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Politique

La Françafrique et les génocides

Comment dans le Rapport sur le génocide au Rwanda la préparation du coup d’état de Sassou est révélé... Voir Site RFI. Dans le rapport, les pages 299 à 301 sont révélatrices.

Extraits du rapport sur le Génocide au Rwanda par le GVT Rwandais 1.2.2 Formation des FAR et des interhamwés au Congo Brazzaville et en Centrafrique

La même étude de HRW rapporte qu’en octobre 1994, des militaires ex-FAR et des membres de milices hutues rwandaises et burundaises ont été formés par des instructeurs français en Centrafrique. A la publication de cette enquête, les autorités françaises avaient réagi par un démenti formel, lorsque l’ambassadeur du Rwanda en France, Christophe Mfizi, leur demandèrent des explications : « Nous ne sommes certes pas des anges, mais nous ne sommes pas non plus des gamins au point de jouer à la guerre plutôt qu’à la paix au Rwanda », avait déclaré à l’ambassadeur Mfizi, Michel Dupuch, conseiller du Président Chirac*. Or, des témoignages recueillis par la Commission confirment que des Français ont bel et bien formé des éléments ex-FAR et interhamwés au Congo Brazzaville et en Centrafrique. C’est ce que révèle ce riche témoignage de Kayiranga Jerubbaal.

Soldat ex-FAR, Kayiranga s’est réfugié au Zaïre où il est devenu membre des FDLR. Il déclare avoir rencontré des militaires français dans le camp d’entraînement de Bulonge où, accompagnés des généraux Bizimungu et Kabiligi, ils ont été sensibilisés puis formés en vue de la reprise de la guerre. Il a également été formé par des Français en Centrafrique et mené plusieurs opérations au Congo, au Burundi et au Rwanda :

« Je me suis réfugié à Bukavu et je vivais avec les autres militaires dans le camp Panzi. Nous avons eu une réunion avec Bizimungu et Kabiligi au cours de laquelle ils nous ont sensibilisé à la reprise des entraînements. Nous sommes allés le faire à Bulonge. Bizimungu et Kabiligi sont venus nous voir avec des Français. Ceux-ci nous ont dit que leur pays était affecté par notre défaite, mais qu’ils nous aideront à rentrer. Ils nous ont dit qu’un militaire ne désarme jamais, que nous sommes capables de reconquérir le pays étant donné que nous sommes outenus par une immense partie de la population. Ils nous ont également dit de ne pas nous inquiéter, qu’il y aurait des armes. Par après, je suis retourné à Mpanzi pour effectuer des opérations d’infiltration au Rwanda. On était à peu près cent cinquante. On a crée trois brigades à savoir Alfa, Bravo et Chache dont le commandant était le major Bizimungu. J’étais dans une unité qui s’appelait Kagoma, composée de commandos. Son commandant s’appelait Sezirahiga alias Bangubangu. Cette unité avait la spécialité de faire des embuscades. C’est le début des actions d’infiltration (igicengezi).

Par après, j’ai été envoyé au Burundi avec ma section dans le CNDD-FDD de Nyangoma pour les former. Je suis resté là bas jusqu’à l’attaque de 1996. Quand l’attaque a commencé, j’étais à Panzi. J’ai encore revu les Français sur le mont Itifemu de Bukavu. Kabirigi nous a réunis et nous a dit que les Français nous ont envoyés des fusils 104 et M16. Avec ces armes, nous avons combattu l’APR, mais nous avons perdu et nous nous sommes repliés à Walikale. J’ai été affecté dans l’escorte éloignée de Kabiligi. Un véhicule nous a amenés à Tingi-Tingi. Des Français y étaient et nous donnaient le moral. Ils nous ont encouragés et nous ont donnés des fusils du nom de ‘Chechene’. Ils provenaient de Tchétchénie et étaient semblables aux Kalachnikovs. Ils nous ont aussi donné des uniformes et des fusils appelés ’Fomas’ que les Français utilisaient pendant Turquoise. Parmi ces Français, il y avait ceux que j’avais us au Rwanda. Ils nous disaient que la guerre continuait, qu’il ne fallait pas baisser les bras, mais nous perdions du terrain malgré leur aide. Les avions de Mobutu nous épaulaient aussi, mais en vain.

*Voir Christophe Mfizi,Lettre au ministre des Affaire étrangères (du Rwanda). Objet : contact avec la nouvelle administration française, Paris, le 27 juin 1995.. 299

Les inkotanyi étaient tactiquement forts. Ils nous encerclaient dans la forêt, puis lançaient leurs attaques. En 1996, je suis allé en Centre Afrique avec l’officier Manishimwe et Ziragorora. Nous avons été formés par des Français au camp Ubongo. Ils nous formaient avec les rebelles venus de différents pays, notamment du Tchad et du Sénégal. Ils nous donnaient des cours sur les techniques d’embuscades, la guerre en profondeur, l’espionnage et le minage branché à l’électricité. Après trois mois, nous sommes revenus. Ces exercices que j’avais reçus en Centrafrique, je devais les appliquer dans l’infiltration. Je suis retourné au Rwanda en 1997 où je faisais partie des infiltrés qui commettaient des embuscades. J’étais dans un bataillon qui s’appelait ‘Hôtel’ dirigé par le commandant Haguma. Notre bataillon était basé dans les volcans. Cette opération a pris fin en 2002 et nous sommes retournés au Congo. Il ne restait que 400 soldats alors qu’au départ, nous étions huit cents. Nous avons pris la direction du Burundi pour rejoindre le FDD. Là-bas , la guerre a commencé et nous avons perdu 200 soldats. Nous sommes retournés au Zaïre et nous avons préparé l’opération Trompette. Les préparations se sont poursuivies jusqu’en 2003. Nous étions à Kirembwe à côté de l’aéroport dans la zone Mfizi. Les Français ont utilisé cet aéroport pour nous approvisionner en armes. Ils nous ont encouragés en disant que nous allions prendre le pays dans peu de temps et que ce sont les CRAP qui allaient faire la guerre. Il y avait deux sections CRAP, Somoki (secteur opération au Nord Kivu) et Sosuki (secteur opération Sud Kivu). Moi, j’étais dans la Sosuki notre commandant était le lieutenant Iyonasenze. Nous sommes entrés dans la forêt de Nyungwe par Cibitoke et Uvira en octobre 2003. Dans le cadre du CRAP, on m’a envoyé faire de la reconnaissance à Butare. J’ai été attrapé par une patrouille de l’armée rwandaise à Kiruhura. J’ai fini par dire toute la vérité. Grâce aux informations que je leur ai fournies, beaucoup d’infiltrés ont été arrêtés. C’était la fin de l’opération Trompette. » 1

Faustin Gashugi est un ex-FAR réfugié au Zaïre en 1994 ; il fera par la suite partie des FDLR. Il déclare avoir été témoin de l’assistance apportée par des militaires français aux ex- FAR au Zaïre. Après la destruction des camps et la défaite des ex-FAR et des interhamwés en 1996, il est allé au Congo-Brazzaville où il a été recruté et formé par des Français qui œuvraient au renversement du président Pascal Lissouba :

« Après la prise de Gitarama, notre bataillon a poursuivi le chemin de Gikongoro, Cyangugu, puis Bukavu. Nous nous sommes installés dans le Camp de Panzi qui abritait les militaires et leurs familles ainsi que des interhamwés. Les militaires célibataires ont été installés dans le camp de Bulonge et dans celui de Kashusha. Les militaires français nous amenaient de l’aide mais d’une façon indirecte. Ils se faisaient passer pour des agents d’ONG comme MSF, mais nous reconnaissions certaines figures qui avaient vécu avec nous au Rwanda avant le génocide. J’ai reconnu l’un d’eux qui avait vécu dans le bataillon para-commando de Kanombe. Nous avons même reçu des salaires impayés. Nos officiers bénéficiaient des aides supplémentaires parce qu’ils étaient toujours en contact avec les Français. Je peux donner l’exemple de Kabiligi et de Rwabukwisi. Les escortes de Kabiligi nous disaient que les Français venaient souvent le voir à Bukavu. Moi, j’étais dans le camp de Kashusha. Par après, nous avons continué nos entraînements et quand la guerre des Banyamulenge a commencé, nous avons reçu des fusils M16, des SMG ainsi que des Kalachnikov en provenance de Kinshasa. Je ne sais pas celui qui les envoyait mais j’ai entendu dire que ça pouvait être des Français.

1 Témoignage recueilli par la Commission à Rubavu, le 31/08/2007.

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En 1996, les inkotanyi ont détruit tous les camps de réfugiés, nous avons pris la route de Nyabihwe, nous étions derrière les civils et nous avons fait ce qu’on appelle la guerre retardataire. Nous sommes entrés dans la forêt équatoriale pour prendre la route de Bunyakiri, il n’y avait plus de commandement c’était le désordre total. Quand nous sommes arrivés à Mbandaka, je dirigeais une unité de quarante personnes. Je leur ai proposé d’aller au Congo-Brazzaville. Arrivés là bas, les agents de MSF nous ont placés dans le camp de Lilanga. Par après, j’ai été recruté pour faire partie des soldats de Sassou Nguesso. Des militaires français nous ont formés dans le camp de Biroro. Ils nous ont ensuite amenés à Brazzaville. Nous avons été accueillis par d’autres Français. Ils étaient en tenue civile mais ils vivaient dans l’académie militaire de Sassou Nguesso. Nous étions commandés par un certain Zubi Basile, un partisan de Sassou Nguesso. Il venait avec les Français, et parmi eux, j’ai reconnu certains qui avaient vécu au Rwanda. J’ai pu identifier un instructeur qui s’appelait Gilbert. Je suis entré dans l’armée de Sassou Nguesso avec comme chef le major Mugaragu. J’étais avec d’autres, Super, Dusenge Adéodatus, etc. Il y avait aussi des mercenaires français. Nous faisions des opérations avec eux et nous partagions le même logement.

Après la prise de Brazzaville, les Français ne se déguisaient plus. Ils ont pris leurs jeeps et circulaient dans toute la ville avec leur drapeau. Après, Sassou Nguesso s’est entendu avec Kabila et lui a envoyé des militaires rwandais avec pour mission d’assurer la sécurité des officiers ex-FAR qui collaboraient avec lui. Je suis parmi ceux qui sont partis à Kinshasa. On m’affectait de manière changeante à la sécurité du colonel Renzaho, de l’ingénieur Ruhorahoza et de Ntibiragabo alias Haji. J’ai fini par comprendre que la guerre ne m’amènera nulle part. J’ai alors pris la décision de rentrer au Rwanda après les négociations entre l’Union Européenne et la Monuc. Je suis rentré en 2002 avec 45 personnes par l’avion de la Monuc 1 ».

Ndihokubwayo relate la distribution d’armes aux ex-FAR et aux interhamwés par des militaires français, ainsi que des recrutements et entraînements dans des camps à Bukavu, puis au Congo Brazzaville, avec la promesse d’une aide française pour la reconquête du pouvoir au Rwanda : « 

Les militaires français ont rassemblé toutes les armes des FAR avant qu’ils ne franchissent la frontière pour entrer au Congo. Une fois que l’installation des réfugiés était terminée, les Français ont remis leurs armes à l’ex-FAR et aux interhamwés. Les colonels Gasarabwe Ndahimana sont venus effectuer des recrutements dans le camp de réfugiés de Nyangezi et nous a assurés que les Français étaient disposés à nous aider et à nous fournir des armes pour que nous puissions reconquérir notre pays. C’est dans ce but que nous recevions des entraînements, la nuit, sur les collines de Bulonge. Après avoir quitté Bukavu, des entraînements dans lesquels j’ai participé, ont continué à Tingi-Tingi, Kisangani et au Congo-Brazzaville dans un camp appelé Biroro. Dans ce camp, nous recevions des armes de type M16 transportées en pièces détachées dans des cartons de maïs ou de biscuits. Un colonel rwandais qui nous encadrait nous a expliqués que ces armes venaient de France, que les Français nous soutenaient, mais qu’ils ne pouvaient pas se montrer ouvertement2 ». m

1 Témoignage recueilli par la Commission à Kigali, le 04/09/2007. 2 Témoignage recueilli par la Commission à Kigali, le 14/12/2006.

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