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Les Congolais parlent aux Congolais

Parodie d’élections au Congo, vers un plébiscite annoncé du général dictateur Sassou Nguesso

Il y a douze ans, le général Denis Sassou Nguesso se lançait à l’assaut du régime du président Pascal Lissouba. Pendant un peu plus de 4 mois, ses hommes (les cobras), appuyés par des mercenaires de toutes nationalités, des rebuts des génocidaires hutus réfugiés au Congo, des anciens de la division spéciale présidentielle du maréchal Mobutu, de soldats tchadiens et des troupes angolaises, vont affronter les hommes du président Pascal Lissouba alliés aux ninjas de Bernard Kolelas. Le régime ne résistera pas aux coups de boutoirs de Sassou et de ses alliés. Le 17 octobre 1997, Denis Sassou Nguesso, s’empare du pouvoir et s’autoproclame président de la République. Il va imposer un régime d’exception au Congo de 1997 à 2002 avant de « légaliser » la dictature par une élection que naturellement il va remporter à près de 90% de votants, s’octroyant au passage un « mandat » de sept ans « renouvelable » une fois. Un vrai paradoxe. Cet homme, chassé du pouvoir 10 ans plus tôt par les congolais pour mauvaise gestion, malversations économiques et financières, assassinats, déni des droits humains, n’a pas craint de faire croire au monde que les congolais étaient subitement devenus amnésiques sinon benêts au point de l’élire triomphalement à leur tête. Mais c’est une tradition au Congo. Depuis 1965 (soit 44 ans), assassins et malfrats en tout genre règnent en maîtres absolus sur les destinées du pays. Février 1965 marque les premiers assassinats politiques de personnalités de premier plan (Pouabou, Matsocota, Massouémé). Leurs assassins n’ont jamais été inquiétés. Pire, bien que connus, ils ont pu poursuivre une carrière politique de premier plan à la tête de l’Etat sinon à sa tête. En 1970, le lieutenant Kinganga auteur d’un putsch manqué, tombe sous les balles des forces gouvernementales. Les prisonniers, des civils souvent des jeunes désœuvrés ayant suivis les putschistes, sont passés par les armes sans autre forme de procès au mépris des règles élémentaires de la guerre. Ce sera le tour d’Ange Diawara et de ses infortunés compagnons en avril 1973 coupables d’anti -tribalisme militant et d’exaltation de l’intégrité des dirigeants. Capturés vivants, ils sont sauvagement assassinés par les hommes de Ngouabi, Yhombi et Sassou, leurs corps mutilés exposés au stade de la révolution, étudiants, lycéens, collégiens et travailleurs étant fermement invités à prendre part au spectacle macabre de ces corps désarticulés par la mort. Les commanditaires de ces crimes sont connus et continuent de sévir à la tête de l’Etat s’ils ne sont morts de leur belle mort. Le 18 mars, le commandant Marien Ngouabi est assassiné dans sa résidence de l’Etat major. L’on sait aujourd’hui que ce crime a été commandité par Sassou, Yhombi et tous ceux qu’Ange Diawara, Ikoko et leurs compagnons dans la mort, désignaient sous le vocable d’OBUMITRI ». Cette association de dirigeants nordistes, déterminés à conserver le pouvoir coûte que coûte, envers et contre tout. S’en suivra une répression sanglante surpassée en 1993-1994 puis en 1998. Car entretemps, Sassou a été chassé du pouvoir (1992), Pascal Lissouba, l’un des protagonistes des assassinats de février 1965, l’a démocratiquement remplacé Il n’hésitera pas à donner du canon contre les Kongo-laris coupables de contester son régime. Les populations abusées par les uns (le camp Lissouba) et les autres (le camp Kolelas/Sassou) s’entretueront allègrement. Les responsables-commanditaires coulent des jours heureux, amnistiés par Sassou pour les uns, ou aspirant à revenir au pouvoir pour les autres qui appellent sans complexe à la « réconciliation nationale ». En 1998, le régime Sassou Nguesso se déchaîne contre les populations du Pool coupables d’insoumission à son égard. De 1998 à 2002, une guerre sans merci va être livrée aux populations du Pool. Les morts sont indénombrables et les sources les plus fiables n’hésitent pas à compter en centaine de milliers les victimes de Sassou Nguesso. Ce 12 juillet 2009, le général Denis Sassou Nguesso « remet » son mandat en jeu. La constitution taillée sur mesure prévoit en effet que le mandat présidentiel est de 7 ans renouvelable une fois. S’il y souscrit malicieusement, c’est qu’il n’a aucun doute sur le résultat final et il s’en est donné les moyens. La commission électorale est à sa botte. Le conseil constitutionnel qui valide et proclame les résultats est tenu par un fidèle des fidèles. Surtout, la composition du corps électoral a fait l’objet d’un tripatouillage sans équivalent. Les rares indiscrétions révèlent une multiplication exponentielle des électeurs, le taux des électeurs atteignant parfois 100% de la population des régions qui lui sont réputées favorables. Il n’est dès lors pas étonnant que ses thuriféraires proclament urbi et orbi l’élection de leur champion dès le premier tour. Le texte fixant la date des élections ne prévoit d’ailleurs qu’un tour alors que la constitution énonce que l’élection présidentielle est une élection à deux tours. Mais pourquoi s’embarrasser de tant de scrupules ? Dans un tel contexte, « l’opposition » se dit pourtant résolue à engager la bataille des élections. Mais, prudemment, elle évite les thèmes de nature à fâcher le dictateur congolais. Les massacres commis par ce grand criminel, les poursuites engagées contre lui par les organisations et associations défenderesses des droits de l’homme qui ont déposé plainte contre le kleptomane pour biens mal acquis sont étrangement passées sous silence. Après avoir menacé de ne pas se présenter aux présidentielles en l’absence de commission électorale indépendante qu’ils savaient ne pas obtenir, et qu’ils n’ont pas obtenu, les voilà tous à la queue leu-leu candidats sans explication aucune. Pire, ils ont sans complexe versé dans la dramaturgie habilement mise en avant par le dictateur congolais évoquant sa stature de garant de la paix au Congo. En clair, « moi ou la guerre ». Et il ne se trouve aucun opposant pour répondre que le dictateur est à l’origine de toutes les violences et guerres qui ont ensanglanté ce pays. Apeurée, la population s’éloigne massivement des lieux du pouvoir et de confrontation probables à savoir, la capitale. Elle sait d’expérience que tout peut arriver, Sassou Nguesso ayant à maintes reprises démontré sa détermination à mettre le pays à feu et à sang pour conquérir ou se maintenir au pouvoir. La population sait également que les opposants d’aujourd’hui seront les ministres de demain du dictateur. Alors, elle se méfie et prend la poudre d’escampette. Comment dans ce cas ne pas les comprendre ?

C’est pourquoi, nous lançons à nouveau un appel à la communauté internationale pour qu’elle ne cautionne pas l’escroquerie électorale en préparation sous prétexte que le dictateur assure la sécurité et la stabilité du Congo. Car le Congo avec cet homme à sa tête depuis plus de 20 ans, est en involution accélérée. C’est le seul service qu’elle peut rendre aux Congolais en particulier et à l’Afrique en général. Un signal de nature à renforcer la détermination des congolais à se libérer du joug de Sassou et de ses clones. Qu’il soit dit une bonne fois pour toute que cet homme et ses sbires sont un frein véritable à la construction d’une république plus solidaire, libérée de ses peurs et envisageant l’avenir avec optimisme.

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