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Economie

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En France, des refuges de luxe pour présidents

Le parquet de Paris enquête sur le patrimoine immobilier de dirigeants africains.

Par Renaud Lecadre QUOTIDIEN LIBERATION Web : samedi 28 juillet 2007

Pas content, Denis Sassou-Nguesso. Sortant la semaine dernière d’un entretien avec Nicolas Sarkozy censé rester discret, le président ­congolais dénonçait une « affaire aux relents de ­néocolonialisme, de racisme et de provocation ­­gra­tuite. » Depuis un mois, le parquet de Paris mène une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, visant plusieurs chefs d’Etat africains qui possédent un important patrimoine immobilier en région parisienne. Enquête de routine, certes, qui vise surtout à donner le sentiment de ne pas étouffer une plainte déposée par plusieurs ONG : Sherpa, un réseau de juristes internationaux, Survie, spécialisée dans la « Françafrique », et la fédération des Congolais de la diaspora. Cette enquête recense le patrimoine d’Omar Bongo et de sa famille (un hôtel particulier dans le VI e arrondissement, quatre appartements autour de l’avenue Foch). La famille Nguesso a opté pour la banlieue ouest (un hôtel particulier au Vésinet). La plainte mentionne aussi, avec moins de précision, le Burkinabé Campaoré, le Guinéen Obiang et l’Angolais Dos Santos. Pour Me William Bourdon, président de Sherpa, « quels que soient le mérite et les compétences de ces dirigeants, personne ne peut croire sérieusement que ces biens immobiliers - dont la valeur est aujourd’hui, pour certains, de l’ordre de plusieurs millions d’euros - ont pu être acquis par le seul fruit de leurs salaires. » A l’occasion d’une enquête sénatoriale aux Etats-Unis en juin 2000, le banquier d’Omar Bongo avait expliqué que ce dernier bénéficiait d’une « allocation budgétaire, 8,5 % du budget gabonais, soit 111 millions de dollars, réservée chaque année au Président ». Le Sénat américain n’a retrouvé aucune trace de cette prétendue allocation. L’enquête du parquet de Paris confirme ce patrimoine immobilier, à la réserve près que plusieurs acquisitions remonteraient à une trentaine d’années et seraient donc prescrites. Les plaignants estiment qu’il est possible de poursuivre pour recel (un délit imprescriptible) de détournement de fonds publics. D’autant que les acquisitions continuent. A cela s’ajoute la publication, à l’occasion de la procédure opposant l’Etat congolais aux fonds vautours, des menues dépenses parisiennes de Denis Christel Sassou-Nguesso, fils du Président, recensées sur ses relevés de carte bancaire : sur les neuf premiers mois de l’année dernière, il y en a déjà pour 275 000 dollars. Ses magasins préférés : Louis Vuitton, Gucci, mais aussi Décathlon ou Lapeyre. Sassou père n’y voit pas malice : « En France, tous les dirigeants du monde ont des châteaux et des palais, qu’ils soient du Golfe, d’Europe ou d’Afrique. » Mais tous ne sont pas à la tête d’un pays classé 142 e sur 177 à l’indice du classement humain établi par l’ONU, malgré d’importantes recettes pétrolières (3 milliards de dollars en 2006).

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