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Dépèches/Nouvelles

Pétrole contre impunité

Parmi les comptes rendus les plus fiables, il en est un qui décrit fidèlement le déroulement de l’émission de Canal+. Il s’agit de celui du journal Mwinda.

Lundi 21 juin, 6 h00

Après sa rocambolesque libération de la prison de la Santé à Paris, Jean François Ndengué refait encore parler de lui. Le directeur de la police nationale du Congo, mis en examen pour crimes contre l’humanité par un juge du tribunal de Meaux est apparu ce dimanche 20 juin sur la chaîne de télévision française Canal Plus, lors de l’émission « Le vrai journal » de Karl Zéro, consacrée en partie à l’affaire des « disparus du Beach ».

Le sujet, traité plus rapidement que d’habitude, a néanmoins permis de voir, cette fois-ci à visage découvert, M. Ntsiéno, un des rescapés du massacre.

Surtout, l’équipe des reporters de Canal Plus s’est déplacée à Brazzaville pour interroger le « fugitif ». L’homme aux faux airs de Sassou, le nez chaussé de lunettes de soleil, a d’abord été filmé dans une voiture. « On roule mon petit, on roule : tu dors là ! », enjoignait-il au chauffeur sur le chemin du lieu du crime où ce dernier est retourné en compagnie des journalistes.

En cet endroit l’attendait un comité d’accueil, visiblement mobilisé à l’avance, selon la vieille recette stalinienne perfectionnée par Ceaucescu. Un comité ni assez enthousiaste ni assez spontané au goût du chef de la police, puisque ce dernier a dû solliciter des acclamations à son arrivée : « vous pourriez m’applaudir quand même ! » (ô tia maboko quand même !) s’est-il emporté devant le constat de cette chorégraphie mal assimilée.

Poursuivant dans la caricature, l’officier a improvisé un discours prononcé en lingala, devant l’entrée du beach :

« Les opposants disent que moi, j’ai tué 350 personnes, est-ce vrai » ? a-t-il interrogé d’un air entendu.

« Non, non » (1) a répondu en choeur l’assistance.

Puis, lors d’un entretien, le général Ndengué a livré sa version des faits qui ont conduit à son interpellation à Meaux.

« J’étais chez moi dans ma propriété, en France, ce jour là » a-t-il révélé. « J’attendais justement le coup de téléphone de mon ambassadeur qui devait m’appeler pour qu’on essaie d’arrêter les rendez-vous officiels que nous avions eus avec certains organismes de police » a-t-il continué avant que le journaliste n’arrête là ce témoignage, jugeant les explications du général « confuses ». Et pour cause !

Quand M. Ndengué explique que ce vendredi 2 avril 2004, jour de son arrestation il s’entretenait avec l’ambassadeur congolais sur son programme du lundi 5 avril suivant, les écoutes téléphoniques réalisées à la demande de la justice prouvent au contraire que le directeur de la police avait prévu de partir pour le Congo le lendemain même. Un extrait de l’écoute a du reste été retranscrit lors de l’émission. Mme Ndengué y répond aux questions de son fils :

F1 : Papa rentre quand ? F2 : Papa, il quitte samedi soir, il arrive dimanche matin F1 : Il arrivera à Brazzaville ? F2 : Oui il sera à Brazzaville dimanche matin.

C’est sur la base de ce renseignement que le juge, craignant que l’oiseau s’envole du nid, a fait interpeller M. Ndengué à cette date par la gendarmerie.

Où l’on a confirmation que l’ordre de mission signé par M. Sassou et antidaté... pour le 19 avril suivant ne concernait qu’une mission fantôme : l’immunité diplomatique invoquée pour soustraire le policier à la justice française n’avait constitué qu’un faux alibi destiné à sauver le soldat Ndengué dans le cadre d’un échange pétrole contre impunité.

Etroubéka


 [1]

Notes

[1] Ndengué : « Ba nani ba Koléla, ba nani nani wana ba lobi ké ngaï na yé wana pô na ko boma bato. Na boma ki bato 350. Est-ce que bako ndima yango ? » La foule : « Non Non ! »

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