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Les Congolais parlent aux Congolais

La Machine à piller en place

Extrait du discours de Sassou Nguesso l14/08/2009 « Mais alors, pour qu’il en soit ainsi, changez donc de mentalités. Laissez choir à jamais les mentalités d’assistés, de profiteurs, de personnes en quête perpétuelle de passe-droits et autres facilités. Adoptez des comportements nouveaux et dignes. Adonnez-vous désormais à la rigueur du gain mérité et non aux délices trop faciles et honteux de la magouille. Convertissez-vous à la religion du travail bien fait. Visez tous et pour tout l’excellence. Jetez bas la médiocrité, la tricherie et toutes les autres antivaleurs. »

REGARD SUR LE NOUVEAU GOUVERNEMENT DU CONGO-BRAZZAVILLE (Cuvée septembre 2009)

Le 15 septembre 2009, M. Sassou Nguesso Denis a rendu public la composition de son énième gouvernement de fait. Il est de fait parce qu’il émane :
- D’un système et un régime venus d’ailleurs et imposés à la nation congolaise par la violence, des coups d’Etat à répétition et dont les commanditaires sont hors du Congo ;
- D’un régime mis en place par l’étranger grâce à l’affranchi françafricain qui, tout au long de sa vie, n’a respecté aucune des Constitutions de la République, y compris les siennes propres, même taillées sur mesure ;
- D’un système qui n’a jamais survécu que par des fraudes électorales massives, la dictature, les crimes de sang, les crimes contre l’humanité, etc. Sur ce point, la France aura des comptes à rendre à l’Afrique, tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre.

Ce nouveau gouvernement, qu’on avait annoncé resserré, est somme toute pléthorique : 38 ministres, si l’on y ajoute le ministre d’Etat, directeur de Cabinet de l’auto-élu. Ce qui n’est certainement pas bon signe pour un pays qui aspire au statut de PPTE.

En effet, dans son discours d’investiture à sa prestation de serment, M. Sassou Nguesso Denis a énuméré les maux qui rongent son système et dénoncé les dérives maffieuses de son régime (corruption, détournement de fonds à tour de bras, absence de toute probité morale, incompétence, etc.). Bref, tout y est, tous les maux qu’on peut reprocher à un système barbare. Mais, espérons toutefois que cette fois-ci, il a déniché les perles rares et mis la main sur la bonne graine. Sauf que, comme dit l’adage, le poisson pourrit toujours par la tête.

Si les principaux barons ont gardé ou renforcé leurs positions (Mvouba, Moussa, Okombi Salissa, etc.), quelques menus fretins et baron du système (comme Mme Dambenze), ont sauté. Ils ont quitté le navire, virés, contre leur gré. Ont-ils été victimes d’une cabale machiavélique ou font-ils partie des indélicats, des corrompus et/ou des incompétents indexés dans le discours du 14 août dernier ?

Le Constat Qu’à cela ne tienne, le premier constat est que le gouvernement, cuvée septembre 2009, souffre de plusieurs anomalies. Sont-elles congénitales ?

L’une des anomalies, et certainement la plus loufoque, est celle qui donne naissance à un ministère énigmatique que d’aucuns pourraient qualifier de « ministère des portages de valises », c’est-à-dire ministère des détournements, des blanchiments d’argent et autres trafics en tous genres, d’autant plus qu’il n’est rattaché à aucun des pôles créés, sinon à lui-même Sassou Nguesso Denis. Ce ministère, serait-il celui qui est en charge des relations avec les paradis fiscaux ? Y aurait-il des domaines économiques spécifiques que le pôle économique de M. Pierre Moussa ne pourra ni traiter, ni contrôler ? Lesquels ? On aimerait bien savoir à quoi sert ou à quoi rime cette création du ministère « des affaires économiques spéciales », à l’instar des Services spéciaux ?

Il est à noter aussi que le ministère de la défense est confié à un civil, philosophe de son état, et placé sous la gestion directe de M. Denis Sassou Nguesso. Son titulaire n’est que le fusible de l’autre.

Le deuxième constat, au regard de la composition de cette équipe gouvernementale, est la création des pôles confiés à des Super Grands ministres. Ici, Sassou Nguesso Denis aurait mieux fait de s’arrêter là et de ne s’en tenir qu’à ces cinq ministères clés à pôles. Dans ces conditions, il aurait été mieux inspiré, avec ces pôles, de transformer tous les autres petits ministères en Grandes Directions Générales, à moins que le non-dit soit bien cela et qui est bien camouflé sous le vocable de « ministre de… » ou de « ministre délégué chargé de… ».

D’une part, les cinq super-grands ministères, même à ce niveau, ne sont pas tous lotis à la même enseigne. On semble y noter quelques discriminations. En effet, quoique Numéro Un du gouvernement, après avoir perdu son titre virtuel de Premier ministre somme toute inconstitutionnel – M. Sassou Nguesso Denis nous a-t-il entendus et écoutés ? –, le plus lésé de tous dans l’attribution des pôles quant à la répartition des départements à superviser, coordonner et contrôler, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est M. Isidore Mvouba. Il n’a tout au plus que quatre ou cinq ministères sous sa botte dont l’un, celui de M. Thierry Moungalla, est à partager avec M. Pierre Moussa, en plus de Mme Claudine Mounari, encore que…

Ainsi, M. Thierry Moungalla est sous la supervision d’au moins deux super grands ministères. Il en est de même pour :
- M. Claude Alphonse Nsilou, sous contrôle conjoint de MM. Mvouba et Moussa ;
- M. Mathieu Martial Kani, sous contrôle conjoint de MM. Moussa et Yoka ;
- Mme Emilienne Raoul , sous contrôle conjoint de MM. Yoka et Tsiba ;
- Mme Claudine Mounari, sous contrôle conjoint de MM. Mvouba et Moussa ;
- Le cas de M. Charles Zacharie Bowao, ministre de la défense, que nous avons placé sous le contrôle de M. Yoka, est quelque peu virtuel, car c’est M. Denis Sassou Nguesso qui a plus d’emprise sur lui que celui qui aurait pu être son conducator. Il y en a certainement beaucoup d’autres dans cette situation.

D’autre part, dans ce nouveau gouvernement, le plus grand des super grands ministres, c’est M. Pierre Moussa. M. Sassou Nguesso Denis a pris le soin de le camoufler et de ne le classer qu’en deuxième position dans l’ordre protocolaire de la liste pour, certainement, ne pas susciter des jalousies. En effet, à lui seul, M. Pierre Moussa totalise au moins quinze ministères à superviser

Le second bénéficiaire de la diversion est M. Florent Tsiba avec au moins onze ministres sous sa botte, suivi de M. Aimé Emmanuel Yoka avec huit ministères sous son contrôle. Notons que les départements ministériels sous la coupe de M. Yoka ne sont pas des moindres. Il est le ministre de la censure systémique et des embastillements. La souveraineté nationale, la liberté d’opinion et d’expression sont mises sous le boisseau. Le quatrième et dernier, mal servi, est M. Isidore Mvouba qui ne totalise que quatre ministères à gérer. Mais on peut lui adjoindre (contrôle partagé) Mme Claudine Mounari, vu la complexité de la duplicité du géniteur de ce gouvernement, à savoir : M. Sassou Nguesso Denis.

Le dernier, M. Rodolphe Adada, quoique ministre d’Etat, n’a pas de pôle. Ainsi l’avons-nous classé sous la coordination de M. Pierre Moussa. M. Adada paraît ici comme un électron libre qui n’a de compte à rendre qu’à Sassou Nguesso Denis lui-même, directement. Ce qui est normal. Ce département ministériel n’est ni à minimiser, ni à sous-estimer. Il est l’un de ceux qui, à l’instar de celui des hydrocarbures, génèrent beaucoup d’argent. Raison pour laquelle il n’est rattaché à aucun des quatre pôles, sinon au président lui-même. Mais, il est aussi celui qui va délivrer les autorisations de création des entreprises privées des Congolais et des étrangers. Il est celui qui va attirer les opérateurs économiques, les investisseurs, les industriels étrangers dans le pays. Quitte à les sélectionner (ségrégation). Avec lui, la Françafrique ne peut que s’estimer heureuse ; elle n’a plus rien à craindre. Elle est rassurée.

Tout compte fait, il y a lieu de considérer les quatre responsables des pôles comme des Vice-présidents déguisés, étant donnés que la constitution en cours ne prévoit ni de poste de premier ministre, ni celui de vice-président. Mais, en dépit de l’ordre protocolaire sur le papier, le vrai patron de tous, après M. Sassou Nguesso Denis, c’est M. Aimé Emmanuel Yoka, secondé par M. Pierre Moussa, malgré le fait qu’il ait plus de ministres que d’autres sous sa responsabilité. Car la souveraineté ne saurait être au-dessous de tous les autres après le Gourou-Cobra-Suprême. Et puis, on reprend les mêmes et on recommence !

Enfin, en résumé, conformément à sa Constitution, du moins en ce qui concerne la primature, M. Sassou Nguesso Denis a supprimé le poste de Premier ministre et repris tous ses pouvoirs. Ainsi, pouvons-nous lui établir ses prérogatives comme suit :
- Président de la République, chef de l’Etat : SASSOU
- Premier ministre : NGUESSO
- Ministre de la Défense : DENIS sous couvert de M. Charles Zacharie BOWAO ;
- Ministre chargé des relations avec les paradis fiscaux : SASSOU NGUESSO DENIS sous couvert de M. Alain AKOUALA ATIPAULT. Il faut bien rendre à César ce qui est à César !

Aux experts et autres politologues de mieux nous décortiquer ce kaléidoscope où tout est imbriqué, au risque de ne plus savoir qui est sous le contrôle de qui et qui ne l’est pas, en dehors de M. Sassou Nguesso Denis lui-même. Jean-Paul KIMPA-BIKENDA KELANDENZI

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