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ELEMENTS DE REFLEXION SUR LES BMA

Journée Hommage Bruno OSSEBI au Comptoir Général ce 25 mars 2014

SALUT BRUNO !

Il y a 5 ans, le 2 février 2009, Bruno OSSEBI, militant intrépide des droits humains nous quittait prématurément, victime expiatoire d’un régime mille fois décrié, celui de l’autocrate général président Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 1997, après en avoir été chassé par les urnes en 1992. Entre 1979 et 1992, il dirige en effet d’une main de fer ce pays dans la pure tradition des Klepto-dictatures militaires à parti unique dont le sous continent africain s’était fait une spécialité. Déni des droits humains, justice aux ordres, presse muselée, syndicats caporalisés, emprisonnement des opposants, gabegie financière, seront la marque de fabrique du régime et le lot commun des congolais 14 ans durant. Un calvaire auquel la conférence nationale souveraine mettra un terme en 1992. Le dictateur est sèchement congédié par ses concitoyens qui porteront à leur tête Pascal Lissouba pour un bail de 5 ans. Cinq années insupportables pour un Sassou Nguesso drogué aux fastes du pouvoir, à la sujétion de ses compatriotes et à l’argent facile tiré des faramineux revenus du pétrole dont le Congo est le 4ème producteur africain. Un pedigree parfait sous tous rapports pour les dirigeants de la compagnie pétrolière Elf et autres alliés de la françafrique qui l’épauleront militairement dans son coup de force d’octobre 1997.

Un bon placement. Sassou se montrera à la hauteur de leurs espoirs. L’économie du pays essentiellement basée sur l’exploitation des hydrocarbures et du bois (+ de 85% des recettes budgétaires), est mise en coupe réglée. La compagnie Elf devenue Total/Elf demeure le principal opérateur pétrolier du Congo. Bolloré contrôle toute la chaîne du transport maritime et ferroviaire du pays (poumons du Congo) sans compter les exploitations forestières. Quelques autres sociétés essentiellement occidentales complètent ce tableau. Naturellement, Sassou, sa famille, son clan et quelques affidés du régime ne s’oublient pas et se servent grassement au passage. C’est ce que inlassablement, Bruno Ossebi va dénoncer à longueur de plume.

Un crime de lèse majesté, intolérable pour des dirigeants congolais déjà inculpés dans l’affaire des Biens Mal Acquis. La machine à éliminer les ennemis du régime va se mettre en route. Un "malencontreux" incendie au domicile de Bruno Ossebi emporte sa femme et ses deux enfants. Lui, brûlé à 30%, en réchappe miraculeusement. Hospitalisé, après quelques jours de soins intensifs, il manifeste de solides signes de rétablissement. On le croit tiré d’affaires. Au point que les services consulaires de l’ambassade de France envisagent très sérieusement son rapatriement sanitaire dans l’hexagone afin d’y poursuivre ses soins (Bruno est en effet citoyen franco-congolais). Mais le miracle n’aura pas lieu. Il décède subitement et à la grande surprise de tous ses visiteurs, dans la nuit du 1er au 2 février. Rien en effet dans son état, ne pouvait laisser présager une telle issue. Bruno qui attendait son rapatriement en France, avait repris du poil de la bête, conversait avec amis et proches, consultait ses mails, revivait. Quelques heures à peine après le terrible incendie ayant ravagé sa maison, celle-ci était entièrement rasée, empêchant toute possibilité d’enquête future. Un signe qui ne trompe pas.

Cinq ans plus tard, rien n’a véritablement changé au Congo. Corruption, vol, gabegie financière dénoncés par Bruno se sont institutionnalises. On n’assassine pas (plus ?) les journalistes, mais les journaux mal pensants sont interdits de parution pour des durées allant jusqu’à 9 mois. Les journalistes sont harcelés, menacés, parfois emprisonnés et même pour les plus fragiles, achetés. La flambée des cours du pétrole a accentué la puissance économique des dirigeants congolais et décuplé d’autant la corruption, les vols, l’arrogance du pouvoir. Nul doute que comme à son habitude, Bruno aurait été aux avants postes de la lutte contre ce que les dirigeantes congolais nomment cyniquement les "anti valeurs" dont ils sont à dessein les principaux propagateurs. Une forme d’humiliation insupportable à Bruno. Il l’a payé de sa jeune vie.

La FCD tient à saluer la mémoire et le courage de cet authentique combattant de la plume, sa seule arme. Ses écrits demeurent et restent pour nous comme une piste balisée qu’il convient de suivre. A cette condition, son combat n’aura pas été vain.

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