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ELEMENTS DE REFLEXION SUR LES BMA

Grégory NGBWA MINTSA ...Décédé à Libreville

Un militant Africain de la liberté nous a quitté Condoléances à tous les militants gabonais et africains de la liberté.....

Hommage A Grégory NGBWA MINTSA « Pagré » :

Dans son dernier discours prophétique (intitulé « J’ai été au sommet de la montagne ») prononcé dans une église de Memphis le 3 avril 1968, la veille de son assassinat, Martin Luther KING, grand combattant de la liberté, disait ceci : « Comme tout le monde, j’aimerais vivre longtemps. La longévité est importante, mais je ne suis pas concerné par cela maintenant. Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Il m’a permis de gravir la montagne ! J’ai regardé de l’autre côté, et j’ai vu la terre promise. Je n’y entrerai peut-être pas avec vous. Mais je voudrais que vous sachiez ce soir, que notre peuple entrera dans la terre promise. Et je suis si heureux ce soir. Je n’ai aucune crainte. Je n’ai peur d’aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ! »

Très tôt ce matin, j’ai appris le décès d’un autre grand combattant de la liberté. Mon cœur saigne. Le Gabon vient de perdre l’un de ses plus illustres fils, une figure emblématique de la société civile, un intellectuel engagé, un électron libre, un homme d’une intégrité exceptionnelle, un héro national (dans un pays en manque de figures héroïques) : Grégory NGBWA MINTSA (affectueusement appelé « Pagré ») nous a quittés ce matin. Comme tout le monde, Pagré voulait vivre longtemps, mais les ancêtres en ont décidé autrement.

Tous ceux qui l’ont connu et côtoyé se souviennent de cet homme agréable, sociable, « sans histoires » ; un homme aux multiples facettes : musicien virtuose (guitariste et pianiste), grand danseur de rock end roll et de Funk (dans sa jeunesse), grand amateur de musiques noires (Jazz, Blues, Rythms and Blues, Soul music, Reggae, Rock end Roll, Funk, Disco, Afro-beat, Rap,etc), intellectuel inclassable, professionnel des medias concepteur de plusieurs émissions à Africa n°1, journaliste engagé, homme de culture,

Je voudrais partager avec vous, un instant, l’histoire de cet homme d’exception. Pagré est né en septembre 1957. Fils d’André MINTSA (ancien député, ancien ambassadeur et ancien ministre). Il séjourne en France de 1962 Ã 1965 (alors que son père est ambassadeur du Gabon en France), puis de 1968 Ã 1972 (il est élève dans un collège privé). En classe de 2nde au Lycée National Léon MBA en 1972, il est assis sur le même banc qu’un certain André MBA OBAME. Ensemble, Pagré et MBA OBAME feront leurs classes au Lycée MBA (Seconde, Première et Terminale).

Esprit brillant et élève doué, Pagré obtient le bac en 1975, à l’âge de 17 ans et demi (ce qui, à l’époque, était exceptionnel). Il entre à l’Université de Libreville où il suit des études de Lettres. En 1978, il quitte le Gabon et part poursuivre ses études universitaires en France. Il séjournera dans plusieurs villes (Paris, Poitiers, Amiens) et décroche un DEA de Lettres. Durant ses années d’études, il milite activement dans l’opposition et dans l’AGEG (Association Générale des Etudiants Gabonais de France), un mouvement révolutionnaire et contestataire qui faisait peur au régime en place.

De retour au Gabon en 1986, il dépose un dossier à l’Université Omar BONGO pour être recruté comme enseignant. Sans succès. On lui fera subtilement remarquer qu’il y a déjà trop de Fangs à l’UOB. C’est l’époque où on estimait qu’il y avait trop de « Panhouins » dans l’enseignement supérieur au Gabon et qu’il fallait recruter les autres groupes ethniques pour des questions d’équilibre géopolitique et ethnique. Finalement, sa passion pour la musique le conduira vers Africa n°1, la radio panafricaine Pagré présentera plusieurs émissions musicales dont le célèbre « Sono Sauvage ».

En 1990, il participe à la Conférence nationale au sein du mouvement des Ecologistes gabonais et dénonce les dérives du régime BONGO. Par la suite, il propose ses services au RNB (Rassemblement National des Bucherons) et devient rédacteur en chef du journal « Le Bucheron ». Son engagement politique lui vaudra les foudres du régime. Il reçoit une balle lors d’une marche pacifique organisée par l’opposition (il est sauvé de justesse par la camera qu’il tenait) et est « viré » d’Africa n°1 sans ménagement. Sa carrière professionnelle est ralentie et Pagré connait dès lors une véritable traversée du désert, parsemée d’embûches.

En décembre 1998, lors de l’élection présidentielle, il est sauvagement agressé par un groupe de gens (envoyés par un parti politique) et laissé pour mort. Il sera sauvé de justesse.

Electron libre et esprit critique, il est le premier qui dénoncera l’imposture de Paul MBA ABESSOLE. Par la suite, il n’hésitera pas à critiquer sévèrement les postures, « les petits arrangements entre amis » et les connivences de certains leaders de l’opposition gabonaise (Paul MBA ABESSOLE, Pierre MAMBOUNDOU, etc.) avec le pouvoir en place.

En 2008, Pagré s’associe à l’ONG Transparence Internationale dans l’affaire des Biens Mal Acquis (plainte contre trois dirigeants africains pour détournement de fonds et de biens publics). On lui propose alors de retirer sa plainte, en contre partie d’un poste juteux ou de quelques billets de banque bien craquants. C’est mal connaitre le personnage. En effet, l’homme n »était pas porté sur le luxe, l’argent, les postes, les titres pompeux, les honneurs.

En décembre 2008, avec d’autres membres de la société civile (dont Marc ONA ESSANGUI), Pagré est arrêté sur ordre de son ancien camarade de classe, André MBA OBAME (ministre de l’Intérieur) qui voulait faire du zèle et plaire au Chef. Il faudra la mobilisation des ONG internationales pour qu’ils soient tous libérés, après plusieurs jours de détention. Par la suite, son salaire est coupé et son passeport confisqué. Mais l’homme reste inflexible, droit dans son éternel blue jeans, droit dans ses baskets et fidèle ses convictions.

En 2010 et 2011, Pagré obtient le Prix de l’intégrité. Son combat pour la liberté du peuple gabonais est reconnu et salué sur la scène internationale. Toute sa vie, Pagré a refusé d’aller à la « mangeoire  » comme d’autres avant et après lui. Il a refusé toute forme de compromission. Il a refusé les honneurs, les postes « juteux  », les mallettes d’argent pour rester un homme libre.

Comme je vous le disais plus haut, le Gabon vient de perdre l’un de ses plus illustres fils. Je voulais partager avec vous l’histoire de cet homme brillant, cette bibliothèque vivante. Un homme d’une culture exceptionnelle, avec qui j’ai passé des moments extraordinaires. Un homme libre et intègre qui inspirait RESPECT et ADMIRATION et qui devrait inspirer la jeunesse gabonaise, et bien au-delà de nos frontières.

Mon cœur saigne Un héro vient de s’éteindre. Il a définitivement rejoint les ancêtres Cet homme qui n’aimait pas les honneurs vient de rentrer, malgré lui, dans le Panthéon des héros de notre pays.

Marc ONA ESSANGUI Prix Goldman le 11 avril 2014.

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