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ELEMENTS DE REFLEXION SUR LES BMA

TOURNONS LA PAGE suite le 30 octobre 2014

Les Peuples Africains dans le refus des présidence à vie...... le Burkina Faso aujourd’hui.......Demain le Togo, le Burundi, la Tanzanie. le Bénin, le Congo B, et le Congo K en 2015 et en 2016 Barrons leur la route.

BURKINA FASO. Pourquoi le pays s’est embrasé Nouvel Obs Publié le 30-10-2014 à 12h53

"Printemps noir du Burkina Faso", "coup d’état constitutionnel"... L’opposition à un projet de loi qui permettait à Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir a fait descendre des milliers de Burkinabé dans la rue.

La foule se tient devant l’Assemblée nationale burkinabè, où les manifestants ont mis le feu à des voitures garées dans la cour et à l’extérieur du bâtiment le 30 octobre 2014, à Ouagadougou, protestant contre le projet de loi visant à réviser la Constitution pour permettre au président Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir.

C’est une tentative de révision de la Constitution qui n’est pas passé. En décidant d’examiner jeudi 30 octobre un projet de loi qui doit permettre au président Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir pour un cinquième mandat, l’Assemblée nationale a embrassé la rue burkinabé. Après la mort d’un manifestant, le gouvernement a finalement décidé d’annuler le vote de la loi. Il n’empêche, l’ampleur des manifestations, rare en Afrique subsaharienne, a frappé les esprits et pourrait avoir des conséquences dans les jours à venir. Jeudi, plus d’un millier de manifestants opposés à cette réforme ont pénétré, saccagé et incendié le Parlement à Ouagadougou. 18 voitures ont été détruites dans la cour et à l’extérieur du bâtiment, des bureaux ont été mis à sac, du matériel informatique a été pillé et des documents ont été brûlés. La télévision d’Etat a également été prise d’assaut. Pour les leaders de cette opposition, il s’agit du "printemps noir au Burkina Faso" en référence au printemps arabe

Que dit le projet de loi contesté ?

C’est l’article 37 dans la Loi fondamentale qui est contesté. Majorité et opposition s’empoignent régulièrement depuis de longs mois au sujet de cet article limitant à deux les mandats présidentiels, qui empêche pour l’instant Blaise Compaoré, âgé de 63 ans, de se représenter en 2015. Dans le projet de loi, il est question de porter à trois le nombre maximum de quinquennats. L’opposition craint que ce changement de la Loi fondamentale, qui ne devrait pas être rétroactif, conduise le chef de l’Etat, déjà élu quatre fois avec des scores soviétiques, à accomplir non pas un mais trois mandats supplémentaires, lui garantissant 15 années de plus au pouvoir. Avec le ralliement samedi de la troisième force politique à l’Assemblée, la majorité pourrait disposer du nombre de députés nécessaire - trois quarts de l’hémicycle, soit 96 parlementaires sur 127 - pour entériner directement la loi, sans passer par un référendum comme annoncé initialement.

Qui sont les manifestants ?

L’opposition avait appelé depuis des jours à "marcher sur l’Assemblée" pour empêcher la tenue du vote. Ce sont surtout les jeunes qui sont en colère. Quelque 60% des 17 millions d’habitants ont moins de 25 ans et n’ont jamais connu d’autre dirigeant que Blaise Compaoré.

Les ténors de l’opposition, depuis quelques jours, ont appelé le peuple à "marcher sur l’Assemblée" afin d’empêcher le vote. Mais elle pourrait être dépassée par sa base, présentée comme jusqu’au-boutistes. Ils ont demandé à la population de ne pas sombrer dans la violence.

Cependant, certains leaders de l’opposition sont plus virulents. Emile Pargui Paré, candidat aux présidentielles de 2005 et 2010, et cadre du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), jeune mais influent, estime que le "seul mot d’ordre qui vaille c’est la démission du chef de l’Etat". "Nous n’allons pas être ce peuple qui va donner la mauvaise leçon aux peuples africains parce que c’est un peuple intègre", a-t-il ajouté. Si Blaise Compaoré "ne retire pas son projet, le peuple se donnera le droit de le lui faire comprendre".

De son côté, Bénéwendé Sankara, a déclaré, après l’assaut contre l’Assemblée nationale : "Le peuple a montré qu’il est un peuple volontaire et intègre. Le président doit en tirer les conséquences." Un appel à la grève générale a été lancé par les syndicats et la société civile, regroupés au sein de la Coalition nationale contre la vie chère, mais peu suivi le lendemain.

Pourquoi Compaoré veut rester au pouvoir ? Arrivé aux affaires il y a 27 ans par un putsch, le chef de l’Etat burkinabé, qui devait achever l’an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015), se verrait offrir un futur à la tête du pays. Lui qui a déjà modifié deux fois l’article 37, en 1997 puis en 2000, pour se maintenir au pouvoir, invoque le respect strict de la loi pour justifier cette troisième retouche. Ancien militaire, à 63 ans, il s’est imposé comme un incontournable médiateur dans les crises africaines. "Je n’ai pas envie d’assister à l’effondrement de mon pays pendant que je me repose ou parcours le monde", avançait-il dans un entretien en juillet à l’hebdomadaire "Jeune Afrique" : il s’y montrait peu empressé de prendre sa retraite, se posant en garant de la stabilité de ce pays sahélien très pauvre.

Quelles sont les réactions internationales ?

L’Union européenne a appelé mercredi soir à l’abandon du projet de révision. "Tout ce qui risque d’affecter ou de remettre en cause la stabilité, le développement équitable et les progrès vers la démocratie doit être rejeté d’un commun accord afin de consolider l’unité nationale", a affirmé le service d’action extérieure de l’UE dans un communiqué. "Nous appelons toutes les parties à la retenue et à refuser tout ce qui est de nature à susciter le recours à la violence", a insisté l’UE. "Nous rappelons notre attachement au respect des principes de l’Union africaine en matière d’alternance politique et démocratique", a-t-elle souligné. "Tout recours à la violence constituerait un grave recul pour le pays", avertit l’UE. La France, qui a critiqué la semaine dernière le projet constitutionnel, ne devrait cependant pas se montrer trop virulent. Blaise Compaoré fait actuellement office de médiateur au Mali, où l’ex-puissance coloniale est engagée dans une intervention militaire compliquée. La révolte peut-elle s’étendre à d’autres pays d’Afrique ?

L’ampleur des manifestations a frappé les esprits. Ces manifestations sont très suivies sur le continent africain, alors qu’au moins quatre chefs d’Etat, en froid avec leur Constitution, préparent ou envisagent des révisions similaires pour se maintenir au pouvoir, au Congo Brazzaville, au Burundi, en République démocratique du Congo et au Bénin. Sarah Diffalah avec AFP

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