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Les Congolais parlent aux Congolais

Trompeuse Lutte contre la pauvreté

RETOUR SUR UNE PUBLICITE MENSONGERE : LA « LUTTE CONTRE LA PAUVRETE »

LE DOCUMENT DE STRATEGIE POUR LA REDUCTION DE LA PAUVRETE (DSRP) AU CONGO BRAZZAVILLE : UN PROCESSUS POUR RENDRE INVISIBLES LES CAUSES REELLES DE LA PAUVRETE

Lutte contre la pauvreté ?

Par Aristide LOUAZA DE NGOYI * Avertissement : Cet article a connu un remaniement rédactionnel de sa première version publiée dans la revue Afriques 21 n° 2 – nouvelle série – septembre 2009, p. 12-13.

La mobilisation de la Banque mondiale, du FMI et des autres partenaires dits de développement à partir de 1999 sur la problématique de lutte contre la pauvreté a pu susciter quelques espoirs. Pourtant cette « guerre attendrissante » contre la pauvreté n’est rien d’autre qu’un processus la renforçant. Il est urgent de déplacer la question – chère aux savoirs dominants – « comment on lutte contre la pauvreté ? » vers « d’où vient cette pauvreté ? ». En effet, la méthode des institutions financières internationales, autant au Congo Brazzaville que dans d’autres pays, a « le mérite » de rendre invisibles les causes réelles de la pauvreté.

De Lissouba à Sassou NGUESSO : même combat, même espoir déçu !

Elu en 1992, après les premières élections post-conférence nationale dite souveraine de 1991, le président Pascal Lissouba a, trois ans plus tard, affirmé faire de la « lutte contre la pauvreté », sa priorité, s’alignant sur une rhétorique, à l’époque, portée et médiatisée sur le plan international principalement par le PNUD et l’UNICEF, mécontents des conséquences néfastes des Programmes d’ajustement structurel (PAS) et de la presque surdité de la « communauté internationale » face à la demande d’un « ajustement à visage humain ». Avant d’être chassé du pouvoir à la suite du coup d’Etat en 1997, Lissouba ne proposa que des remèdes démagogiques : il voulait transformer le Congo en petite Suisse ; chaque congolais allait avoir sa part de revenus pétroliers : « chacun aura sa part ». Il disait aussi : « le travail allait chercher les jeunes et ça ne sera plus aux jeunes de chercher du travail. » Ce n’est pas là le discours du candidat Lissouba à la présidence, mais le discours du président déjà élu et installé. Pendant sa présidence, Diata et Nfilou ont été détruits, cela crée des sans-abris en masse et des pauvres. En partant il laisse le pays avec une dette énorme car les achats d’armes obèrent les revenus du pétrole. Il laisse le pays plus pauvre qu’à son arrivée. Sassou NGUESSO continue la destruction, l’état des pays du Niari à la région du Pool. Tout le cheptel du Pool est décimé par les Cobras, les Ninjas, les hutu power, etc. Les destructions des habitations reprennent avec la guerre de 1998. Plus de petits métiers à Brazzaville –Sud : par exemple, les machines à coudre sont pillées, les couturières sont au chômage, les rabots, les scies des menuisiers pillés, bref. Aujourd’hui quand quelqu’un va à la retraite, la durée moyenne d’attente avant de toucher la pension est de trois ans. Il n’y a pas d’aide scolaire pour les parents qui ont des enfants à scolariser, il n’y a pas de couverture santé. Les Sassou et leur suite, les Lissouba et Cie sont des agents créateurs de pauvreté et de misère plus terribles que des catastrophes naturelles. Ce sont des tsunamis à forme humaine… A partir de 1999, la question de la lutte contre la pauvreté est inscrite sur l’agenda des institutions de Bretton Woods et surtout sur celui des gouvernements des pays africains dits pauvres et très endettés étant donné qu’elle est une condition sine qua non à l’octroi d’aides financières. Sa concrétisation passe par l’élaboration d’un Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). L’innovation de ce programme par rapport aux PAS « classiques » est qu’il doit être élaboré avec la participation de la société civile locale. En 2001, le gouvernement du président Sassou Nguesso institutionnalise le DSRP malgré les vives critiques et résistances à ce processus censé soulager les maux dont souffrent les Congolais/es. En fait, il a pour objectif, entre autre, de masquer les causes réelles de la pauvreté.

Cachez les causes de cette pauvreté que je ne saurai voir…

Le DSRP prend bien soin de définir la personne pauvre comme celle qui « manque de moyens financiers, matériels, spirituels, intellectuels, mentaux, culturels… », autrement dit qui n’a pas accès à l’emploi, à l’éducation, à un logement décent, aux soins de santé de qualité, etc. Définir la pauvreté ainsi, comme un état, une chose manquante ne relève pas que de la rhétorique, ce choix est idéologique, l’objectif étant l’exclusion d’une dimension fondamentale de l’analyse de la pauvreté à savoir sa nature relationnelle. La pauvreté est le produit des rapports sociaux locaux, nationaux et internationaux. Cela n’a été ni la préoccupation des institutions financières internationales (IFI), ni du Gouvernement congolais, ni de la majorité de la société civile participante au processus DSRP. Par ailleurs, dans la description des maux dont souffre le Congo, avec l’usage du mode impersonnel et des formules abstraites, tout se passe comme si, il n’y avait pas de responsables. Qui pourrait croire que tout le monde est coupable et personne n’est responsable de la gabegie de la classe politique congolaise ? Ce serait sans doute de la naïveté que de croire que l’écriture est une simple technique.

Lumières ambiguës sur les causes de la pauvreté au Congo Brazzaville

La lecture du DSRP et l’analyse du processus participatif/consultatif ne nous apprennent rien sur les causes de la pauvreté dans ce pays, tant la confusion est grande entre diagnostic et causes… Il faut tout d’abord souligner que l’impasse volontaire sur le débat de la pauvreté comme rapport social a eu comme corollaire l’occultation de la question des responsabilités au sens de répondre de ses actes. La question des causes a donc été considérée comme gênante à assumer par le gouvernement chargé de l’organisation du DSRP dans un contexte post-guerre dite « contre les civils ». Quelle volonté pouvait-on recueillir des ménages sortant pour la troisième fois en l’espace de sept ans d’une guerre présentée à tort comme ethnique, très éprouvés non seulement psychologiquement, mais aussi matériellement et financièrement ? La soi-disant « voix des pauvres », selon les recommandations dites démocratiques des IFI, s’est transformée en processus d’appauvrissement de la « démocratie » encore balbutiante au Congo Brazzaville. Une démocratie au rabais où les rapports de force dans les différents niveaux d’intervention du DSRP (élaboration, mise en œuvre, évaluation) ont été très inégalitaires. Etre consulté ne signifie pas décider… Quelle est cette lutte contre la pauvreté qui ne questionne pas l’oligarchisme de la classe politique congolaise ? Quelle est cette lutte contre la pauvreté qui reste silencieuse sur la question du « financement des guerres » au Congo Brazzaville ? Quels ont été les mécanismes de financement du camp de Pascal Lissouba et de son adversaire Sassou Nguesso ? Quel a été l’impact de l’économie politique des guerres sur les finances publiques congolaises, sur les contribuables congolais ? Pourquoi de la corruption, nous n’avons qu’une approche unilatéralement interne ? Quelle est cette lutte contre la pauvreté qui privilégie hâtivement le paiement de la dette au détriment des droits constitutionnels, le droit à la santé, à l’éducation, au travail, à un logement décent, etc., des Congolais/es ? Malgré les consultations, par exemple, la santé est toujours considérée comme une marchandise que les pauvres doivent payer. Ceux et celles qui ne peuvent pas payer sont obligés de se débrouiller. Quand ils finissent par mourir pour non assistance, il y a toujours un bouc émissaire : la sorcellerie, les liens de famille, etc. Des croyances abrutissantes aujourd’hui de plus en plus partagées par une grande partie de « l’élite » universitaire congolaise angoissée et pressée à trouver son salut dans les églises dites de réveil.

La pauvreté n’a jamais fait l’objet d’une lutte au Congo Brazzaville. Si lutte véritable il y avait, au delà de la rhétorique, elle commencerait par exiger un audit de la dette extérieure publique – le gouvernement congolais a consacré 46 % des recettes de l’Etat en 2003 au paiement de la dette, 37 % en 2004 -, et par mettre en lumière la question des biens mal acquis et leur rétrocession aux populations spoliées. Les « pauvres » s’y opposeraient-ils ?

* Aristide LOUAZA DE NGOYI est membre fondateur de l’Association pour une Alternative au Service de l’Humanité (APASH) – CADTM- BRAZZA, membre du réseau international CADTM. Il travaille actuellement sur les problématiques de la pauvreté et de la justice.

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