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Economie

Les Congolais et la FCD dans l’Express

La détresse et le malheur des congolais commencent à trouver des échos dans la presse française : article de l’Express du 25/05/06. Nous ONg congolaises et amis du Congo continuons notre travail de lobbying afin de sauver nos populations...

L’Express du 25/05/2006 Wolfowitz lave plus blanc

par Eric Chol

Les attaques frontales du patron américain de la Banque mondiale contre la corruption lui permettent de jouer les justiciers. La France n’apprécie guère

Paul Wolfowitz a beau être venu deux fois en France depuis sa nomination à la tête de la Banque mondiale, il y a un an, le courant passe mal entre Paris et Washington. L’Américain s’en moque, les Français beaucoup moins. Il est vrai que l’ancien n° 2 du Pentagone, promoteur de la guerre en Irak, ne fait pas dans la dentelle. A peine nommé, il a engagé le combat contre la corruption à l’échelle mondiale, au point d’en faire la priorité de la banque, bousculant au passage les us et coutumes d’une maison où travaillent 10 000 personnes. En douze mois, celui que George Bush surnomme « Wolfie » a gelé près de 1 milliard de dollars de prêts de la Banque mondiale. Kenya, Inde, Argentine, Bangladesh... L’ancien ambassadeur en Indonésie dégaine son Kärcher anticorruption dans tous les recoins de la planète, y compris dans le pré carré français. Peu lui importe les dommages collatéraux, les susceptibilités froissées ou les intérêts heurtés : ce néoconservateur a trouvé à la tête de l’institution de Bretton-Woods le perchoir idéal pour poursuivre sa croisade, « convaincu des bienfaits de la démocratie occidentale », analyse Alain Frachon, coauteur de L’Amérique messianique (Seuil). Au passage, il rassure les contribuables américains, premiers financeurs de la banque, sur le bon usage de leur argent.

© DR

La facture d’hôtel du président congolais à New York : 81 706 dollars pour sept nuits. Des pratiques qui ont mis hors de lui le président de la Banque mondiale.

Difficile de ne pas être d’accord avec lui, tant la corruption mine le développement des pays du Sud. Ainsi, selon l’Union africaine, elle coûterait 148 milliards de dollars au continent noir, soit un quart de son PIB... « C’est une bonne nouvelle de voir la Banque mondiale adopter une attitude ferme sur le sujet », juge Daniel Lebègue, responsable en France de Transparency International. Le sujet, certes, n’est pas nouveau dans une organisation distribuant 22 milliards de dollars de prêts chaque année. Déjà, James Wolfensohn, prédécesseur de Paul Wolfowitz à la Banque mondiale, avait brisé le tabou en 1995, évoquant le « cancer de la corruption ». « Mais il n’était guère allé plus loin, alors qu’aujourd’hui Wolfowitz en a vraiment fait sa priorité », affirme George Ayittey, économiste à l’American University, à Washington.

Effectivement, dès son arrivée, l’ancien conseiller de Bush a coupé le robinet des prêts aux pays fauteurs, renforcé les équipes d’enquêteurs (12 nouveaux postes viennent d’être créés, venant s’ajouter aux 22 existants), augmenté de 50% le budget du Département de l’intégrité institutionnelle (de 8 à 13 millions de dollars) et révisé les procédures de contrôle internes à la banque. Tant d’activisme a fini par susciter de nombreuses irritations, notamment du côté de la France. En témoignent les discussions houleuses lors de la réunion de printemps de la banque et du FMI. « Nous sommes évidemment favorables à une meilleure gouvernance économique, explique-t-on à Bercy, mais à condition de suivre une méthode et non en traitant les pays au cas par cas. Sans compter que la politique de la tolérance zéro peut vite devenir contre-productive : on ne peut pas demander au Congo de se comporter du jour au lendemain comme la Finlande ou la Nouvelle-Zélande. »

Parcours de choc

1943 Naissance à Brooklyn (New York). 1970 Professeur à Yale. 1972 Thèse de doctorat sur le dessalement des eaux au Moyen-Orient. 1973 Débuts dans l’administration. 1982 Directeur Asie du Sud-Est au Département d’Etat. 1986 Ambassadeur des Etats-Unis en Indonésie. 1989 Sous-secrétaire à la Défense auprès de Dick Cheney. 1994 Recteur de la School for Advanced International Studies de l’université Johns Hopkins, à Baltimore. 2001 Sous-secrétaire à la Défense de Donald Rumsfeld. 31 mars 2005 Désigné à l’unanimité des 24 administrateurs de la Banque mondiale pour succéder à John Wolfensohn. 1er juin 2005 Entrée en fonction du 10e président de la Banque mondiale. juillet 2005 Invité en France à l’occasion des rencontres économiques d’Aix-en-Provence. 11 avril 2006 Discours de Jakarta. « Aujourd’hui, l’un des principaux éléments qui menacent le développement dans bien des pays est la corruption. »

Depuis, les Français tirent à boulets rouges contre Paul Wolfowitz, accusé - pas toujours à tort - de mêler les considérations politiques à ses actions anticorruption, de court-circuiter ses 24 administrateurs et de s’être entouré d’un clan issu essentiellement de la Maison-Blanche...

« La France fait semblant de découvrir Paul Wolfowitz, mais elle n’a rien fait pour s’opposer à sa nomination », rétorque un représentant d’une ONG à Paris. Et pour cause : à l’époque, les Européens avaient conclu un deal avec les Américains : Wolfowitz à la Banque mondiale et Pascal Lamy à l’Organisation mondiale du commerce... Sans doute n’imaginaient-ils pas que Wolfie prendrait tant à cœur sa mission. Un exemple parmi d’autres : au début de février, le patron de la Banque mondiale manque de tomber de sa chaise en découvrant dans la presse le montant de la facture hôtelière du président congolais, Denis Sassou Nguesso, lors d’un séjour à New York en septembre 2005 : 8 500 dollars la chambre pour le représentant d’un Etat où, en dépit des 2 milliards de dollars de recettes pétrolière, 70% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Déjà alerté par des rapports détaillant les détournements du pactole pétrolier au Congo, le patron de la Banque mondiale tente de bloquer une décision attendue de longue date pour alléger la dette du Congo, qui frise les 9 milliards de dollars. Mais la France, bonne fée, veille au grain : un lobbying forcené lui a permis d’emporter l’approbation de la banque et d’offrir sur un plateau au président congolais la perspective prochaine d’un effacement partiel de sa dette.

Nettoyeur sous contrôle

Il est vrai qu’à Paris on préfère évoquer les progrès du Congo en matière de gouvernance, privilégiant la stratégie de la carotte à celle du bâton... Pourtant, le pays a encore reculé entre 2004 et 2005 de la 114e à la 130e place dans le classement de Transparency International selon l’indice de perception de la corruption. « Les recettes pétrolières n’ont jamais été si abondantes, mais il n’y a pas d’eau courante depuis trois semaines dans la capitale ! » tempête Benjamin Moutsila, délégué général de la Fédération des Congolais de la diaspora. « Le système judiciaire est souvent défaillant et la corruption reste perçue comme endémique », note l’OCDE dans son rapport « Perspectives économiques en Afrique ».

Prochaine étape en septembre : à la demande de son conseil d’administration, Paul Wolfowitz présentera lors de la réunion annuelle de la banque un document sur la gouvernance, véritable méthode anticorruption. Les premières consultations viennent de commencer à Washington, et les Français voudraient bien profiter de cette occasion pour placer sous contrôle le nettoyeur de la Banque mondiale.

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