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Lutte contre l’impunité

L’ex-président tchadien Habré jugé au Sénégal, un procès "historique" par Rédaction de France Info lundi 20 juillet 2015 10:43

Il s’agit du premier procès d’un ancien chef d’Etat africain en terre africaine. Hissène Habré, qui était au pouvoir au Tchad de 1982 à 1990, est accusé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture. Il est jugé à partir de ce lundi à Dakar au Sénégal. Sa police politique serait à l’origine de 40.000 morts.

Ce lundi s’ouvre un procès historique à Dakar, celui de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Historique car c’est le premier procès d’un ancien chef d’Etat africain en terre africaine. Hissène Habré, qui était au pouvoir au Tchad de 1982 à 1990, est jugé par un tribunal spécial, les "Chambres africaines extraordinaires". Ce procès marque "un tournant pour la justice en Afrique", a estimé lundi le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme. L’ex-président est arrivé lundi tout de blanc vêtu, amené de force, contraint de comparaître alors qu’il dit ne pas reconnaître cette juridiction spéciale. Le procès a démarré dans une atmosphère tendue : sur place à Dakar, Coralie Pierret

Hissène Habré doit répondre des accusations de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture : 40.000 morts, selon les organisations de défense des droits de l’Homme. Pendant ses huit années au pouvoir, de nombreux Tchadiens sont passés par les geôles de la DDS, la police politique de l’ancien président. Certains ont même été emprisonnés à "la piscine", l’une des prisons redoutées de l’époque où les détenus mourraient sous la torture, d’asphyxie, de faim ou encore de maladies. Reed Brody : "C’est la plus grande victoire de ma vie"

Depuis la première plainte déposée au Sénégal en 2000, puis au Tchad et en Belgique, il aura fallu 15 ans pour juger Hissène Habré. 4.000 personnes sont parties civiles à ce procès. Une procédure rendue possible notamment grâce à Reed Brody, avocat de l’organisation Human Rights Watch (HRW) et cheville ouvrière de ce dossier. "C’est la première fois que des victimes arrivent à traduire en justice en Afrique un dictateur, la première fois que les tribunaux d’un pays d’Afrique vont juger le dirigeant d’un autre pays, donc évidemment c’est la plus grande victoire de ma vie", explique-t-til sur France Info.

Reed Brody, avocat de Human Rights Watch, travaille depuis 16 ans pour obtenir ce jugement d’Hissène Habré En 2011, Reed Brody a retrouvé par hasard des archives de la police politique de Hissène Habré, par terre dans une prison de N’Djaména, 11 ans après sa chute du pouvoir. "Je pense que les gens ignoraient l’existence de ces documents, nous les avons trouvés éparpillés à même le sol, recouverts d’une épaisse couche de poussière, ils n’avaient pas été touchés depuis des années", indique-t-il. "Ces documents constituent vraiment les preuves les plus solides qui puissent exister sur les crimes, et aussi sur le fait qu’Hissène Habré était constamment informé des agissements de la police politique, il n’était pas distant", poursuit-t-il.

Avant l’ouverture de ce procès, quatre magistrats ont enquêté pendant plus d’un an et demi, principalement au Tchad. Ils ont interrogé des témoins et victimes du régime Habré, analysé des documents de la police secrète de l’ex-président et examiné des fosses communes. Hissène Habré, 72 ans, est en détention depuis deux ans au Sénégal où il a trouvé refuge après avoir été renversé par l’actuel président Idriss Deby Itno. Son procès doit durer trois mois, une centaine de témoins sont attendus à la barre.

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