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Culture

La formation du clergé indigène au Congo Français,1875‑1960

Notes de lecture

La lecture de l’histoire est un élément important dans la mémoire collective. Cette activité de témoignage et d’interprétation est un outil indispensable aux acteurs de la mémoire que sont les historiens universitaires tout comme les consommateurs actifs, de la société civile. Notons au passage le travail non négligeable des détenteurs de la mémoire orale dans notre civilisation bantou. Une trace écrite a le mérite de traverser le temps sans modification et constituer une base solide pour les générations futures.

Sounga boukono

CULTURE

« La formation du clergé indigène au Congo Français,1875‑1960 »

Côme Kinata, historien de formation et de carrière, revient, après son livre « Ethnochefferies dans le Bas Congo Français, collaboration et résistance, 1896‑1960 », (Paris, l’Harmattan, 2001), dans la cour des écrivains congolais, avec un nouvel ouvrage : « La formation du clergé indigène au Congo Français, 1875‑1960 ». Un pavé jaune, taillé par les éditions l’Harmattan. Grâce à une minutieuse fouille des archives, notamment, des mis­sionnaires de la Congrégation du Saint ‑ Esprit, de « La Semai­ne Africaine », des témoigna­ges inédits des populations autochtones, Côme Kinata nous livre, en version intégra­le, les années de formation du clergé indigène au Congo français, de 1875 à 1960. Il met à la disposition des lecteurs congolais une masse d’infor­mations inédites sur la forma­tion des clercs indigènes, et cette fois, si l’on ose dire, im­partiale, voire intacte. Non pas la littérature enjolivée, mais le film intégral (non monté)

d’une période de vie, d’un as­pect de l’évangélisation avec ses bons et ses mauvais cô­tés : la formation du clergé. Cet ouvrage couvre les années 1875‑1960.Celles correspon­dant à la coloniale et à l’indé­pendance du Congo. Ce livre est aussi une sismographie des administrateurs et missionnaires, corps et âmes : lis*se rendaient mutuellement service. Mgr Augouard, cité à la page 20, par l’auteur, préci­se que « le catholicisme est la base de la civilisation et que les missionnaires sont les meilleurs artisans de la vraie colonisation française ». « Liée à la traite négrière, depuis quatre siècles, l’évangélisation de l’Afrique centrale, par les Portugais, a été un échec. A la fin du XIXII‑ siècle, l’expansion coloniale française avait besoin de l’appui des missionnaires, la Congrégation catholique du Saint Esprit avait été choisie. Depuis 1886, administrateurs et missionnaires se rendaient mutuellement service. Si l’évangélisation, par les Portugais, avait échoué, c’est faute de clergé indigène compétent Aussi, les Spiritains mirent ‑ils l’accent sur la formation du personnel ecclésiastique local. Ces structures furent également le creuset de formation de t’élite intellectuelle et politique dont Barthélemy Boganda, Léon Mba et Fulbert Youlou furent les meilleures illustrations. Mais, le summum de la réussite de l’oeuvre missionnaire fut le cardinal Emile Biayenda à qui cet ouvrage est dédié ». On peut s’aventurer, dans cet épais volume, selon plusieurs dimensions : historique, cultuelle et culturelle de la rencontre des civilisations locales avec le christianisme, les conflits entre l’administration et la Mission catholique, d’une part, et entre évangélisateurs, d’autre part.

Côme Kinata scalpe, avec la froideur d’un médecin, tout en se tenant à saine distance de la passion partisane, la formation du clergé indigène au Congo français. Il est rivé à l’exigence et à la rigueur de la science historique comme un forçat à sa chaîne. Son ouvrage, prompt à estoquer certaines âmes habituées à des réalités religieuses aseptisées, sert, en effet, de perchoir au clergé congolais, aux anthropologues et autres historiens, pour écrire, pourquoi pas réécrire l’histoire religieuse de la pénétration du christianisme au Congo Brazzaville, celle de l’Eglise catholique au Congo. Partant, il peut servir de matière de réflexion aux futurs états généraux de la formation dans les séminaires, avec une ouverture sur les réalités de notre temps.

Côme Kinata, né en 1948, à Brazzaville, est diplômé de l’Ecole normale supérieure de l’Afrique centrale, en histoire, de l’université Paris Villeneuve Maître ‑ assistant et enseignant d’histoire de l’Afrique contemporaine à l’Ecole normale supérieure de Brazzaville, il est, également, l’auteur d’un ouvrage sur les rapports entre l’Administration coloniale et les chefs indigènes, « Les Ethnochefferies dans le Bas Congo français, collaboration et résistance, 1896‑1960 », (Paris, l’Harmattan, 2001). Côme Kinata s’intéresse aux rapports entre les cultures autochtones et le christianisme, notamment dans la formation du clergé indigène.

Viclaire MALONGA lA SEMAINE AFRICAINE

« La formation du clergé indigène au Congo Français, 1875‑1960 »,

326 pages

De Côme Kinata

aux "Editions l’Harmattan"

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