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Politique

Mascarade d’Elections au Congo Encore et Encore suite...

Dès février 2007, nous démontrions la mascarade électorale relisons....

Le Dossier noir n°7 « France-Cameroun Carrefour dangereux » paru chez l’Harmattan en 1997 nous donne en pages 8-9 la définition suivante de la Françafrique :

« C’est une nébuleuse groupement d’acteurs économiques, politiques, et militaires en France et en Afrique organisée en réseaux et lobbies et polarisée sur l’accaparement des deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalité. Il est naturellement hostile à la démocratie ».

Le Congo Brazzaville est sans doute l’un des pays où la françafrique a donné toute la mesure de sa puissance.

- D’abord, au sortir de la conférence nationale souveraine en tentant de renverser le premier ministre de transition de l’époque, André Milongo afin d’empêcher les élections présidentielles qui devaient suivre et ainsi, favoriser le retour au pouvoir de son poulain, Sassou Nguesso. Nous sommes alors en 1992.

- Ensuite, après l’échec du coup d’Etat, en misant sur Denis Sassou Nguesso et Pascal Lissouba lors des présidentielles, histoire d’avoir deux fers au feu.

- Puis, P. Lissouba élu, mais insuffisamment docile, en organisant son asphyxie économique et en suscitant des troubles à travers son homme lige DSN, le candidat du cœur. Ces troubles ont perduré pendant tout le mandat de P. Lissouba et additionné aux maladresses de l’ancien président, ont culminé avec la guerre de 1997 que d’aucuns n’ont pas hésité à qualifier de « guerre d’Elf » tant l’implication de cette société aux côtés du dictateur DSN était quasiment officielle. C’est donc sans forcer le trait, que l’ex PDG de la société Elf, Loïc le Floch Prigent le reconnaîtra et le proclamera urbi et orbi quelques années plus tard cf. Affaire Elf, affaire d’état Loïk Le Floch-Prigent .

Leur homme de confiance réinstallé au pouvoir, les affaires vont pouvoir reprendre de plus belle et lui, s’adonner à son sport favori : la traque des opposants et l’anéantissement de ses ennemis, c’est-à-dire, tous ceux qui ont osé s’opposer à son retour sanglant au pouvoir.

Ainsi, débutera le 18 décembre 1998, la fameuse guerre du Pool, région sud du Congo réputée frondeuse et fief d’un de ses adversaires de 1997, Bernard Kolelas, une guerre contre les civils dont toutes les organisations humanitaires et des droits de l’homme (MSF, Croix rouge internationale, MSF, Fidh….) s’accordent à reconnaître qu’elle aurait causé au minimum, près de 200 000 morts (la guerre de 1997, ayant quant à elle fait des dizaines de milliers de morts). Prétextant la recherche de miliciens ninjas de l’ex premier ministre en fuite Bernard Kolelas, armée, miliciens du régime et mercenaires de tous bords se livreront aux pires exactions que les congolais aient jamais connues : exécutions sommaires, viols, destruction par le feu de villages, destructions des écoles, des dispensaires, des églises, du cheptel, des champs etc... Tous ces faits confirmés par les organisations internationales précitées.

Et, c’est à la faveur d’une accalmie et d’un cessez le feu que piégés par l’engagement de DSN de leur garantir toute sécurité, plus de 350 réfugiés congolais en provenance de la république démocratique du Congo où ils avaient trouvé refuge, seront massacrés par des hommes de la garde présidentielle dès leur arrivée au port fluvial de Brazzaville dit le « Beach » qui a donné son nom à la même affaire, celle des disparus du Beach dont chacun a pu suivre les rebondissements.

Après sa victoire militaire, DSN dissout toutes les institutions démocratiques, s’accorde une période de transition flexible de 5 ans avant de se tailler une constitution sur mesure et de mettre en place des institutions à sa dévotion. Puis, il organise des élections qu’il remporte naturellement avec un score brejnévien de 90% des voix et un mandant de 7 ans à la clé. Les élections à l’Assemblée nationale on s’en doute reproduisent à la virgule près, les mêmes valeurs, et c’est précisément cette assemblée nationale qu’il s’agit de renouveler cette année 24 juin et 22 juillet 2007.

C’est donc cet homme, maladivement obsédé par le pouvoir, qui fait profession d’organiser des élections démocratiques et indiscutables au Congo. Cela prêterait à rire si le maintien des mêmes hommes au pouvoir n’était pas synonyme d’agonie pour la population.

C’est ici l’occasion de rappeler quelques vérités premières : Dès 1968 le président était désigné par le parti unique, donc d’élections c’était tout simplement entériner la décision du dictateur. Et la démocrature de DSN a fonctionné jusqu’en 1991, à l’orée de la CNS. Ainsi parler d’élections dans une dictature est un paradoxe.

L’absence d’une administration crédible pour déterminer à quel moment on est majeur ce qui déterminera la capacité du droit au vote, la nationalité, le comportement indigne ou irresponsable qui exclut du pouvoir de voter. Le suffrage est non seulement universel, mais il est encore égalitaire et unitaire. Tous les Congolais et Congolaises majeurs sont électeurs et éligibles, chacun a une voix et chacun n’a qu’une voix. Malgré cela il y a certains individus auxquels l’électorat ne peut être reconnu. L’électorat ne peut appartenir à certains individus qui sont dans l’incapacité physique légalement reconnu de l’exercer. Certains individus sont frappés d’interdictions judiciaires. La loi établit certaines déchéances, elle se rattache à cette idée très juste que certaines personnes se sont placées elles-mêmes en dehors de la vie collective ou ne sont pas dignes de prendre part d’une manière quelconque aux gouvernements de la nation. On ne peut pas dire que ce soit là une restriction au suffrage universel : Les individus qu’on frappe se sont rendus eux-mêmes indignes de participer aux gouvernements de leur pays. Ces déchéances électorales sont ou perpétuelles ou temporaires

1/ les chiffres portant sur la démographie au Congo sont loin d’être fiables comme pour un certain nombre d’autres pays africains d’ailleurs, faute d’existence de services dédiés et de moyens. Le seul recensement démocratiquement organisé et dont les résultats ont été unanimement acceptés de tous, est celui réalisé en 1992 pendant la transition, en vue des présidentielles de la même année. Le Congo comptait à l’époque près de 2,5 millions habitants. Ce recensement a confirmé ce que tout le monde subodorait, à savoir :

2 / le recensement ayant servi de base aux élections de 2002 a opportunément opéré une inversion exponentielle de ce rapport, les régions du nord devenant comme par miracle surpeuplées et la population grimpant (malgré la guerre) vertigineusement à 3 millions d’habitants. S’en est naturellement suivi un découpage électoral très opportun.

3/ le résultat de ces élections y compris les législatives ont très largement été contestées, tant par l’opposition » (qui n’a pas pris part aux présidentielles), que les ONG locales et internationales, les observateurs de l’Union européenne se bornant à constater quelques irrégularités « non décisives ». Il est à cet égard, symptomatique que même des partisans de DSN ont contesté sans succès le résultat des législatives dans certaines circonscriptions qui leurs étaient réputées acquises (difficulté de partage du gâteau).

4/ Il y a actuellement dans toutes les régions et spécialement dans le Pool la présence de milices acquises et entretenues par le pouvoir de DSN. La libre circulation devient impossible, et l’insécurité règne en maître.

5/ Peut-on confier l’organisation d’élections démocratiques à des putschistes qui sont arrivés au pouvoir dans les malles d’armées étrangères et mercenaires ? N’oublions pas que cette prise de pouvoir a provoqué une catastrophe démographique avec plus de 200 000 morts. Qui sont les coupables ? La Justice doit passer pour les désigner. Alors qu’en son temps la constitution du 15 mars 1992 prohibait toute arrivée au pouvoir par coup d’état cf. Préambule paragraphe 3.

Dans ces conditions, on peut légitimement douter de la crédibilité des chiffres annoncés par les services du dictateur d’autant que du fait des guerres à répétition, de larges mouvements de populations se sont produits et n’ont donné lieu à aucun recensement, l’état de belligérance empêchant même la tenue d’élections dans la région du Pool demeurée très largement sans députés jusqu’à ce jour.

A l’orée des législatives qui s’annoncent à Brazzaville et dont on connaît le calendrier exact, le régime s’est engagé à organiser des élections propres. Chat échaudé craignant l’eau chaude, prudemment, l’opposition réclame à cors et à cris, la mise sur pied d’une Commission électorale indépendante qui serait chargée de l’organisation des dites élections. Autant demander au régime de se faire hara-kiri tant le mécontentement de la population a atteint des niveaux jamais égalés. Léger hic dans la stratégie de verrouillage des institutions et du système, le texte constitutionnel et le décret d’application de la loi électorale de 2001 précisent que « les élections doivent être consensuelles et organisées par l’administration, les partis politiques et la société civile ». Qu’à cela ne tienne, sous DSN, la seule loi qui vaille est l’expression de sa volonté. Et il montre l’exemple. Ainsi, la constitution n’ayant pas prévu à sa demande expresse de poste de Premier ministre, lui-même assurant ces fonctions, voilà qu’en à peine une année d’expérimentation de son système, il réalise la difficulté de l’affaire et décide tout seul dans son petit coin que finalement, les congolais méritaient bien un Premier ministre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Les institutions congolaises se trouvent par la volonté de l’intéressé, enrichies d’un nouvel organe institutionnel. Il suffisait d’y penser. C’est donc sur l’inspiration de son chef que le ministre de l’administration du territoire et de la centralisation, un farouche partisan de DSN, a entamé un semblant de dialogue avec les leaders des partis politiques afin de se prévaloir d’une concertation effective avec tous les acteurs politiques avant de lancer les opérations électorales. Ceux qui ont été reçus par le ministre parlent de « monologue » de l’intéressé.

Les partisans de DSN qui ne font nullement mystère de leur volonté de conserver le pouvoir coûte que coûte en répétant à qui veut l’entendre : « On n’organise pas des élections pour les perdre » sont d’ailleurs très clairs : l’administration doit s’occuper du recensement et de la confection des listes électorale. Or, ici, se trouve le cœur de la fraude. Car, comment se déroule le processus électoral sous nos latitudes ? Celui-ci débute par un recensement circonspect de la population. De ce recensement est circonscrit le corps électoral qui désigne le pouvoir formé les personnes ayant la qualité d’électeurs, c’est-à-dire, les hommes et les femmes en âge de voter. Dès lors, on peut dresser les listes électorales qui sont permanentes et consultables à tout moment. La révision des listes électorales doit être annuelle. Il est interdit de faire un recensement en vue d’une élection immédiate. Des cartes d’électeurs sont ensuite distribuées aux électeurs qui peuvent vérifier la présence de leur nom sur les listes électorales. Les représentants des partis politiques doivent être présents dans les bureaux de vote et participer aux opérations de dépouillement.

L’expérience congolaise (les élections de 2002) est à mille lieus de ce qui vient d’être dit. Le recensement précédent nous l’avons dit ne reposait sur aucune base sérieuse autant que le chiffre concernant la population réelle du Congo. Les guerres successives ont provoqué des mouvements de population importants, des bâtiments administratifs (administrations centrales et mairies) ont été détruits sinon gravement endommagés, les registres administratifs saccagés ou perdus. Le régime a privilégié la reconstitution des forces de sécurité et l’armée pour asseoir son pouvoir plutôt que de s’atteler à la remise sur pied d’une administration digne de ce nom afin d’évaluer les dégâts humains et matériels causés par ces évènements et engager l’œuvre de reconstruction nationale et les réparations nécessaires. Aussi, rares sont les habitants qui peuvent se vanter d’avoir aperçu l’ombre d’un seul agent recenseur dans leur région depuis 1992. Dans ce contexte, la notion de carte d’identité n’est plus qu’un vague souvenir pour les congolais qui n’en ont du reste pas besoin au quotidien. Dans un pays où la corruption est généralisée, tout se vend, les cartes d’identité se fabriquent dans la rue et font l’objet d’un commerce lucratif au profit d’étrangers originaires de la sous région ou d’ailleurs (citoyens de la RDC, Maliens, sénégalais, mauritaniens, libanais, rwandais) qui pour une raison ou une autre se trouvent vivre au Congo et souhaitent échapper aux tracasseries policières à but de rançonnage.

Il est du reste de notoriété publique que la coalition armée qui a conduit DSN au pouvoir était composée d’anciens militaires de Mobutu ayant trouvé refuge au Congo, de génocidaires hutus repoussés par le FPR jusqu’aux extrêmes limites du Congo et de mercenaires de tous acabits. Treize ans après la chute de Kigali et dix ans après celle de Mobutu, les ex membres des FAZ et nombre d’hutus ont pris souche au Congo. Certains ont été recrutés dans les services de sécurité et l’armée, d’autres vivent le quotidien des congolais. S’agissant des ressortissants de la RDC l’unité linguistique a permis leur intégration rapide. La situation est bien plus difficile pour les hutus qui ont été incorporés dans des villages dont ils ne parlent guère la langue. Les motifs de friction avec les autochtones sont on s’en doute fréquents. Aussi, avec la complicité du régime, occupent-ils parfois des villages dont on a chassé les habitants. A tous ces gens, le régime a attribué des cartes d’identité et se constitue ainsi un électoral captif. Les réfugiés qui sont des génocidaires à qui la nationalité congolaise a été octroyée au mépris de la convention de Genève de 1951 sur les réfugiés. 5300 réfugiés rwandais et burundais sont intégrés au Congo Brazzaville, et 2117 autres dont le profil n’a pu être clairement identifié seront seulement transporté dans les villages cf dépêches PANA du 21/01/00

Dans ces conditions, maître du recensement, de la confection des listes électorales, de la distribution des cartes d’identité et du calendrier électoral, l’on voit bien de quel formidable outil le régime dispose pour ne pas perdre les élections, c’est-à-dire, pour organiser la fraude. Le ras le bol généralisé de la population devant l’étalage décomplexé du fruit de leur vol par les caciques du régime, la détérioration hyperbolique des conditions de vie de la population accompagnée de sa paupérisation accélérée ne leurs laissent guère de chance de remporter une « victoire éclatante ». Des dissidences sont mêmes apparues au sein du parti majoritaire, les dissidents n’hésitant pas à surfer sur la vague de mécontentement généralisé. L’affaire s’est terminée par l’intervention de l’armée sur la demande de DSN de mettre fin au « fractionnisme ». Un rappel pour tous que la force prévaudra sur toute autre considération en toute occasion. Nul besoin en conséquence d’être prophète pour prédire la fraude qui se prépare joyeusement. Déjà, chaque jour qui passe, voit se former des dizaines d’associations anonymes ou non, de soutien à DSN. Associations dont les membres demanderont le moment venu à être assesseurs au nom de la société civile, à participer au dépouillement des votes ou à assurer des missions d’observateurs. Un noyautage qui permettra plus facilement de favoriser ou de faire passer la fraude. Dernière étape du dispositif, la reconnaissance des observateurs internationaux. L’existence d’observateurs internationaux professionnels et bien rémunérés par les potentats africains n’est plus qu’un secret de polichinelle. Les missions d’observation électorale de la France dans les pays africains, les observateurs issus des groupes d’amitié parlementaires avec ces pays, tel professeur de droit réputé, tel homme politique, tel avocat de renom, tel journaliste célèbre, tous occidentaux et en particulier français, habilement recrutés servent régulièrement de caution aux holdup up électoraux opérés par les satrapes africains. Invariablement, on retrouve les mêmes personnages et les mêmes groupes lors des élections sur le continent et invariablement, les conclusions de ces mercenaires électoraux se suivent et se ressemblent : le scrutin a été entaché de quelques irrégularités qui ne remettent pas en cause la régularité globale du scrutin. La boucle est bouclée. Telle a été la conclusion des 187 observateurs internationaux déployés au Togo lors de l’élection du fils Eyadema. Suivent les télégrammes de félicitation qui consacrent l’adoubement et la reconnaissance de l’heureux élu ou du régime par la françafrique. Enfin, pour boucler le système, l’opposition est encouragée à participer à un prochain gouvernement d’union nationale. Quant aux observateurs nationaux, inutile de préciser que leur opinion, vaut pour du beurre. Ces régimes n’ont besoin que de reconnaissance internationale. Que des observateurs nationaux se risquent à émettent doutes sur la régularité du scrutin et la sincérité des résultats, ceux-ci sont immédiatement contredits par les observateurs partisans du régime créant ainsi une cacophonie qui permet de noyer la contestation pour faire émerger le jugement des observateurs internationaux, indiscutable comme chacun sait. En conclusion, sous l’égide de DSN, il serait vain d’espérer la tenue d’une élection démocratique. L’homme est arrivé au pouvoir par effraction, et avec le soutien de la françafrique dont il est un fidèle serviteur, il mettra tout en œuvre pour conserver son gagne pain. Le combat contre la françafrique est plus que jamais d’actualité. Toute participation à cette farce électorale contribuera à prolonger le temps de l’absurde, de la corruption et de l’agonie du Peuple Congolais. Depuis le Forum en 1998 où les participants avaient été coptés, en passant par le dialogue sans exclusive mais exclusive en 1999 et aux élections de 2002. Tous ceux qui ont participé pour le principe de ne pas faire la chaise vide ont cautionné l’agonie du Peuple. Quel est leur bilan sinon participer à la mangeoire ? Pour ce qui est en train de se faire les politiques n’ont pas tiré des leçons du cautionnement antérieur au régime kleptocrate et assassin. Maintenant c’est la surenchère d’une commission électorale indépendante pour les uns et internationale pour les autres. Concrètement quel en est le contenu ? Pour Nous Société Civile le moment est venu d’exiger la démission pure et simple du régime en place et la mise en place d’une Transition pour remettre la Démocratie en place.

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