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Politique

Gouverner par la peur

Les démocratures apanages de la françafrique sont de plus en plus cernées par le travail citoyen de la société civile. La peur est en train de changer de camp malgré les intimidations et les menaces. Nous avons comme missions de tenir bon et de continuer nos coups de boutoir... Voici la contribution de la FCD à la journée contre les impunités du 28 avril 2006 à la Passerelle avec nos frères Tchadiens et Togolais sous le parrainage de Survie.

Démocratie en françafrique La lutte contre les contre pouvoirs

A l’ombre de la françafrique, les dictatures africaines prospèrent et sont passées maîtresses dans l’art de baillonner l’opinion : fabriquer des faux rebelles pour massacrer et violer pour imprimer la peur donc créer un électorat captif. Dans leur récente ligne de mire, les ONG indépendantes de plus en plus actives. En effet, grâce essentiellement à l’action conjugée des ONG nationales et internationales, l’actualité du pillage des ressources naturelles des pays africains par des sociétés occidentales longtemps mise sous le boisseau est pointée du doigt.

C’est dans ce contexte que depuis près d’un an, le dictateur kleptocrate Sassou réclame pour son pays, l’admission à l’initiative PPTE , en présentant le Congo Brazzaville comme un pays pauvre alors que celui-ci regorge d’immenses ressources naturelles qui génèrent d’énormes revenus dont la population ne profite guère. Il n’est dès lors pas étonnant que le regard des institutions internationales aiguillonnées par les ONG, se braque avec plus d’acuité sur les mécanismes d’exploitation de ces ressources naturelles et la gestion de ces revenus.

Emboîtant le pas de ces ONG, certains journaux de la place dont « l’Observateur », ont publié des articles sur les magouilles de la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) et de ses dirigeants. Le collectif PCQVP a révélé qu’une véritable économie souterraine avait été mise en place par les dirigeants congolais pour dissimuler et détourner les revenus du pétrole. Des procès tant au Etats unis qu’en France et en Grande Bretagne ont mis à nu ces mécanismes et nommément désigné les bénéficiaires. Toutes les pièces du puzzle ramènent au dictateur Sassou Nguesso qui s’avère être le chef d’orchestre de cette organisation mafieuse. Sa famille immédiate, fils, filles, neveux et cousins en étant les bénéficiaires immédiats.

Aux Etats unis, le 27 mai 2005, Plainte RICO (Loi contre le trafic d’influence et corruption des organisations) contre la SNPC et Bruno Itoua son ancien PDG, devant le district de New York (05CV 5101). Cette plainte a depuis été jugé recevable par le juge Loretta Preska du tribunal de Manhattan. "Une quantité suffisante d’activités visées par la plainte est censée avoir eu lieu ici" a argumenté la juge.(Challenges.fr du 1/04/06 9:53)

En Grande Bretagne, Le jugement de la « Royal Courts of Justice » du 28/11/2005 à Londres opposant la « Kensington International Limited » à la République du Congo (Case n° FOLIO 2002 NOS. 1088, 1281, 1282, & 1357) a mis en lumière les méthodes de gestion frauduleuse du pétrole congolais. Ce procès a montré qu’une grande partie de l’insolvabilité congolaise a été provoquée artificiellement.

En France, la SNPC dissimule ses activités et ses profits pour échapper à ses multiples créanciers. L’un d’eux, Serge Berebi, a gagné son procès et tente de saisir en vain, les biens du Congo pour se dédommager. Mais comme le disait Isidore Nvouba majordome de la famille Sassou, Premier ministre virtuel ," cachons nos revenus aux fonds vautours...."

Or, ce sont ces pratiques de gouvernants vautours qu’il importe de dénoncer inlassablement. C’est le rôle cardinal, des contre pouvoirs nationaux. Ainsi, lors d’un séminaire sur le pétrole à Pointe Noire, le ministre de l’économie, Pacifique Issoïbeka, au vu des publications par Global Witness (PCQVP) sur les détournements de la vente frauduleuse du pétrole par des cadres congolais et de la SNPC accusera nommément les animateurs congolais de la campagne PCQVP Christian Mounzeo et Brice Mackosso d’être des ennemis du Congo. Dans la même lancée, lors d’une causerie à Pointe Noire avec des jeunes, le conseiller à la jeunesse du dictateur Sassou Nguesso, Thierry Moungalla, en évoquant la demande du Congo d’être admis à l’IPPTE désignera les deux animateurs comme responsables de la non admission du Congo à l’IPPTE, affameurs des populations congolaises, et responsables du non paiement des pensions de retraites donc passibles de poursuites judiciaires.

Il va s’en dire que l’exploitation du bois congolais n’échappe pas à ces mécanismes mafieux. Ainsi le sinistre mercenaire Gus Kouwenhoven avait trouvé refuge au Congo courant 2003 avec la complicité de cette internationale (armées privées-Mercenaire-Armes-Pétrole-Bois). Or ce dernier il faut rappeler en dépit du mandat du TPI sur le Libéria a pu se lancer à nouveau dans le pillage du bois. Comme de son temps au Libéria, il a pu bénéficier au Congo à la fois de la complicité du Ministre en charge des Forêts M. N’Djombo et du commerce déontologique, entièrement volontaire de grandes compagnies européennes comme le Groupe Danzer, fidèle client d’Agustinus du Libéria au Congo Brazza (voir Rapport Greenpeace 2004)

Le régime congolais, pris de panique et face à ces révélations va mettre en place une stratégie de répression par anticipation afin de distiller la peur et obtenir le silence. Le directeur du journal « l’Observateur » Gislin Simplice Ongouya est condamné à une lourde amende pour « diffamation » le 3 mai 2004. En novembre 2005, le correspondant de l’AFP, Joseph Ngouala, échappe à une tentative d’enlèvement. Ghys Fortuné Dombé Bemba journaliste de « Talassa » est incarcéré par des policiers à la requête d’un procureur de la république aux ordres. Suivra l’arrestation des deux animateurs de la société civile, Christian Mounzeo du « RPDH » et Brice Mackosso de « Justice et Paix ». Le pouvoir suscitera une "fausse plainte" pour détournement de fonds d’un ancien membre, William Bouaka (dont on s’apercevra très vite des liens avec des officines du pouvoir membre du Club 2002 de Willy Nguesso), pour emprisonner les deux militants des droits de l’homme. En réalité, leur unique et seul péché est leur indépendance, la révélation par ces derniers de la non transparence de la gestion des ressources naturelles du Congo, du non respect des droits de l’homme et autres forfaits du régime, enfin, la publication du résultat édifiant de leurs travaux sur ces sujets . L’arsenal répressif du régime serait incomplet si on n’évoquait pas la création d’ONG et d’associations de droits de l’homme aux ordres totalement contrôlées par le pouvoir ainsi que le noyautage d’associations par des faux militants afin de les anesthésier voire les discréditer. Cette stratégie est la même utilisée dans le Pool avec le faux rebelle Fédéric Bintsangou alias pasteur Ntoumi qui depuis 1997 à nos jours a contribué à massacrer les populations civiles violer les femmes afin de créer un électorat captif par la peur.

Cette vague de répression, l’emprisonnement puis la libération de nuit de journalistes, et tout récemment de Christian Mounzéo et son compagnon Brice Mackosso résonnent paradoxalement comme un aveu. Décidément la justice de nuit a fait école. L’aveu qu’au Congo, les campagnes menées contre les dirigeants congolais portent leurs fruits. Ces dirigeants se sentent menacés. Ils paniquent et s’emploient désespérément et maladroitement à réduire au silence les voix des sans voix. Tout regard démocratique sur la gestion des ressources nationales par le peuple ou ses représentants est un danger pour leur existence ainsi que pour le système de pillage des ressources nationales mis en place. C’est le sens des propos du Président français Jacques Chirac grand bénéficiaire de la françafrique selon lesquels « la démocratie est un luxe pour l’Afrique ». Il sied de lui répondre que le pouvoir absolu, le vol de ses concitoyens, l’assassinat des opposants sont étrangers à notre culture et civilisations qui ont de tout temps ménagé les contre pouvoirs et élevé le dialogue (la palabre) en méthode de gestion de la cité. La création des ONG avec partenariat avec l’extérieur est vue d’un mauvais œil par le pouvoir congolais. Ceux-ci révélent la non transparence de la gestion des matières premières et surtout publient leurs travaux au Congo, à l’extérieur et sur internet. Il faut rappeller qu’au Congo c’est encore le bas débit pour internet et le pourvoyeur est une société de la famille.

Ainsi, Soumettre ces démocratures à la lumière des critiques des ONG internationales, soutenir fortement l’action des ONG locales assure et garantit la liberté des militants en première ligne lesquels par leur action instruisent et aiguisent le sentiment démocratique auprès des populations désinformées et donc inaptes à comprendre les enjeux, premier pas vers une révolte citoyenne. Parallèlement, cette posture atténuera les menaces en provenance de nos pays d’origine.

Je vous remercie

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