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Lutte contre l’impunité et la Françafrique...

Ce mercredi 20 juin 2007, la Chambre d’Instruction de Versailles a validé la procedure des disparus du Beach, alors que parallélement elle abandonne les poursuites contre le chef de la police Jean-François Ndenguet. Etrange conception de la justice que retenir l’immunité diplomatique de Ndenguet alors que paradoxalement il apparait clairement que les soi-disant documents officiels en sa possession justifiant sa prétendue mission étaient manifestement anti daté donc faux ?

Affaire des disparus du Beach : La lutte continue

Premier acte : Avril et Mai 1999. A l’appel de Denis Sassou Nguesso leur garantissant une totale intégrité corporelle, des citoyens congolais ayant trouvé refuge en RDC (Ex Zaïre ), suite au coup d’Etat du susnommé de 1997 et de la guerre menée par icelui contre les populations du Pool notamment en 1998, décident de rentrer dans leur pays. Partant de la rive RDC du fleuve Congo via le Beach Ngobila, ils sont accueillis par un comité d’accueil "spécial" à leur arrivée au Beach de Brazzaville. Près de 353 d’entre eux disparaissent sans laisser de traces entre les mains des nervis du dictateur de Brazzaville. Ainsi débute l’affaire des "disparus du Beach.

Deuxième acte : Une plainte est déposée par les familles des disparus devant les autorités congolaises en pure perte. Des rescapés et des associations de défense de droits de l’Homme et des familles de disparus portent alors plainte devant les juridictions françaises (tribunal de Meaux). Avec arrogance, le pouvoir de Brazzaville commence par nier la réalité des faits considérés comme de la "pure affabulation d’opposants aigris afin de nuire à l’image du régime".

Troisième acte : Sur la base de la plainte pour tortures déposée devant le TGI de Meaux fondée sur la convention de New York de 1984, le général Dabira (Inspecteur des armées), M. Gérard Bitsindou (actuel président de la Cour Constitutionnelle), le colonel Ndenguet (directeur général de la police) sont entendus par des juges français, le dernier cité étant même mis en examen, incarcéré à la prison de la santé puis libéré nuitamment et exfiltré dans des conditions rocambolesques. La françafrique avait donc choisi d’épargner ce proche du général dictateur des tourments d’une incarcération "humiliante". Grâce aux pressions de la société civile internationale et nationale ( FIDH, LDH, SURVIE, FCD, AMNISTY INTERNATIONAL, HUMANS RIGHTS WATCH, OCDH, ASSOCIATION DES PARENTS DE VICTIMES. ) le dictateur de Brazzaville doit réviser sa leçon et avance désormais des versions plus que fantaisistes de cette affaire criminelle (Bavures des forces de l’ordre, règlements de comptes entre Ninjas, disparus en réalité bien vivants et réfugiés dans des pays limitrophes Africains la RDC, le Gabon et même Européens : la France, la Grande Bretagne, la Suède....et au-delà le Canada, l’Australie ....

Quatrième acte : Les pressions incessantes et soutenues, obligent le dictateur a modifier sa stratégie. Ainsi, sur les conseils prévenants de ses avocats, il entreprend d’allumer un contre feu en forme d’organisation d’un procès dans la "démocratie" qu’est le Congo afin de faire jouer plus tard, le principe juridique de l’autorité de la chose jugée qui fait obstacle à ce que la même affaire soit à nouveau portée devant un juge. Aussitôt, voilà le potentat de Brazzaville annonçant "urbi et orbi" la tenue d’un procès au Congo pour statuer sur cette....non affaire. Le résultat, est conforme à la volonté du dictateur congolais. Le procès organisé en juillet 2005 dans les conditions que l’on sait, par une Cour Criminelle aux ordres, pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, contre une brochette d’officiers tous affidés du dictateur, abouti naturellement à dégager la responsabilité des principaux accusés reportée sur l’Etat et à l’octroi d’une réparation aux familles d’un montant de 10 millions de FCFA par disparu (15 000 euros). Le prix de leur silence.

Cinquième acte : 22 novembre 2004, la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris annule l’intégralité de la procédure des « Disparus du Beach » faisant droit à la demande des autorités de Brazzaville.

Sixième acte : 10 janvier 2007, la Cour de cassation française casse la décision annulant la procédure du « Beach de Brazzaville » devant les juridictions françaises. Elle confirme ainsi que la justice française est compétente pour poursuivre et réprimer les auteurs de crimes de tortures qui ont conduit au massacre de plus de 350 personnes au Beach de Brazzaville depuis avril 1999. Elle renvoie ce dossier devant la juridiction de Versailles. En prévision de la décision du tribunal de Versailles qui devait se prononcer le 20 juin, courant mai, la cour Suprême de Brazzaville s’est empressée dans un arrêt pittoresque, de réévaluer la réparation antérieurement accordée aux parents des victimes de 10 millions de Fcfa à 26 millions (37 500 euros). Une manière de montrer aux juges français que le dédommagement des familles a été conséquent et que l’Etat a bien pris cette affaire au sérieux, pris ses responsabilités.

Comme on le voit, les manoeuvres dilatoires du gouvernement congolais ont accompagné de bout en bout ce dossier. De la négation de la disparition de malheureux citoyens naïvement convaincus de rentrer au pays par le tyran, à la prétendue thèse de vrais faux disparus, pour culminer avec l’organisation d’une mascarade de procès aux fins de disculper les responsables de ces crimes et mettre fin aux poursuites engagées en France. Le "démocrate" Sassou aura tout essayé.

Septième acte : 20 juin, le tribunal de Versailles par sa décision de ce jour, vient de confirmer que la justice française est compétente pour poursuivre et réprimer les auteurs de crimes de tortures qui ont conduit au massacre du Beach de Brazzaville permettant ainsi de relancer la procédure engagée en France par les avocats des victimes. Cette décision relance parallèlement les espoirs de tous les démocrates et des parents des victimes congolaises en particulier, de découvrir la vérité sur cette affaire, de retrouver les traces des disparus afin d’en faire le deuil et qu’il leur soit accordé une sépulture digne, enfin, d’empêcher que les auteurs de ces crimes demeurent impunis, véritable prime pour la reproduction de tels actes. Cette décision sage, permet également de restaurer l’image et la dignité de la justice française, écornée par les interventions de la françafrique (Affaire Jean François Ndenguet) ou malmenée par la raison d’Etat (affaire Omar Guelleh). Pas d’euphorie excessive cependant, ni de triomphalisme prématuré. Une bataille a certainement été gagnée, mais pas la guerre. Il va sans dire que le tyran de Brazzaville mettra tout en oeuvre pour que jamais la lumière ne soit faite dans cette affaire qu’il considère comme close du fait du "jugement" de la cour criminelle de Brazzaville, et des réparations accordées aux parents des victimes. Le "bafouement" du principe de "l’autorité de la chose jugée" par la justice française sera donc son leitmotiv dans les heures et les jours à venir. Nul doute également que le chantage à la restriction des investissements français au Congo et en particulier pétroliers sera convoquée. Le dictateur congolais nous en a déjà donné un échantillon dans son interview au journal JA n°2407 du 25 février au 3 mars 2007 lorsque parlant de la pénétration spectaculaire des investisseurs chinois en Afrique, il déclare pince sans rire que, "les chinois au moins ne s’immiscent pas dans les affaires intérieures des Etats africains". Déclaration hypocrite pour un homme dont on sait qu’il a été remis en place grâce à l’intervention des armées étrangères ( Angola, Tchad, DSP de Mobutu, génocidaires du Hutu Power, mercenaires de tous horizons au service de la françafrique avec la bénédiction de Jacques Chirac confirmée lors d’un discours prononcé par ce dernier à Luanda en juin 1998 dans lequel il félicitait les autorités angolaises de leur intervention au Congo). Soyons sûr d’ores et déjà, l’activation des réseaux, de la françafrique bat son plein.

La lutte continue donc et les combats à venir seront éprouvants surtout pour les familles. Mais ne boudons pas notre plaisir. Il s’agit d’une première victoire qui nous montre que notre combat n’est pas vain et qu’il est juste. La FCD en profite pour demander la libération sans conditions du lieutenant-colonel Mpassi Serge André, des capitaines Dibondo Bartel et Pandi-Ngouari Bertin, des lieutenants Mizingou Louis Marie et Séraphin Massengo Singouaya, de l’adjudant-chef Miyalou Alphonse, des sergents Françis Gollo-Gampene, Eric Zambi, Bardol Ngondo Massala, Jean-Bosco Binana, du maréchal de logis Jean Rivé Niaty, et l’administrateur Cotody arrêtés entre janvier et mars 2005 et illégalement détenus à la maison d’arrêt de Brazzaville pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat malgré le prononcé d’un jugement de non-lieu en leur faveur par un juge d’instruction. Nous n’oublions pas non plus et dénonçons vigoureusement, l’interdiction de sortie du territoire qui frappe depuis bientôt un an, le défenseur des droits de l’homme Christian Mounzéo, coupable de réclamer la transparence dans la gestion des revenus pétroliers congolais. Adeptes consommés de la technique du "diviser pour régner", les autorités congolaises ont tactiquement levé cette interdiction qui pesait également sur son camarade Brice Mackosso dans le but de créer des dissensions entre les deux hommes d’une part, et des divisions au sein de la communauté des défenseurs des droits humains d’autre part. Nous ne tomberons pas dans ce piège grossier et appelons à la solidarité de tous autour des deux hommes pour faire échec aux manoeuvres pestilentielles du potentat de Brazzaville qui n’en est pas à son coup d’essai.

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