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Les Congolais parlent aux Congolais

Le grand mensonge de la décolonisation !

Par jean.celestin.edjangue | Mardi 19 janvier 2010 | Le Messager

Une histoire cousue de fil blanc ! C’est ce qu’ont soutenu samedi 16 janvier 2010 les intervenants du colloque organisé au Forum Le Lucernaire, rue Notre-Dame-Des-Champs, dans le 6è arrondissement de Paris. Dans une salle pleine aux trois quarts, les huit exposants parmi lesquels trois Camerounais, ont soutenu pendant un peu plus de cinq heures, que l’histoire de la « décolonisation de l’Afrique ex-française », telle que racontée y compris dans les médias, est un « grand mensonge ». Une sortie qui fait un peu désordre en cette période de la double célébration annoncée du cinquantenaire des indépendances des Etats de l’Afrique ex-française et de l’année de l’Afrique en France. Organisé par le Club Rénovation Franco-africain avec le soutien de l’Harmattan, ce colloque a donné lieu à des débats vifs et très enrichissants. Il faut dire que le thème proposé pour l’échange ne pouvait guère laisser indifférent : « décolonisation de l’Afrique ex-française, enjeux pour l’Afrique et la France d’aujourd’hui ».

Le modérateur, François Manga Akoa, représentant les éditions l’Harmattan, après avoir souhaité la bienvenue aux participants dans la salle du Forum Le Lucernaire, a rappelé que parler des relations entre l’Afrique et la France, de colonisation et de décolonisation, revenait à évoquer les rapports entre un continent et un pays membre de l’Union européenne. Sa’ah François Guimatsia, enseignant de français et d’anglais au Centre linguistique de Douala, spécialement invité pour l’occasion, intervenant sur « D’un demi-siècle à l’autre : quelles perspectives pour les relations franco-africaines ? », s’est davantage attaché à tracer les pistes pour l’avenir : « Au moment où nous célébrons les 50 ans de l’indépendance, il faut savoir que dans les 50 prochaines années, l’Afrique aura 2 milliards d’habitants et le monde entier 10 milliards. » Avant de poursuivre « pendant les 50 ans de décolonisation, la France n’a rien fait pour susciter le développement de l’Afrique. Même des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Gabon, jadis présentés comme des modèles pataugent aujourd’hui dans le même désordre que les autres pays de l’Afrique ex-française ». Et de proposer, pour le prochain cinquantenaire, que « l’Afrique élève son niveau de vie par le développement de son industrie et de sa culture. Pour ce faire, l’Afrique doit d’une part s’allier à des pays émergents comme la Chine, l’Inde, afin de ne pas laisser la France être son partenaire exclusif ; par ailleurs, l’Afrique doit s’unir, pour former une entité qui puisse peser face à l’Union européenne ».

L’élite politique Jean-François Dupeyron, maître de conférence à l’Université de Bordeaux, lui, a exposé sur le thème de la « Citoyenneté républicaine et citoyenneté colorée ». Il s’agissait pour lui de confronter la définition de la citoyenneté républicaine et celle de l’impossible citoyenneté colorée. Il a mis en exergue un certain nombre de « réducteurs » à la citoyenneté républicaine. « Diverses catégories exclues ; antagonisme entre citoyenneté et nationalité, puisque la citoyenneté pose des frontières ; la citoyenneté républicaine est culturellement neutre alors que la société française n’assume pas cette diversité culturelle ; la fracture coloniale perdure dans l’imaginaire français, ce qui fait que la France a du mal à accepter la diversité culturelle des citoyens des ex-colonies alors qu’elle l’a acceptée pour les citoyens venus des pays d’Europe », constate-t-il avant de conclure : « Il y a donc un certain racisme qui ne peut être dépassé que si l’on parvient à décoloniser le concept de citoyenneté ».

D’autres intervenants comme Jean-Marie Aîmé, réalisateur de fiction, qui apportera un témoignage édifiant sur la manière dont cette histoire tronquée de la décolonisation lui a été apprise à l’école, avant de décider d’aller faire ses propres recherches pour savoir la vérité, ou Gilbert Comte, journaliste et ancien conseiller de François Mitterrand, qui a souligné l’intérêt économique que la France et les autres empires de l’époque avaient en Afrique, ou encore Simon Mougnol qui a développé une réflexion autour du concept de décolonisation avant d’insister sur les dégâts causés par la colonisation notamment au Cameroun : « Le Sultan Njoya avait inventé une écriture. Un décret français de 1926 est venu interdire la pratique de cette écriture », a-t-il révélé. Mais ce sont incontestablement les propos de Samuel Mbajum sur « l’empire français et statut des colonies : une ambiguïté permanente » et Alexandre Gerbi « De la décolonisation et de l’avenir Franco-Africain », qui ont le plus édifié la salle. « Le statut des gens vivant dans les ex-colonies françaises n’a jamais été clairement défini. Et même quand il y a eu une tentative de le faire, ça n’a jamais été appliqué. Parce que la France est un pays où l’on légifère énormément. De telle sorte qu’en 1958, le référendum organisé par De Gaulle est un prétexte pour se débarrasser de l’Afrique qui, aux yeux de la France, était devenue un lourd fardeau. La France ne voulant pas accorder la citoyenneté à l’ensemble des habitants des ex-colonies », souligne Samuel Mbajum.

Et Alexandre Gerbi d’enfoncer un peu plus le clou : « Pourquoi est-ce qu’on en est encore là aujourd’hui ? Je me félicite du débat autour de l’identité nationale aujourd’hui. C’est sous la Vème République que la décolonisation a eu lieu. Du côté africain, se dégage une volonté globale d’assimilation au moment du référendum de 1958, sans perdre son africanité. En fait, les Africains voulaient une France métissée, un peuple franco-africain. Du côté français, on ne veut pas donner l’égalité politique complète qui permettrait aux ultramarins d’accéder à de hautes responsabilités politiques. On peut donc dire que c’est l’élite politique française qui a refusé la citoyenneté aux habitants de l’Afrique ex-française ». Alexandre Gerbi conclut : « C’est le mensonge qui a consisté à faire croire que la France a donné l’indépendance pour satisfaire aux attentes des africains, qu’il faut corriger. »

Dans la séance de questions-réponses, le Dr. Siméon Kuissi a rappelé que des Africains comme Um Nyobè, au Cameroun, se sont battus pour arracher l’indépendance, c’est pour cela qu’il a été tué. L’Harmattan et le Club Rénovation franco-africaine, mais aussi d’autres associations, ont promis d’organiser tout au long de cette année des débats autour de la décolonisation en Afrique et ailleurs.

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