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Environnement

Développement Durable : Les biocarburants et la Famine

La Banque mondiale écorche à son tour les biocarburants Au même moment, l’Europe confirme le maintien de sa politique controversée par Alexis Beauchamp Texte mis en ligne le 4 juillet 2008 à 10:39

Les politiques américaines et européennes encourageant les carburants de sources agricoles seraient responsables d’une hausse de 75 % du prix des aliments, selon un rapport encore non publié de la Banque mondiale. VERSION MISE À JOUR : Un rapport de la Banque mondiale affirme que l’engouement pour l’éthanol et le biodiesel serait principalement responsable de la hausse vertigineuse du prix des aliments dans le monde. Le quotidien britannique The Guardian affirme avoir mis la main sur un rapport de la Banque mondiale, encore non publié, qui détaille l’impact des biocarburants sur le cours des denrées. Selon ce document, les politiques américaines et européennes encourageant les carburants de sources agricoles seraient responsables d’une hausse de 75 % du prix des aliments.

Voilà un chiffre à des années-lumière de la position officielle de l’administration Bush, qui estime plutôt à 3 % la contribution des biocarburants à la hausse du prix des denrées.

Le gouvernement américain pointe plutôt du doigt la spéculation, particulièrement importante sur le marché des denrées alimentaires aux États-Unis. La U.S. Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a d’ailleurs annoncé le mois dernier plusieurs mesures visant à atténuer la spéculation sur les produits agricoles.

Selon la CFTC, cette spéculation contribue à un décalage de plus en plus important entre le prix « réel » des denrées comme le maïs, le coton, la canola et le blé, et les contrats à terme devant servir de coussins de sûreté aux agriculteurs.

Le rapport de la Banque mondiale estime pour sa part que la spéculation joue un rôle dans les prix élevés des denrées, mais souligne que cette spéculation est directement reliée aux biocarburants.

Selon l’article du Guardian, plus du tiers du maïs américain est utilisé pour faire de l’éthanol, et environ la moitié des huiles végétales sont transformées en biodiesel en Europe. Cette production agricole est donc détournée du secteur alimentaire.

Les prix de l’énergie et des engrais, d’autres facteurs parfois invoqués pour expliquer le prix des denrées, ne serait responsable que de 15 % de la hausse.

L’auteur du rapport de la Banque mondiale, l’économiste Don Mitchell, est responsable de l’analyse et des prévisions des prix des commodités agricoles.

Le Guardian spécule que l’étude de Mitchell n’a pas été rendue publique par la Banque mondiale parce que celle-ci mettrait la Maison-Blanche dans l’embarras.

L’actuel président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, était le numéro deux du Département d’État sous George W. Bush en 2005 et 2006.

L’Europe persiste et signe : Bruxelles a pour sa part confirmé le maintien d’un objectif minimal de 10 % de biocarburants dans l’essence et le diesel d’ici 2020.

« Si vous changez les objectifs, vous ne faites pas de progrès », affirme le porte-parole de l’Union européenne Michael Mann, soulignant que les politiques fondées sur des objectifs non contraignants ont échoué à ce jour, rapporte la Presse canadienne.

Malgré les critiques qui fusent, la Commission européenne veut donc multiplier par cinq la proportion en vigueur depuis 2005, soit 2 %. Ce seuil obligatoire passera à 5,75 % dès 2010.

Bruxelles, et plusieurs pays européens, avaient exprimé dans les derniers mois des doutes face au bien-fondé de cette approche. La Commission européenne a toutefois jugé bon d’ajouter des critères « durables » en janvier dernier à sa directive sur les biocarburants, afin que l’éthanol et le biodiesel de première génération soient progressivement laissés de côté.

Les biocarburants devront notamment permettre des réductions de GES d’au moins de 35 % sur l’ensemble de leur cycle de vie.

C.D. Howe prend aussi à partie le « piège de l’éthanol » Une étude de l’Institut C.D. Howe publié hier réclame une abolition des politiques fédérales et provinciales qui encouragent la production de biocarburants.

Selon le groupe de réflexion, il est loin d’être clair que les biocarburants permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, lorsque tous les cycles de vie sont pris en compte.

Ce constat va clairement à l’encontre de l’évaluation d’Ottawa, qui affirme qu’une proportion de 5 % d’éthanol dans l’essence en 2010 réduira les émissions de GES de 4,2 millions de tonnes par année, ce qui équivaudrait à retirer un million de voitures de la circulation.

Même si l’éthanol permettait de réduire les gaz causant les changements climatiques, cette option coûterait environ sept fois plus cher (368 $/tonne) que des avenues alternatives, selon le C.D. Howe.

L’argument voulant que l’éthanol est une subvention camouflée pour le secteur agricole ne tient pas non plus. Probablement plus de fermiers seraient affectés négativement que positivement : il existe 46 000 fermes d’élevage de plus que de fermes de grains et de maïs, d’après le think-tank basé à Ottawa.

Enfin, C.D. Howe rejoint la Banque mondiale en soulignant l’impact de l’éthanol sur le prix des aliments. Seulement au Canada, les consommateurs doivent débourser environ 400 millions de dollars de plus chaque année à cause de cette hausse des prix.

Pour aller plus loin : www.guardian.co.uk Secret report : biofuel caused food crisis www.cdhowe.org The Ethanol Trap : Why Policies to Promote Ethanol as Fuel Rethinking www.euractiv.com Euractiv : Biofuels for transport

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