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Politique

Le Congo- Brazzaville, théâtre perpétuel des exclusions...

44e anniversaire de l’Indépendance : Le Congo- Brazzaville, théâtre perpétuel des exclusions, injustices sociales, impunité et d’une gouvernance non démocratique qui handicapent le développement.

Communiqué de la coalition congolaise " Publiez ce que vous payez " [1]

44e anniversaire de l’Indépendance : Le Congo- Brazzaville, théâtre perpétuel des exclusions, injustices sociales, impunité et d’une gouvernance non démocratique qui handicapent le développement

Au moment où la République du Congo célèbre avec faste le 44e anniversaire de son indépendance, la société civile se sent interpellée et demeure préoccupée par le contexte dans lequel se déroulent ces festivités.

Depuis la fin de la guerre de 1997, et des différents conflits qui ont émaillé la vie politique congolaise, jusqu’en 2002, le processus démocratique a été confisqué par les vainqueurs de la guerre de 1997. Ces derniers ont fini de transformer leur victoire militaire en victoire électorale, par l’organisation d’élections contestées, non équitables, et dans des conditions de liberté et de crédibilité peu acceptables.

A ce jour, le processus de réconciliation et de normalisation de la vie politique demeure inachevé. Les accords de cessez-le -feu et de cessation des hostilités signés en 1999, et réaffirmés en mars 2004, n’ont pas permis d’obtenir la paix durable souhaitée par les populations. Le non respect de ces accords par les belligérants, et particulièrement le manque de volonté politique de la partie gouvernementale, constitue une menace réelle pour la paix. Les questions de prise en charge des ex -miliciens se posent toujours avec acuité, ainsi que le crucial problème du ramassage des armes de guerre. Consécutivement, la situation dans le département du Pool, ressemble à jamais à une nébuleuse entretenue. Et, les récentes prises de position du Pasteur Ntumi, sur l’exigence de mise en place d’un gouvernement d’union nationale et le retour immédiat des exilés politiques, ne vont pas pour rassurer et consacrer la paix. De fait, les populations du Congo vivent, en l’absence d’un règlement consensuel de la crise politique, une sorte de paix armée qui renforce leur sentiment de peur, et les contraint à la résignation. Le retour au pays des principaux opposants au régime de Brazzaville, une des exigences fondamentales des accords, est toujours l’objet de blocages par les actuelles autorités. Pourtant, ce retour sonnerait le glas de la normalisation.

La société civile, quant à elle - du moins, ce qui est indépendante du pouvoir- est toujours considérée comme étant un valet de l’opposition en exil ou de la communauté internationale. Ainsi, ne sont pour le bien de la république que les Congolais qui confessent leur piété à l’égard de l’élite au pouvoir. Ceux là seraient de " vrais patriotes ".

Le puissant Exécutif congolais, résultant d’une loi fondamentale manipulée et imposée, à la tête duquel se trouve le Président de la République, gouverne seul, en décidant de tout, de la vie de la population, sans que celle-ci ne soit associée, et surtout sans opposition réelle, sans contre-pouvoir. L ’opposition existante, alimentaire, et ne disposant pas de pouvoir constitutionnel, a du mal à s’imposer en tant que force de proposition capable d’être suivie. L’opposition politique qui devrait jouer un rôle de contre poids n’est pas organisée et manque de force de proposition.

Au Congo, le Gouvernement gouverne et ne rend des comptes à personne. Cet état de fait, pose le problème de la gouvernance démocratique, qui déterminerait les choix politiques et économiques à même de concourir au développement du pays. L’absence de contrôle efficace et de sanction de l’Exécutif par le Parlement et la politique d’exclusion de la vie publique d’un certain nombre de concitoyens permettent ainsi au gouvernement d’agir à sa guise, et ce dernier est alors surpris en flagrant délit d’abus de pouvoir.

Le pillage du patrimoine national, particulièrement la mauvaise gestion, répartition ou affectation des revenus liés à l’exploitation des ressources naturelles (forêt, pétrole...), la non prise en compte des préoccupations fondamentales des autres composantes de la société, le règne de la gabegie, la corruption sont autant de maux qui font de l’Etat congolais, un Etat voyou.

La justice sur laquelle se fonderait l’Etat de droit est réduite à sa simple expression de service, chargée d’exécuter les directives gouvernementales et la protection de la criminalité des responsables de l’Etat. En effet, la justice congolaise est aux ordres, au point où, elle consacre l’impunité en système, face aux violations graves des droits de l’homme, dont sont auteurs, les représentants de l’Etat. Elle travaille dans un contexte de corruption telle qu’elle ne peut garantir son indépendance.

Le traitement réservé à l’affaire des disparus du Beach de Brazzaville en est une parfaite illustration. La légèreté avec laquelle ce dossier, qui concerne la disparition organisée des centaines de personnes, est abordé tant au plan politique que judiciaire intrigue plus d’un observateur. L’affaire, tantôt traitée de " simple dérapage ", de " pseudo affaire des disparus ", puis de " prétendus disparus du beach ", ou encore " affaire des morts-vivants du beach ", rappelle combien de fois, la mémoire de ces citoyens portés disparus est insultée et méprisée par ceux là mêmes qui n’ont pour autre mission que la protection des personnes et des biens.

Pourtant, il demeure constant que des centaines de disparitions ont été organisées en 1999 au su et au vu des autorités, pendant de longs mois (Avril à juillet, voir août 1999), après l’appel du Président de la République. Que dans le même temps, le même type de disparitions était monté dans les couloirs humanitaires, les domiciles privés, les lieux de détention officiel, les sites des déplacés (églises, notamment), ainsi que dans des zones de paix comme Pointe-Noire. Et en dépit de la clameur publique, des plaintes et des cris des familles, l’Etat n’a jamais daigné réagir, et cela pendant de longues années. Les démarches entreprises, à ce jour, pour annihiler les efforts entrepris dans le cadre de la manifestation de la vérité, au travers de la justice internationale, prouvent à suffisance la volonté affichée de consacrer par l’impunité un crime aussi grave qu’est ce crime contre l’humanité.

Or, la justice française est la seule capable d’établir la vérité sur ce crime. Les effets d’annonce organisés autour de la fameuse procédure de Brazzaville ont fini par conforter l’opinion sur l’organisation d’un non lieu, ou du moins l’acquittement des vrais responsables de cette tragédie qui ne sont autres que les autorités politiques et militaires actuellement au pouvoir. Dans le contexte congolais, aucun juge ne pourra condamner les responsables militaires et civils impliqués dans l’affaire des disparus. La mascarade de Brazzaville n’a finalement pour objectif que d’innocenter les vrais responsables de ce crime. Cette dépendance de la justice au pouvoir politique ne peut attirer les investisseurs qui ont pour souci la sécurité de leurs capitaux.

Par ailleurs, le gouvernement a débloqué la somme de plus de 19 milliards de F. CFA pour l’organisation des festivités à Pointe- Noire. " Cette somme devrait servir au développement de la ville pendant cette période ". On peut à l’étape actuelle s’interroger, si ces dix neuf milliards ont substantiellement amélioré le quotidien des Ponténégrins ? A juste titre, la République aurait gagné en investissant cette somme dans des dépenses prioritaires comme la réhabilitation des services pour l’amélioration de la qualité de fourniture d’eau et d’électricité indispensable pour la vie moderne. Pointe-Noire subit toujours des coupures intempestives d’eau et d’électricité, en plus de ce que cette eau ne serait pas propre à la consommation.

Plus généralement, la situation sociale est très alarmante. Le chômage des jeunes est depuis une vingtaine d’années, un véritable drame. Tous les gouvernements qui se succèdent n’ont pas apporté une solution qui permette de résorber ce drame. Alors que des générations entières de diplômés sans emploi continuent à écumer les rues, côtoyant la richesse des gestionnaires du pouvoir et leurs familles. Que dire de tous les chefs de famille qui ont perdu leur emploi suite à la liquidation, voire le bradage des entreprises publiques ; les anciens travailleurs de ces entreprises peinent, à ce jour, à recouvrer ne serait-ce que leurs droits de licenciement : ONPT, Hydro Congo, BCC, Comilog... Comment relancer l’économie locale quand des milliers de Congolais ont perdu leur pouvoir d’achat ? Pourquoi célébrer la présente fête d’indépendance avec autant de faste, tout en sachant que la situation sociale est critique ? Comment justifier une fête dans une maison en deuil ?

Après une décennie d’indépendance, le pays disposait d’un tissu économique embryonnaire et florissant. Le début de l’exploitation pétrolière apparaissait alors comme une bénédiction. Trente cinq ans après et pendant que cette ressource importante est entrain de tarir, le Congo n’a pas tiré profit de cette exploitation. Au contraire, cette ressource a contribué à enrichir les élites au pouvoir, à endeuiller les familles, à l’endettement du pays et à la destruction des autres secteurs d’activités : agriculture, élevage, PME et PMI.

L’exploitation pétrolière s’est opérée dans l’opacité totale tel que l’a révélé l’affaire Elf : préfinancements, dette, achat des armes, bradage.

La classe politique, les compagnies pétrolières présentent dans notre pays ainsi que plusieurs banques étrangères portent une lourde responsabilité dans l’endettement excessif de notre pays aujourd’hui.

Au cours de cette année 2004, le gouvernement a fait des pas significatifs dans le sens de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers : La réalisation et la publication de l’audit de la SNPC, le début d’application de la convention SNPC-Etat, la volonté exprimée d’adhérer à l’Initiative de Transparence des Industries Extractives, ouverture au débat public sur la gestion des revenus.

Cependant, ces pas sont encore insuffisants, en face des défis. Afin de permettre au pays de signer un accord avec les institutions financières internationales et notamment dans la perspective de la rencontre des bailleurs de fonds du 14 septembre 2004 à Paris, le gouvernement doit se montrer plus audacieux dans ses engagements pour la normalisation de la vie politique et plus de transparence notamment :

- Relancer le processus de dialogue et de réconciliation avec l’objectif de permettre aux autres Congolais le droit de rentrer dans leur pays.

- Parachever l’application des accords de paix, de manière consensuelle entre les parties en conflit.

- Garantir l’indépendance de la justice en vue de lutter contre l’impunité et œuvrer en faveur d’un règlement effectif et en toute indépendance des contentieux en matière des droits de l’homme, et particulièrement la question des disparus.

- Appliquer strictement le plan d’action de l’audit de la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC).

- Réaliser un Audit du secteur pétrolier privé.

- Réaliser un Audit des opérations financières de la SNPC réalisées pour le compte du gouvernement congolais ainsi que l’audit de ses filiales.

- Faire une Déclaration publique sur l’adhésion du Congo à l’Initiative de Transparence des Industrie Extractives (EITI) ainsi que la publication d’un calendrier de mise en œuvre de l’EITI au Congo avec la participation des différents acteurs : Gouvernement, Compagnies pétrolières, société civile.

Ainsi, le Congo sera en droit de réclamer l’aide des bailleurs de fonds internationaux, puisqu’il aura manifesté la preuve de sa volonté de gérer les revenus dans la paix et la transparence. Tel est, à notre sens, le cadeau d’anniversaire de notre indépendance que l’on peut offrir au peuple congolais.

Fait à Pointe-Noire, le 13 Août 2004.

Coalition Congolaise "Publiez Ce Que Vous Payez !" Secrétariat Exécutif BP 939 Pointe-Noire Tél :(242)557.78.45 ou (242)557.90.81 Mail : cmounzeo@yahoo.fr et bricemackosso@yahoo.fr


Notes

[1] Coalition Congolaise " Publiez Ce Que Vous Payez ! " Secrétariat Exécutif BP 939 Pointe-Noire Tél : (242) 557 78 45, (242) 557 90 81 E-mail : cmounzeo@yahoo.fr et bricemackosso@yahoo.fr

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