassinent, détroussent les réfugiés venus des quartiers Sud de Brazzaville. C’est la confusion totale ! En même temps, une rumeur circule sur l’origine de la guérilla du pasteur Ntumi : Il serait une créature sortie tout droit du laboratoire de Sassou pour affaiblir les Ninjas de Bernard Kolelas. Encore plus troublant, pour mettre un terme à la rébellion, Sassou accepte une médiation gabonaise pour discuter avec Ntumi qui sera dans la foulée nommé « délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre » avec rang de ministre ! Sassou qui négocie avec une horde d’illuminés sans envergure politique ! Troublant ! Une résidence lui est même réservée dans les quartiers sud où il peut s’installer avec hommes armes et bagages !

C’est donc ce même Ntumi que l’on retrouve à la confluence des événements actuels dans un contexte marqué par deux coups de force de Sassou Nguesso.
- le changement de la constitution qui lui interdisait formellement de se représenter à un troisième mandat. L’opposition rassemblée (le pasteur Ntumi y compris) s’y oppose. « Autorisé » d’en changer par un conseil constitutionnel à sa botte, encouragé par une déclaration du président Hollande approuvant qu’il consultât la population (c’est-à-dire lui-même) à ce sujet, l’homme ne se fait pas prier. Le résultat du « référendum » massivement boycotté par la population au prix d’une quarantaine de morts est sans appel : 92% des électeurs appellent à un changement de la constitution….
- Fort de « l’onction populaire », Sassou Nguesso peut se représenter aux présidentielles organisées à huis clos (suspension d’internet, des communications téléphoniques, des sms, coupure des signaux radio dont ceux de Rfi, quadrillage militaire et policier du pays etc). Le résultat est sans surprise. Les congolais dans leur grande bonté lui ont accordé 62% de leurs suffrages. Les chiffres compilés dans les bureaux de vote par l’opposition laissent entendre un autre son de cloche : le dictateur a été éliminé dès le premier tour. Étrangement, la veille (4 avril) de la proclamation des résultats, des coups de feu et explosions sont entendus dans les quartiers sud. Les auteurs de ces actes ont pu sans peine agir dans une zone militarisée à outrance et disparaître aussi sec dans la nature... Désormais, l’on ne parle plus des élections. L’urgence absolue est à la chasse au Ntumi fauteur de troubles. Les contestataires sont sévèrement réprimés. Le général Mokoko, ancien chef d’état-major de l’armée, candidat de poids à ces élections est jeté en prison et y croupit encore sous le fallacieux prétexte d’avoir préparé un coup d’Etat. Un autre candidat, Okombi Salissan est contraint de se réfugier dans la clandestinité.

Depuis bientôt six mois la région du Pool est isolée. Les quelques rares témoignages qui nous parviennent parlent de massacres à huis clos. La région est interdite aux organisations humanitaires autres que celles affiliées au régime. Leurs conclusions sont alignées sur celles du pouvoir : « circulez, il n’y a rien à voir ». Des hélicoptères bombardent sans cesse la région et l’on peut constater un exode massif de populations qui se réfugient dans les zones plus sûres. Ils fuiraient d’après le régime les exactions des miliciens du pasteur Ntumi. Ce dernier coure toujours, insaisissable et plus arrogant que jamais ! Etonnant pour une cause désormais qualifiée de « nationale » et les énormes moyens mis en œuvre pour en venir à bout.

La thèse d’un complot ourdi par deux candidats aux présidentielles, Parfait Kolelas, fils de Bernard Kolelas et Okombi Salissan, vétéran aux côtés de Sassou Nguesso de la guerre qui devait ramener ce dernier au pouvoir est désormais brandie par le régime. Mais on ne voit toujours pas l’intérêt pour ces deux hommes de provoquer un conflit armé face à un Sassou Nguesso surarmé. La population est de plus en plus perplexe sur les réelles responsabilités du pasteur Ntumi dans cette nouvelle crise.

Plutôt que se perdre en conjectures, une question s’impose : A qui profite cette situation ? Qui a intérêt à ce que Ntumi continue à occuper le terrain ?

Compte tenu du solide maillage militaro policier de ce pays entièrement cadenassé, il n’y avait pratiquement aucune chance que des opposants se sachant surveillés comme l’huile sur le feu, ni même le pasteur Ntumi, tentent un coup de force voué à l’échec. Dans ces conditions, Sassou Nguesso, unique détenteur du monopole de la violence d’Etat, porte l’entière responsabilité de cette crise dont le pays n’avait guère besoin. A t’il comme le pensent certains réactivé sa créature Ntumi pour détourner l’attention sur son grossier hold up électoral ou ce dernier n’est en définitive que le bouc émissaire idéal comme lui-même l’affirme ?

Une certitude : L’élection frauduleuse de Sassou Nguesso est passée au second plan. L’opposition est laminée. Ses principaux leaders sont sous les verrous, traqués, mis au pas et sont l’objet de menaces permanentes. Dans ce climat de terreur, la population n’ose pas protester contre les effets de la terrible crise économique qui frappe de plein fouet le pays du fait de la chute vertigineuse des cours du pétrole dont les revenus alimentent majoritairement (80 à 85%) le budget de l’Etat. Le régime fait donc d’une pierre deux coups. Son chef, Sassou Nguesso, ce grand ami de la France, peut ainsi poursuivre dans un silence assourdissant sa croisade sanglante dans la région du Pool. Jusqu’aux prochains disparus du Beach ? Militants de composantes de la FCD

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