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ELEMENTS DE REFLEXION SUR LES BMA

Lutte contre l’Impunité : Charles Taylor......

Charles Taylor a été reconnu « pénalement responsable » de crimes contre l’humanité, ce jeudi 26 avril 2012 à Leidschendam, près de La Haye aux Pays-Bas. L’ancien président du Liberia était jugé par un tribunal spécial, pour des faits remontant à la guerre de Sierra Leone entre 1991-2001. Il a été reconnu coupable des 11 chefs d’accusation qui pesaient sur lui. Il est le tout premier chef d’État condamné par la justice internationale.

Charles Taylor reconnu « coupable » de crimes contre l’humanité en Sierra Leone La Haye le 26 avril 2012. REUTERS/Peter Dejong/Pool Par RFI

Les juges ont demandé à Charles Taylor de se lever pour entendre le verdict. L’ex-président libérien est déclaré coupable d’avoir aidé à la commission des 11 charges de crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour lesquels il était poursuivi. A savoir, entre autres : meurtre, viol, esclavage sexuel, recrutement d’enfants soldats, pillage, mutilations, ect…

Des crimes commis en fait par les rebelles du RUF (Front révolutionnaire uni) en Sierra Leone pendant la guerre (1991-2001). Mais pour les juges, Charles Taylor est responsable de ces crimes parce qu’il a continuellement fourni conseils et soutien à la rébellion sierra leonaise. Un soutien en termes de moyens de communication, par exemple, avec des opérateurs radio, des téléphones satellites, un soutien financier, une villa pour les rebelles, à Monrovia, au Liberia, et surtout des livraisons d’armes et de munitions.

Un soutien aux rebelles contre diamants et de nombreux moyens En échange, les juges expliquent que Charles Taylor a reçu nombre de diamants. La cour l’accuse aussi d’avoir conseillé aux rebelles de prendre le contrôle de la zone diamantifère de Kono, en 1998 en Sierra Leone, et de lancer l’assaut sur Freetown début 1999. Des opérations particulièrement meurtrières où les rebelles ont commis les pires atrocités.

Or les quatre juges, qui ont mis plus d’un an à s’accorder sur un verdict, disent que l’ancien président libérien ne peut pas avoir ignoré ces crimes puisqu’il était tenu informé régulièrement par ses services et par la presse internationale.

Définir sa peine

Il s’agit d’un jugement en deux temps. Le 30 mai prochain, une audience sera programmée pour permettre aux juges de prononcer une peine. Il faut savoir qu’à la Cour spéciale pour la Sierra Leone, la perpétuité n’est pas prévue. Elle inflige des peines d’un certain nombre d’années.

Avant Charles Taylor, huit personnes ont été condamnées dans trois procès et les peines prononcées s’échelonnent de 15 à 52 ans de prison. 52 pour Issa Sesay, l’ultime chef du RUF.

La possibilité de faire appel

Charles Taylor aura deux semaines pour annoncer qu’il fait appel, quant il aura reçu la version complète du jugement. Ensuite, il faudra certainement attendre plusieurs mois avant que la chambre d’appel se réunisse.

S’il est définitivement condamné, il ira exécuter sa peine au Royaume-Uni, qui s’était engagé à l’accueillir.

50 000 pages d’audition, plus de 100 témoins, et un verdict

Les quatre juges du procès de Taylor auront mis un peu plus d’un an à s’accorder sur un verdict. Chacun a dû relire les 50 000 pages de retranscription des audiences. Il y a d’abord eu les témoins du procureur : 94 personnes. Il s’agissait de victimes sierra léonaises venues raconter les atrocités du RUF, mais aussi d’experts et des témoins sensés avoir vécu le système Taylor de l’intérieur, comme l’ex-vice-président du Liberia Moses Blah. Plus inattendue, Naomi Campbell avait aussi été convoquée par le procureur pour faire le lien entre Taylor et les « diamants du sang » des rebelles du Sierra Leone, dont l’extraction avait permis de financer la guerre. La top model avait du s’expliquer au sujet de diamants qu’elle avait reçu en 1997, après un dîner auquel participait Charles Taylor en Afrique du Sud. Puis la défense a fait venir ses propres témoins, 21 au total, à commencer par l’ancien président libérien lui-même, resté 7 mois à la barre. Il y avait aussi un ex-leader du RUF. Tout l’enjeu de ce procès pour l’accusation était de prouver un lien direct de commandement entre Taylor et les auteurs des crimes en Sierra Leone. Difficulté supplémentaire : il lui fallait prouver ce lien dans la période de compétence de la cour, c’est-à-dire après 1996. Taylor assurait de son côté que son soutien au RUF avait cessé en 1992.

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