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Politique

Thomas LUBANGA à la CPI

La CPI ouvre le procès d’un chef congolais et s’attaque à l’enrôlement des enfants soldats LE MONDE | 10.11.06 | 14h53 • Mis à jour le 10.11.06 | 14h53 LA HAYE CORRESPONDANCE

Dans le box des accusés de la Cour pénale internationale (CPI), Thomas Lubanga porte un boubou bleu roi, préféré au treillis kaki des temps de guerre en Ituri. Premier détenu de la juridiction permanente, établie à La Haye depuis juillet 2002 et chargée de poursuivre les responsables de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, l’ex-président de l’Union des patriotes congolais (UPC) - milice créée en août 2000 dans la région minière du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) - n’est pas content. "La prison n’est pas un élément de bonheur", lance-t-il au président de la Chambre, Claude Jorda, à l’ouverture des audiences, jeudi 9 novembre.

Thomas Lubanga a été transféré le 17 mars vers La Haye. Huit mois plus tard, la Cour aborde enfin le fond du dossier. Au terme de ces audiences, les juges pourraient confirmer les charges portées par le procureur. Le chef de milice congolais est accusé de crimes de guerre pour l’enrôlement dans ses troupes d’enfants de moins de 15 ans.

A l’audience, le procureur a défendu la portée symbolique de l’affaire. Aux yeux du parquet, Thomas Lubanga personnifie le drame des enfants soldats, gamins "entraînés pour tuer", a expliqué le substitut Ekkehard Withopf. "Nous espérons envoyer un message à ceux qui utilisent des enfants pour combattre dans des guerres d’adultes. Ils tomberont sous le coup de la justice internationale", a-t-il dit.

"UN HOMME À DEUX VISAGES" Les représentants des parties civiles, d’ex-enfants soldats dont l’identité reste protégée, ont pu évoquer le drame des familles. Drames dont ils ont attribué la responsabilité directe à Thomas Lubanga. "Un homme à deux visages", selon le parquet, un militaire qui a conduit une guerre ethnique violente dans l’est du Congo, en enrôlant des enfants dans ses troupes. En face, Jean Flamme, avocat belge de M. Lubanga, parle d’un "homme venu à la politique dans un climat de chaos total", un homme "sans soutiens", qui paie pour "ces généraux ougandais qui se sont rempli les poches" en pillant l’or, le diamant, et le coltan d’Ituri. Depuis 1997, l’Ouganda et le Rwanda voisins mènent une guerre féroce en Ituri par l’intermédiaire de leurs supplétifs, parmi lesquels l’UPC, pour s’emparer des richesses régionales.

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, qui regrettent la faiblesse des charges imputées à M. Lubanga au regard de la violence des massacres, le chef congolais devrait être poursuivi pour meurtres, viols et tortures. Pour Géraldine Mattioli, de Human Rights Watch : "Justice ne sera pas rendue tant que les chefs de l’UPC ne seront pas poursuivis pour ces crimes-là."

Malgré plus de deux ans d’enquête, le parquet n’est pas parvenu à récolter suffisamment de preuves pour compléter son dossier. D’autres chefs de guerre devraient, dans le futur, succéder à Thomas Lubanga dans le box des accusés.

Stéphanie Maupas

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