// Vous lisez...

Opinions

Le fantôme du pape dans la politique congolaise.

Changez de Nonce apostolique et ayez un discours différent plus progressiste. C’est la leçon que l’on serait tenté de tirer de l’homélie du nouveau Nonce à Brazzaville et pas devant n’importe qui s’il vous plait !Devant son excellence le Shah de Mpila,pécheur devant l’éternel et bourreau des enfants du Beach, entre autres.

Homélie du Nonce Apostolique

à la célébration eucharistique en suffrage de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II le samedi 9 avril 2005 sur la Place mariale de la Cathédrale de Brazzaville

Excellences, Monsieur le Président de la République et Mme Antoinette Sassou-Nguesso

Excellences, Messeigneurs les Évêques,

Excellences, Mesdames et Messieurs, membres des Corps Constitués,

Excellences, le Doyen et les membres du Corps Diplomatique,

Distinguées autorités,

Chers frères dans le sacerdoce religieux et religieuses,

Frères et sœurs dans le Christ,

Chers fidèles d’autres confessions religieuses venus prier avec nous,

Dieu Tout-puissant, le Seigneur de la vie, a appelé Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II à la vraie vie, à la vie éternelle. Nous sommes ici réunis, dans la foi et la prière, dans l’amour et la reconnaissance pour cette figure exceptionnelle, qui a marqué non seulement une entière génération mais aussi, dans une certaine manière, les destinées du monde. À plusieurs reprises, et dans différentes latitudes, il a été défini la personne la plus marquante du XX siècle.

Le 16 octobre 1978, si loin dans la mémoire, le Cardinal Archevêque de Cracovie, Karol Wojtila, a été élu Successeur de l’Apôtre Pierre. Après la surprise initiale, le monde a vite appris à aimer cet homme par lequel il se sentait compris et aimé. Le dimanche suivant, 22 octobre, lors de l’inauguration officielle de son pontificat, il a crié : « N’ayez pas peur. Ouvrez les portes à Jésus Christ ». Moi, jeune séminariste, j’étais sur la place Saint Pierre pour participer à la célébration.

Combien d’événements nous avons vécu dans ces 26 ans et demi ! L’histoire parlera de lui comme d`un des Pontifes romains les plus importants de tous les temps. Il y a déjà des voix, ici et ailleurs, qui se lèvent pour demander qu’on l’appelle « le Grand », comme on l’a fait pour 3 autres Papes dans l’histoire. Il était enraciné en Dieu, oui, et je peux témoigner après 7 ans de service à ses cotés au Vatican, que c’était de la force de sa prière et de son rapport avec le Christ qu’il tirait ses énergies. Et parce que enraciné en Dieu il était aussi très proche de l’humanité.

Jean-Paul II a parcouru le monde entier pour prêcher l’Évangile de Jésus Christ, dans la grande tradition de l’Église. Mais à sa doctrine très riche, qui a toujours trouvé sa source dans le Concile Vatican II, il a uni la prédication de sa propre vie. Même avant son élection au Suprême Pontificat, il a été un exemple de dignité qui a surpassé les horreurs du nazisme et la persécution communiste à l’endroit de l’Église en Pologne. Plus tard il a vécu la douleur d’un attentat à sa vie, la joie du pardon à son assassin, la fatigue de son pèlerinage dans le monde et la décadence imposée par la maladie, à laquelle le monde a assisté en direct parce qu’Il n’a pas voulu la cacher.

Apôtre du dialogue et du respect entre civilisations et entre religions, Il a été le première Pape à entrer dans une mosquée, comme Il l’a fait à Damas, ou à parler à une grande multitude de jeunes musulmans, à Casablanca, à l’invitation du Roi Hassan II. Il a été le première Pape à entrer aussi dans une Synagogue pour prier avec les juifs. À plusieurs reprises il a partagé la prière avec les chrétiens de différentes confessions, évangéliques ou orthodoxes.

Il a été probablement la personnalité mondiale qui a rencontré le plus grand nombre de Chefs d’État et de Gouvernement dans ces 26 ans et demi, leur donnant toujours les fruits de sa sagesse. Mais en même temps il était l’homme qui faisait arrêter la voiture sur les routes de l’Afrique pour rencontrer une famille dans sa propre cabane.

Il a prêché la paix, mais pas seulement en paroles. Alors qu’on préparait la guerre entre l’Argentine et la Grande Bretagne à cause des îles Malouines et tandis que dans les deux pays on ne parlait que de « victoire », le Pape s’est rendu par surprise à Londres et à Buenos Aires pour parler de « paix », ce qui a frappé les populations. Au début de l’année 2003, Il a envoyé le Cardinal Etchegaray à Bagdad et le Cardinal Laghi à Washington pour essayer d’éviter la guerre d’Irak. Hélas, la voix de Jean-Paul II qui appelait à la paix souvent n’as pas été écoutée et à chaque jour de plus en plus de personnes comprennent la sagesse des positions du Pape et l’inutilité des immenses souffrances que les populations ont vécues plus tard.

C’est la profondeur de l’homme et du croyant qui lui a permis de poser de gestes vrais et significatifs pour le monde. Par exemple, pendant sa visite en Terre Sainte Il a parlé avec un énorme équilibre, plein d’amour mais dans la vérité, aux Israéliens et aux Palestiniens, qui, tous les deux, ont apprécié ses interventions.

Le Pape Jean-Paul II a vécu de moments d’enthousiasme et de joie, comme ceux de l’entrée du Christ à Jérusalem le dimanche des rameaux (rues, places, stades pleins des gens qui acclamaient son nom -je peux imaginer sa visite a Brazzaville le 5 mai 1980-), mais il a connu dans sa chair aussi les souffrances de la Voie Douloureuse, du chemin de la croix. Il a vécu une grande purification.

C’est impressionnant de constater que le Seigneur ne lui a pas épargné la croix de l’épreuve, en particulier dans les aspects que tout le monde a reconnu comme étant ses qualités personnelles les plus notables :

* Je pense au jeune Pape qui avait été défini « l’athlète de Dieu », qui faisait du sport et allait partout ; et bien, à la fin ses jambes ne le soutenaient plus et il a dû utiliser une chaise roulante.

* Je pense au Pape dont on disait qu’il était un « acteur » à cause de la capacité d’_expression ; et bien, la maladie du Parkinson a rendu son visage rigide et inexpressif.

* Je pense à sa parole de polyglotte, qui était forte et très communicative ; et bien, il a perdu la voix et, après la trachéotomie, il n’arrivait plus à parler dans les deux dernières apparitions publiques.

Et qu’est-ce qui est resté quand il a perdu sa jeunesse athlétique, sa capacité d’_expression et sa parole ? Le témoin fidèle (Ap. 1,5), qui a prêché en silence avec sa manière de vivre la vie et la mort. Il semblait dire, comme Job : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : que le nom du Seigneur soit béni ! » (Job 1, 21).

Au moment de son élection papale, on a découvert que sa devise était : « Totus tuus » (tout à toi). Il a parlé de cette donation de sa vie, comme au XXV anniversaire de son pontificat, quand il disait : « Je te renouvelle, à travers les mains de Marie, Mère bien-aimée, le don de ma personne, pour le présent et l’avenir : que tout s’accomplisse selon ta volonté » (Homélie, Jeudi 16 octobre 2003). Mais c’est sa vie qui a exprimé le plus fortement cette donation et qui a fait comprendre la cohérence qu’il y avait toujours entre ses paroles et sa vie.

Le Pape Jean-Paul II a voulu venir vous rendre visite à Brazzaville au cours d’un de ses premiers voyages. Ces derniers jours j’ai voulu lire attentivement ce qu’il vous avait dit. Malheureusement, les pillages de la guerre ont fait disparaître les images vidéo de ces moments de bénédiction. J`ai été frappé par l’affection toute particulière que le Pape a manifesté pour le Congo, probablement à cause de l’expérience historique qu’il a vécu lui-même. Lors de mes conversations avec lui il y a quelque mois j’ai eu la confirmation de cette prédilection.

Il a prié pour vous, ici à Brazzaville, et je cite ses paroles : « Je Te prie, Seigneur, pour leur unité, leur capacité de collaborer au-delà de toute diversité ethnique ou sociale ». Et il vous a dit : « Je viens stimuler votre charité entre vous et envers tous, “l’amour qui fait l’unité dans la perfection” » et il vous exhortait : “Revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, en vous supportant et en vous pardonnant mutuellement”. Jésus n’avait-il pas dit : “Aimez vos ennemis, afin d’être vraiment les fils de votre Père” ? » Et Jean-Paul II poursuivait, en parlant de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle : « Peut-être identifiez-vous la Bonne Nouvelle à la paix ? De fait, c’est une chose merveilleuse que la paix dans la société, la paix dans les familles, la paix d’une vie libre, et surtout la paix dans le cœur de chacun, la paix d’une conscience droite qui vit dans la sérénité et la confiance, devant Dieu et devant les hommes. Certes, l’adhésion dans la foi à cette Bonne Nouvelle requiert une conversion, non seulement avant le baptême, mais dans toute la vie. Les idoles auxquelles il faut renoncer sont toujours renaissantes, même si elles portent parfois des noms nouveaux... Il y a des obstacles au niveau de l’esprit humain - et le matérialisme, idéologique ou pratique, n’est pas des moindres - qui peuvent détourner du message du salut... Il y a des obstacles, plus encore peut-être, au niveau de nos habitudes personnelles ou familiales, des mœurs de la société... ». Je sens que c’est de mon devoir de me poser la question, devant le Seigneur : qu’est-ce que le Pape Jean-Paul II vous dirait aujourd’hui si c’était lui qui vous parlait ? Qu’est-ce qu’il aurait à souligner au vu de ce que le Congo a vécu après cette visite papale ?

Il vous dirait encore -j`en suis sûr et je vous le dis comme le représentant qu’il a envoyé chez vous- que « les idoles auxquelles il faut renoncer sont toujours renaissantes, même si elles portent parfois des noms nouveaux ». En arrivant à ce pays comme Nonce Apostolique, j’ai été frappé par les blessures que la guerre a laissées chez vous, et pas seulement dans les bâtiments, mais surtout dans les cœurs, j’ai été frappé par les divisions géographiques et ethniques. Et je vous dis : la diversité est bonne, la diversité nous enrichit, mais... à condition de la vivre, comme le Pape Jean-Paul II nous a enseigné, dans le respect et dans l’amour de celui qui est différent. Un jardin est plus beau s’il est composé de fleurs différentes, mais s’il y a un seul type de fleur... le jardin est... moche, ennuyeux...

Mais s’il y a la haine, si l’amour manque, si celui qui est différent est perçu comme un ennemi...on arrive à des situations que vous avez déjà vécues. Et je vous dis, au nom du Saint-Père Jean Paul II qui vient de nous quitter : ça suffit ! Vous avez trop souffert pour ne pas apprendre la leçon ! Oui, je vous répète ce que le Pape vous avait dit : « C’est une chose merveilleuse que la paix dans la société, la paix dans les familles, la paix d’une vie libre, et surtout la paix dans le cœur de chacun, la paix d’une conscience droite qui vit dans la sérénité et la confiance, devant Dieu et devant les hommes ».

Jean-Paul II a demandé à Dieu pour vous « la capacité de collaborer au-delà de toute diversité ethnique ou sociale ». Et je sens que c’est le projet de Dieu pour ce Pays ! Aujourd’hui, Jean-Paul II vous dirait que la construction du Congo comme Dieu le veut a besoin de la contribution de tous et de chacun de ses concitoyens. Ce Pays a des potentialités énormes mais il y a aussi d’énormes différences entre ceux qui n’ont rien et ceux qui vivent une vie aisée. Et Jean-Paul II, qui vous parlait du besoin d’une conversion à tous les niveaux, vous inviterait tous -j’en suis sûr- à vous poser la question : « Qu’est-ce que je peux faire pour améliorer le sort de mon pays, de mes concitoyens les plus démunis ? ». Et tous, nous pouvons changer quelque chose.

Ce pays a besoin que sa population, simple mais bonne, assoiffée de paix et de justice, soit écoutée parce qu’elle ne manque pas de sagesse et de bonne volonté, mais chacun selon sa responsabilité doit mettre le meilleur de soi-même au service de la collectivité.

Pour ce qui est de la vie en commun entre les différentes ethnies comme pour le rapport entre les différentes classes sociales, si le Pape était ici à ma place aujourd’hui, il vous répéterait ce que le Seigneur Jésus nous a enseigné : « Aimez vous les uns les autres ». Seul l’amour du prochain peut transformer la société. « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimé ». Et vous avez été témoins de l’amour que Jean-Paul II vous a porté, lui qui vous a dit à Brazzaville : « Dieu m’est témoin que je vous aime tendrement dans le cœur du Christ Jésus ! »

Le Pape Jean-Paul II, dans son testament qu’on vient d’ouvrir, nous a rappelé une chose très importante : « chacun doit garder à l’esprit la perspective de la mort. Chacun doit être prêt à se présenter devant le Seigneur et le Juge - et en même temps Rédempteur et Père ». Et je vous dis : ce jour-là nous devrons tous rendre compte à Dieu de nos actions. On peut tromper les hommes, mais Dieu on ne peut pas le tromper, parce qu’Il connaît la vérité de nos cœurs.

Nous sommes tristes parce que on a perdu un Père, Jean-Paul II, reconnu comme un ‘leader’ spirituel même par d’autres confessions religieuses. Mais il faut penser aussi à lui et je suis convaincu qu’il est aujourd’hui dans la joie après la rencontre face à face avec le Seigneur à qui il a consacré sa vie et qui lui aura dit : « Viens, béni de mon Père, entre dans la joie de ton Seigneur ». On a alors gagné un intercesseur dans le ciel.

Et bénis serons nous tous si nous apprenons de cette grande figure à vivre dans l’amour du prochain, à chercher notre joie dans le don total de nous-mêmes. Nous trouverons la joie, cette joie qu’il y avait dans le cœur de Jean-Paul II jusqu’à la fin, même au milieu de pas mal de souffrances. Il nous dirait, comme le Seigneur Jésus : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11).

Merci de votre attention. Que Dieu vous bénisse !

Amen !

Commentaires