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Politique

Faure Gnassingbé remporte la présidentielle

Faure Gnassingbé remporte la présidentielle.

Le candidat du parti au pouvoir, Faure Gnassingbé, a remporté l’élection présidentielle du Togo avec 60,22 % des suffrages devant le candidat de l’opposition Emmanuel Akitani Bob (38,19%) et Harry Olympio (0,55%), a annoncé mardi à Lomé la Commission électorale. "Au vu des résultats provisoires, est élu Faure Gnassingbé président de la République", a déclaré la présidente de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Mme Kissem Thangaï Walla. Ces résultats ne deviendront définitifs que lorsqu’ils auront été proclamés officiellement par la Cour constitutionnelle. Environ 3,5 millions d’électeurs étaient appelés dimanche à choisir un nouveau président suite au décès le 5 février du président Gnassingbé Eyadéma qui avait dirIgé le pays pendant 38 ans. L’élection, au scrutin majoritaire à un tour, opposait principalement Faure Gnassingbé, un fils du président Eyadéma et candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT, parti au pouvoir), à Emmanuel Akitani Bob, candidat unique de la coalition de l’opposition. Lundi, le chef historique de l’opposition togolaise, Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé, fils du président Gnassingbé Eyadéma ont conclu à Abuja un accord surprise pour former un gouvernement d’union nationale, quel que soit le résultat de la présidentielle de dimanche. Cette rencontre, sans précédent entre les deux hommes, a été organisée par le président nigérian Olusegun Obasanjo, au lendemain d’un scrutin émaillé de violences. L’accord prévoit la formation d’un gouvernement d’union nationale, et une modification de la Constitution pour plus de démocratie. Image symbolique très forte pour les Togolais, MM. Olympio et Gnassingbé se sont donnés l’accolade après cette annonce. Gilchrist Olympio est le fils du premier président du Togo, Sylvanus Olympio, tué en 1963 lors d’un coup d’Etat mené par le propre père de Faure Gnassingbé, Gnassingbé Eyadéma, qui avait laissé le pouvoir aux civils. Toutefois, des dirigeants de la coalition de l’opposition togolaise ont indiqué mardi qu’il n’y avait pas encore d’accord sur la constitution d’un gouvernement d’union nationale au Togo, comme l’avait annoncé lundi à Abuja le président nigérian Olusegun Obasanjo. "Il n’y a pas d’accord. M. Olympio nous a dit qu’il ne s’agissait que de proposition de M. Obasanjo qui est le seul chef d’Etat de la région à s’intéresser objectivement à la crise togolaise", a déclaré Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des forces de changement (UFC, de Gilchrist Olympio), principal parti de l’opposition. "Ces propositions doivent être examinées après les résultats par la coalition, ce n’est pas un accord. De toute façon, nous ne sommes pas dans cet esprit pour le moment", a-t-il souligné. "Ce n’est pas le pouvoir qui nous intéresse, ni des mangeoires que nous poursuivons. Ce sont des propositions à l’africaine pour apaiser la situation", a-t-il ajouté. L’opposition serait favorable à un gouvernement d’union nationale à condition que son candidat, Emmanuel Akitani Bob, remporte le scrutin présidentiel, avait indiqué un peu plus tôt un proche collaborateur de M. Akitani, interrogé par téléphone depuis Paris. "Si nous sommes gagnants, si la coalition (de l’opposition) est gagnante, Gilchrist Olympio a dit qu’il n’y aurait pas de problèmes" après la proposition du président Obasanjo, a précisé Jean-Claude Homawoo. "En revanche, a-t-il ajouté, si Faure Gnassingbé est déclaré vainqueur, c’est non. Nous ne serons pas prêts à rentrer dans un gouvernement".

26 avril 2005 © AFP

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Le Togo a un président et une révolte

L’élection de Faure Gnassingbé à la présidence du Togo, annoncée mardi, a provoqué des heurts et des pillages dans la capitale du pays, Lomé • L’opposition conteste la victoire du fils du chef de l’Etat décédé en février après 38 ans au pouvoir •

Par Libération.fr (avec Thomas Hofnung à Lomé)

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silence, on assassine l’espérance de démocratie !

Le peuple togolais se révolte contre le HOLD-UP ÉLECTORAL PLANIFIÉ DEPUIS PARIS et Vous invitent à :

Une manifestation devant l’Ambassade du Togo à paris : Rue Alfred Roll, Metro ou RER Pereire Ce Mercredi 27 Avril 2005 à 18h

Le Comité de Soutien au peuple togolais

www.soutientogo.org

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26/04/2005

La FIDH condamne la mascarade électorale

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) condamne les nombreuses irrégularités observées au cours du scrutin présidentiel du dimanche 24 avril 2005, et les violences ayant entraînées la mort d’au moins 7 personnes ainsi que de nombreux blessés. Ces informations lui ont été transmises par le chargé de mission de la FIDH, présent dans le pays au moment du scrutin et la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), organsiation membre de la FIDH.

Ainsi, le chargé de mission de la FIDH a été témoin dans le quartier de Bé de l’exécution extra-judiciaire d’un manifestant. Le lundi 25 avril 2005 à 10h15 à côté de l’hôtel Rosalie, une voiture de police s’est en effet présentée au niveau d’une dizaine de manifestants de l’opposition et depuis le véhicule, un agent des forces de l’ordre à ouvert le feu touchant mortellement au front un manifestant.

Selon les informations reçues, le déroulement du scrutin a été entaché par des fraudes massives : bourrages d’urnes, manipulation des listes électorales, distribution en grand nombre de cartes électorales vierges aux partisans du parti au pouvoir, comptage des votes dans le plus grand secret, intimidations des partisans de l’opposition, interventions de militaires et de civils armés afin de prendre possession d’urnes électorales, etc... Ces éléments constituent de graves et flagrantes violations des droits de l’Homme et du droit à des élections libres et pluralistes consacré par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

En outre, les membres de la LTDH et d’autres organisations de la société civile ont été écartés du processus d’organisation et de suivi de ce scrutin, des médias indépendants ont été fermés, des correspondants de la presse internationale ont été empêchés de se rendre dans le pays et les moyens de communication tels que les téléphones mobiles, les fax et internet sont coupés depuis le milieu de l’après-midi du 24 avril 2005. Ces faits constituent des violations systématiques du droit de communiquer et d’informer garanti par les instruments internationaux de protection des droits de l’Homme.

La FIDH considère ainsi que les conditions dans lesquelles s’est tenue cette élection sont en violation flagrante des principes de transparence, de pluralisme et de libre détermination du peuple garantis par les instruments régionaux et internationaux en la matière.

La FIDH déplore la caution regrettable apportée par la France et la CEDEAO à cette mascarade électorale.

www.fidh.org

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L’illusion des urnes

par Vincent Hugeux

Les élections ne suffisent pas à enraciner la démocratie. Elles n’incitent ni au partage ni au compromis

Il n’y a point de démocratie sans élections. Mais il ne suffit pas de convoquer les électeurs pour enraciner la démocratie. Trop souvent, le recours aux urnes passe, en Afrique comme ailleurs, pour une fin en soi, la panacée. Au risque du simulacre. L’isoloir ne pallie pas le manque d’Etat, il ne soigne ni la famine ni le sida. Il ne contient pas l’avancée du désert, ne muselle pas les miliciens ni ne terrasse les corrompus. A quoi rime l’exercice si la loi électorale ou le recensement font défaut ? Inattaquable en soi, le dogme du « Un homme-une voix » peut hâter les replis communautaires. Sur le continent, bien peu de leaders courent le risque de défier les loyautés ethniques. En Centrafrique, François Bozizé mobilise au nord, Martin Ziguélé à l’ouest et André Kolingba chez les Yakomas du Sud. En Côte d’Ivoire demain, la carte électorale clonera peu ou prou la fracture Nord-Sud. Les Bété voteront Gbagbo, les Dioula Ouattara et les Baoulé Konan Bédié.

L’opposition, corsetée dans un multipartisme de façade, n’a d’autre choix que l’exil, le cachot ou l’allégeance

Accompli à l’échelon national, le « devoir citoyen » n’invite ni au partage ni au compromis. C’est la rançon d’une culture du « winner-take-all » - le vainqueur rafle tout. Logique, quand on n’a secoué le joug colonial que pour courber l’échine sous la férule des « héros de l’indépendance ». L’opposition, corsetée dans un multipartisme de façade, n’a alors d’autre choix que l’exil, le cachot ou l’allégeance. A Djibouti, la mort en 2004 de l’ancien Premier ministre Ahmed Dini Ahmed l’aura laissée orpheline. Au Gabon, une obscure querelle a précipité la scission du mouvement clandestin « Bongo doit partir » ... Parfois, le putschiste lave dans l’urne son péché originel. Le suffrage universel, c’est aussi le bain de jouvence des despotes. Voilà comment Robert Mugabe, icône antiapartheid de la Rhodésie, deviendra le fossoyeur du Zimbabwe. Le bulletin de vote ennoblit aussi la tentation dynastique. Au Togo, Faure Gnassingbé revêtira la toge de son père ; au Gabon, Ali Bongo finira par hériter du sceptre d’Omar. Quand la Constitution récuse le mandat en viager, on déniche toujours un juriste dévoyé, français d’ordinaire, pour la bricoler. Déployés au Liberia, en République démocratique du Congo ou en Côte d’Ivoire, les contingents onusiens conjurent le pire à grand-peine. Mais il arrive que le dénouement électoral, même bâclé, fournisse à leurs mentors l’alibi du désengagement. Bien sûr, on entend d’ici couiner les théoriciens du paternalisme racialiste : « Vous voyez bien que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie ! » Comment le serait-elle, quand l’Occident y a toujours préféré l’autocrate obligeant au démocrate indocile ?

© L’EXPRESS

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