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A lire ces réflexions d’un ministre de Sarkozy, on crairait lire Jean Pierre Cot. Sarkozy ferait-il ce qu’il dit ? Chiche...

Morceaux choisis de l’allocution de Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie

Journées de la Coopération internationale et du développement (Palais des Congrès de Paris, 17 juillet 2007)

En Afrique, à quelques trop rares exceptions près, l’écart avec le reste du monde ne cesse de se creuser. Or si nous avons bien collectivement une obligation de résultat et d’ambition, nous devons également rester modestes et surtout lucides. Tout ne peut pas venir de l’aide extérieure, et il ne suffit pas d’organiser la charité pour redonner espoir à tous les exclus de la croissance et de la prospérité. D’abord parce que la responsabilité du développement est une responsabilité partagée, et la France entend l’assumer pleinement. Mais, disons le clairement, la réussite de cette ambition commune, dépend d’un effort collectif produit par l’ensemble des nations et de leurs dirigeants. Ensuite parce que nous refusons de nous satisfaire de liens d’assistance qui placent les uns en situation de puissance et les autres en situation de dépendance. Notre ambition, hors l’aide humanitaire est plutôt de permettre aux individus et aux peuples de s’insérer dans la globalisation et d’en devenir des acteurs de plein exercice. Il faut par conséquent sortir de la logique de l’aide, vécue comme un simple don, pour entrer dans une logique d’investissement, où bailleurs et récipiendaires sont conjointement responsables. Pour être efficace, nous devons aller à l’essentiel. Nous avons besoin de concevoir en commun les vraies priorités du développement. J’en vois cinq, qui correspondent aux principaux défis auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui...

Le premier est le défi écologique à travers la préservation des biens publics mondiaux : eau potable, Energie, Habitat, Santé, etc...

Le second défi vous est tout aussi familier. On en parle trop peu et le plus souvent trop mal ou de manière polémique. Il s’agit des problèmes démographiques.

Voilà dix ans que le continent africain connaît, une croissance de son PIB de l’ordre de 5 à 6% en moyenne. Cette croissance soutenue, enviable à bien des égards, n’est malheureusement pas synonyme de prospérité. C’est une croissance, si l’on peut dire, sans développement. A ce rythme, il faudrait encore des décennies pour que l’Afrique rejoigne ne serait-ce que le niveau de vie actuel de pays émergents. En 2050, 85% de la population mondiale vivra au Sud, seulement la moitié y vivait en 1950. Au Niger, pays parmi les plus pauvres au monde, la fécondité atteint le niveau record de 7,46 enfants par femme. Sa population pourrait passer à 50 millions d’habitants en 2050, contre 12,5 millions en 2006 et 2 millions en 1950.

Le troisième défi, au-delà de l’accompagnement des politiques urbaines, est celui du développement rural. Avec à la clef un enjeu plus précis : comment être en mesure d’assurer pour toutes les nations la sécurité alimentaire ? Le monde s’urbanise à pas de géant. Dans moins de cinquante ans, trois mille villes au moins auront plus d’un million d’habitants. Pourtant, le monde d’aujourd’hui reste pour l’immense majorité des pays les plus pauvres encore largement rural. En Afrique sub-saharienne, l’agriculture, le plus souvent de subsistance, occupe toujours les deux tiers de la population active. Et les femmes sont particulièrement concernées : la proportion de celles qui gagnent un salaire en dehors du travail de la terre ne dépasse un tiers. A défaut de relever ce défi du développement rural, comme l’ont fait de nombreux pays d’Asie, avec la révolution verte, nous devrons continuer à faire face à la croissance anarchique des villes, à la désertification des campagnes, à la montée de la criminalité, à la multiplication des conflits, à l’exode des plus démunis. Tout cela conduisant inéluctablement à une émigration de la misère dont personne ne peut vouloir.

Le quatrième défi est celui de la gouvernance. Gouvernance mondiale, tout d’abord, à travers la mise en œuvre de principes couramment admis au sein de chacun de nos Etats : redistribution des revenus, solidarité entre les générations, protection des plus faibles...

Reconstruire ici ou là des filières agricoles, pour le coton par exemple, est un travail de Sisyphe si l’on ne limite pas au préalable les distorsions de concurrence. Qu’il s’agisse de subventions abusives ou de normes sanitaires parfois clairement protectionnistes. Ces efforts en vue d’une meilleure gouvernance mondiale n’auront de sens que s’ils sont relayés par les pays en voie de développement . La faiblesse des investissements, nationaux ou étrangers, en Afrique, comme le faible niveau de l’épargne, sont autant d’indicateurs préoccupants. Là où règne l’arbitraire, là où la démocratie est bafouée, les droits de l’homme violés, les décisions de justice jamais ou rarement appliquées, là où se développe la corruption, la communauté internationale se doit de parler vrai. Ne renonçons jamais à des valeurs et à des exigences qui servent d’abord les peuples avant d’être au service des Etats. L’histoire le prouve : les lâchetés d’aujourd’hui peuvent être les conflits de demain.

La conditionnalité d’abord. Il n’est pas normal que les Etats aidés le soient de manière indifférenciée, sans prendre en compte le sérieux de leurs engagements, notamment en matière de gouvernance. Là encore, les critères doivent être simples de manière à pouvoir les expliciter au plus grand nombre, récipiendaires et donateurs, en cas de désaccord entre bailleurs et gouvernants. J’en vois au moins quatre : le pouvoir a-t-il été élu de manière démocratique ? Les politiques publiques bénéficient-elles aux populations qui en ont le plus besoin ? Les droits de l’homme sont-ils respectés ? Quels sont les efforts en matière de lutte contre la corruption ? Si la réponse à chacune de ces questions est négative, le dialogue politique doit prendre le relais. Cela suppose préalablement, bien sûr, un accord a minima des principaux bailleurs. Une initiative dans ce sens pourrait être prise par l’Union européenne, premier contributeur net de l’aide publique au développement.

En conséquence, les modalités de l’aide doivent être réformées. En fonction de la situation de départ des pays et de leurs performances en matière de gouvernance, au sens large, trois cas de figure pourraient être envisagés : les pays à faible gouvernance, les pays de gouvernance démocratique et les pays intermédiaires.
- pour les pays à faible gouvernance, le recours aux formes de coopération non-gouvernementales doit être privilégié (ONG, coopération décentralisée, codéveloppement). L’approche par projets, la plus adaptée à ces formes de coopération, permettra un suivi plus rigoureux de la dépense et limitera le risque du « chèque en blanc ». Dans le même temps, et notamment dans le cas des pays en sortie de crise ou pour les Etats dits « fragiles », l’accent devra être mis sur le renforcement des capacités et sur l’appui à la reconstruction de l’Etat.
- pour les pays de gouvernance démocratique, l’approche sectorielle peut être privilégiée. Il s’agit ici de conforter les politiques publiques favorables au développement, en interférant le moins possible sur la cohérence du dispositif. Dans les cas où la gestion des finances publiques apparaît comme particulièrement transparente et efficace, l’aide sectorielle peut être étendue à l’ensemble des politiques publiques, sous la forme d’une aide budgétaire indifférenciée. Ce qui implique, là encore, que nous soyons pleinement prêts à nous intégrer à la communauté des bailleurs de fonds, à ne pas avoir forcément le souci de notre seule visibilité, mais aussi celui de l’efficacité collective.
- pour les pays intermédiaires, les deux options doivent sans doute être combinées. Nous avons la chance aujourd’hui, grâce à l’opérateur pivot de l’aide française, l’AFD, de disposer d’une gamme très large d’outils. Ces outils que sont les subventions, les prêts souverains et non souverains, les garanties et le financement de l’assistance technique doivent être mis au service d’une vraie politique. Laquelle suppose une définition systématique des enjeux de notre intervention, de nos intérêts, parce que nous en avons, de nos forces et faiblesses, de nos capacités réelles de faire bouger les choses sur le terrain.

Ces outils doivent bien sûr s’insérer dans le cadre d’intervention d’ensemble des bailleurs, en phase avec les politiques nationales, dans l’esprit des engagements souscrits au titre de la Déclaration de Paris pour une aide harmonisée et efficace. Parmi les acteurs non-gouvernementaux de l’aide publique au développement, outre les initiatives individuelles, la contribution des migrants, ou encore le rôle des entreprises et des fondations, je tiens à insister ici sur deux formes particulièrement innovantes de coopération : l’action des ONG, d’une part, l’action des collectivités territoriales, d’autre part. Au cours des dernières années, les ONG de développement ont acquis une légitimité accrue. Elle tient, selon moi, à trois éléments : la proximité naturelle qu’elles entretiennent avec les bénéficiaires directs de l’aide ; la professionnalisation de leurs interventions ; leur capacité, enfin, à s’adresser directement et efficacement aux médias et à l’opinion. De leur côté, les collectivités territoriales sont également devenues des acteurs incontournables du développement. La gouvernance territoriale, la décentralisation, la formation des cadres territoriaux et des élus locaux, sont aujourd’hui autant d’éléments clé dans les politiques de développement. L’action des villes, des agglomérations de communes, des départements, des régions, est essentielle : elle met en relation directe des expertises, des savoir-faire, mais aussi et surtout des femmes et des hommes qui ont le constant souci d’adapter leurs actions aux réalités du terrain. Dans un monde ouvert, multipolaire, fait d’échanges et d’interactions permanentes, la réduction des inégalités est un puissant facteur de justice et de paix. En se mettant à l’heure du monde, celle de l’action collective et pragmatique, je souhaite que la France devienne le catalyseur d’un développement enfin partagé. Loin de l’empilement des engagements successifs et des affrontements administratifs stériles, le moment est venu de l’action réaliste et cohérente, de la modestie efficace, d’une synergie ambitieuse de nos forces et de nos intelligences.

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