// Vous lisez...

Politique

LE ROI EST NU

S’il fallait des preuves de l’impopularité croissante du régime autocratique congolais, l’actualité récente vient de nous en fournir une livrée indiscutable. Coup sur coup, les congolais viennent de nous administrer la preuve de leur rejet définitif de ce régime.

D’abord, lors des « législatives » de juillet 2007. Au-delà de leur impréparation avérée et des fraudes massives auxquelles elles ont donné lieu, confirmées (une fois n’est pas coutume) par les observateurs internationaux, les congolais ont pour leur part, voté avec leurs pieds en désertant massivement les bureaux de vote. Plus d’un an plus tard, les autorités congolaises demeurent incapables de fournir le moindre chiffre sur le taux de participation et le niveau d’abstention évalué par les plus optimistes à 80%.

Les congolais viennent pourtant de battre ce record en le portant à des sommets inégalés. Ainsi, lors des locales du 29 juin dernier, les électeurs semblaient s’être passés le mot pour fuir les bureaux de vote. D’après l’opposition et plus que vraisemblablement, le taux de participation à ces élections, se situerait entre 5 et 10% ! Il n’est jusqu’au général président qui n’ait reconnu la désertion des urnes par ses compatriotes (après qu’il ait bien entendu réfuté l’idée d’une abstention sanction) faussement attribuée à la « multiplicité des associations et des partis de copains, qui en ont éclipsé les véritables enjeux »...

Enfin, lors des obsèques de Jean Pierre Tchystère Tchicaya, ancien haut dirigeant du PCT, plusieurs fois ministre, ancien Président de l’Assemblée nationale et fondateur du RDPS, le général président a été sévèrement conspué par des ponténégrins furieux, qui le rendent responsable de la disparition de l’enfant du pays et jugent indécente sa présence en ces circonstances. Cet acte suivi de violentes émeutes, a fortement marqué les esprits et ébranlé les certitudes du général président. Les originaires de cette région sont en effet réputés pour leur caractère pacifique que certains n’hésitent pas à qualifier de passivité. De fait, pratiquement toutes les violences ayant ensanglanté le pays, ont miraculeusement épargné cette ville. Sans doute, en raison de son caractère cosmopolite, et, surtout, parce que les différents protagonistes des crises congolaises, ont toujours pris grand soin de ne pas toucher à la poule aux œufs d’or, c’est-à-dire, au pétrole, principale richesse du pays, propriété d’Elf Total.

Ce sont donc là, des signes qui ne trompent pas.

Complètement déconnecté des réalités congolaises en raison du train de vie royal que lui autorise le pillage des ressources naturelles du pays, incapable de comprendre le sens profond de la lame de fond qui traverse la société congolaise qui exprime ainsi son ras le bol, il réagit comme il a toujours su si bien le faire, par la répression. Ce qu’il considère comme un crime de lèse majesté, se devait de recevoir une réponse appropriée.

Dès son retour précipité à Brazzaville, ses hommes de main ont été lâchés dans Pointe-Noire avec leur cortège d’arrestations arbitraires, de tabassages et de menaces principalement dirigés vers les milieux proches du RDPS. Le bilan est d’ores et déjà, tragique. On déplore la mort d’un homme victime d’un passage à tabac par des agents du régime.

Mais, ce n’était pas suffisant. Pour laver son « honneur » bafoué par des gueux, le potentat de Brazzaville a exigé de prétendus sages du Kouilou, des excuses publiques fortement médiatisées. C’est ainsi, que les congolais médusés, ont pu voir à la télévision, un quarteron de septuagénaires sans dignité et veules, accompagnés par le prélat local, se prosterner et demander pardon à papa président, pour l’offense que lui auraient fait les habitants de Pointe-Noire. Si ça n’était humiliant et méprisant pour les congolais, on aurait pu en rire.

Mais, c’est comme ça qu’ils les aiment les congolais, pleutres et soumis. C’est pourquoi, l’acte d’insoumission des habitants de Pointe-Noire lui est resté en travers la gorge. Il écume encore de rage, lorsqu’il revit en direct, la scène de recueillement devant la dépouille de Tchystère Tchicaya : « il y avait, sous ce chapiteau-là, une atmosphère à couper au couteau. Nous sommes rentrés sous le chapiteau, pour nous incliner ; Tout le monde est resté assis, personne n’a bougé, personne ne s’est levé. C’est la première fois, dans notre petite histoire de vie publique, qu’on assistait à une situation pareille ». Inimaginable à ses yeux ! Les congolais le savent désormais, Sassou les considère comme ses sujets. Il les veut serviles. « Le pouvoir rend fou », persiflait-il naguère pour railler l’ancien président Lissouba coupable à ses yeux de dérive dictatoriale (Cf. Le manguier, le fleuve et la souris), et bien, nous y sommes. Ainsi, par sa seule volonté et par lettre de cachet, des centaines de jeunes gens, coupables d’irrespect à son égard, sont embastillés dans ses geôles. Il y a déjà eu un mort. Un de trop, mais c’est un détail pour qui connaît Sassou Nguesso.

Car, dans son parcours politique interminable, l’homme n’est pas à un mort près. Si la conférence nationale souveraine avait dénombré près de 3000 morts qu’il s’est plu, avec l’arrogance de celui qui se sait intouchable, à assumer, ce sinistre record a été largement battu depuis son retour brutal au pouvoir en 1997. Owando, Brazzaville, le Pool, les pays du Niari, ont payé un lourd tribut à sa soif inextinguible de pouvoir et en portent encore les stigmates.

Il est plus que temps d’arrêter la folie meurtrière de cet homme qui plus est, conduit le pays à la faillite. On ne peut raisonnablement continuer de subir cet homme qui pille allègrement les richesses de son pays, fait peu cas de la vie de ses compatriotes et les prive de toute perspective d’avenir. Rappelons de nouveau qu’il n’a qu’un seul et unique projet : s’éterniser au pouvoir. Le prix nous le connaissons : Sang et misère pour tous. C’est contre cela que les émeutiers de Pointe-Noire se sont dressés, c’est aussi le sens de l’abstention massive des congolais lors des deux scrutins mis en perspective.

La FCD appelle donc les congolaises et congolais à poursuivre le combat et à faire front au régime de voleurs qui s’est imposé à eux par la force , somme le pouvoir illégitime et clanique de Sassou Nguesso de libérer tous ces jeunes embastillés dans ses geôles, dénonce le procès en sorcellerie intenté contre le journaliste Christian Perrin, invite toutes les forces démocratiques à accompagner la lutte citoyenne entamée courageusement par la population et à se mobiliser autour des victimes des dernières rafles du régime. Notre liberté est à ce prix. Vaujours le 24 juillet 2008 Le Délégué Général de la FCD Benjamin Moutsila

Commentaires