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Communiqués et Lettres ouvertes

Le pasteur mbama nous a quitté

Pasteur Mbama. Un homme d’Eglise, un militant de la société civile nous a quitté.

Le pasteur Alphonse MBama, président de l’Eglise protestante évangélique du Congo, nous a quitté ce mercredi 17 mai 2005 à l’âge de 57 ans, des suites d’une longue maladie et d’une hospitalisation à Paris.

Très jeune licencié en Théologie, il exerce aux quatre coins de la république du Congo, particulièrement à Gamboma qui fut son premier poste. Ses qualités d’écoute et de patience font de lui l’homme de tous les dialogues. Ce qui lui vaut d’être porté à la présidence de l’Eglise évangélique protestante du Congo.

Cette nomination intervient à un moment particulièrement sensible. Le monopartisme est rude pour les populations. La période post conférence nationale et l’expérience multipartiste tout en projetant dans les populations des rêves de démocratie, de liberté et de prospérité ont aussi attisé insidieusement des débordements égocentriques et tribalistes dans les populations (surtout celles des régions à forte appartenance protestante). L’église elle non plus, n’a pas échappé à ces démons. La principale mission de cet homme de dialogue sera donc de consolider l’unité de l’église protestante, partant celle de la nation tout entière.

Le Pasteur Mbama s’est illustré par un engagement remarquable en faveur de l’œcuménisme qui retient notre attention et notre admiration. Président en exercice de l’oecuménisme pour l’année 2005, il a longtemps oeuvré pour le rapprochement entre les différentes églises chrétiennes présentes au Congo, particulièrement l’église catholique et protestante. Ce socle oecuménique a d’ailleurs favorisé la mutation historique de cette communauté chrétienne qui passe alors d’une position d’attentisme des années 70, vers un engagement citoyen remarquable dans les années 80. Nous retrouvons les traces les plus éloquentes de cette transformation en 1989 lors des travaux préparatoires de la conférence nationale souveraine.

En effet, le pasteur Mbama est pressenti pour diriger ces assises. Il joue un rôle important dans les contacts préliminaires, ceux qui concernent l’implication de la société civile dans le processus. Il décline cependant cet honneur qui lui est fait (modestie oblige) en faveur de Mgr Nkombo.

Le pasteur est un homme de responsabilités, un homme doté d’une grande discrétion. Ce mélange est cependant d’une très grande efficacité. Cette efficacité et cet esprit de responsabilité le conduisent à être l’un des auteurs de la prise de position très remarquée et très courageuse des églises qui demandent des comptes au pouvoir de Brazzaville par rapport à la gestion et au partage de ressources nationales, le pétrole en particulier. Cette revendication qui rejoint fondamentalement les inquiétudes des sans voix (les populations congolaises) provoque l’ire et la fureur du dictateur-président Sassou Nguesso. Le mercenaire littéraire Pigasse s’exclame d’ailleurs dans une diatribe dont il a le secret : « Les ecclésiastiques feraient mieux de s’occuper de Dieu plutôt que de s’occuper du pétrole »

La première rencontre du pasteur Mbama avec la Fédération des Congolais de la diaspora remonte à l’année 2000 lors de la marche de la paix à Oslo (Suède) Cette année là, toutes les confessions religieuses, protestante en particulier tentent aux côtés de la société civile d’alerter l’opinion internationale sur le drame des populations congolaises réfugiées dans la région du Pool.

Nous retrouvons le Pasteur Mbama en compagnie de Mgr Portella-Mbuyu et de Mgr Milandou (une autre preuve de la solidité de l’oecuménisme) avec leur bâton de pèlerin à travers les capitales européennes pour plaider infatigablement la cause de populations congolaises spoliées des retombées de la masse pétrolière par les autorités politiques congolaises.

Concernant la crise du Pool, il rencontre à plusieurs reprises le Président Sassou pour lui signifier le profond désaccord de l’église vis-à-vis des traitements inhumains et irresponsables infligés aux populations de cette région. Sa participation aux côtés de l’église évangélique protestante de France pour l’élaboration de la plate-forme en faveur du Pool entre dans ce même cadre. Cette initiative citoyenne intervient alors qu’il est déjà très affaibli par la maladie.

Les populations congolaises ont perdu un de leurs plus fervents défenseurs. L’église a perdu un grand homme. La société civile est en deuil d’un homme de paix et un militant infatigable des droits de l’homme.

La Fédération des Congolais de la diaspora qui s’associe au deuil de la famille et de la nation, gardera de lui son optimisme et son éternel sourire comme preuve que tout peut aller mieux un jour.

A Paris, le 25 mai 2005

Benjamin TOUNGAMANI Délégué FCD

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