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Communiqués et Lettres ouvertes

Droit de réponse de Henrik Lindell

Droit de réponse de Henrik Lindell

L’article intitulé " La vérité sur la rencontre organisée par la Fédération protestante de France " publié dans La semaine africaine du 20 janvier est scandaleux. Ayant pour ambition de répondre à un petit article que j’ai écrit six semaines plus tôt à propos d’une initiative de solidarité pour le Congo (voir plus loin), l’auteur bafoue mon honneur professionnel et met gravement en cause l’hebdomadaire français pour lequel je travaille : Témoignage chrétien. Pire, il traîne des représentants de la société civile et l’opposition démocratique congolaise dans la boue. Ainsi Benjamin Toungamani, un des leaders congolais les plus pacifiques et intègres qui soient, y est présenté comme quelqu’un qui ferait courir au pays le risque d’un bain de sang. Rien de moins. Benjamin Toungamani a déjà répondu à cette attaque injustifiable dans vos colonnes. Revenons maintenant à mon cas. D’abord un détail qui atteste de la lâcheté et du crétinisme de mon contradicteur. Ce communicant, qui écrit sous pseudonyme par peur que l’on découvre son identité, ne s’est pas donné la peine d’envoyer son texte à Témoignage chrétien, ni de le faire publier ailleurs en France (à ma connaissance), mais de l’adresser directement à La semaine africaine au Congo. Ainsi, ceux qui avaient lu mon article destiné à un public français (protestant, par exemple) ne risquaient pas de tomber sur sa " vérité ". Inversement, ceux qui au Congo devaient lire sa prose (et qui n’avaient rien demandé) ne pouvaient pas facilement vérifier les informations que l’auteur véhiculait à mon égard. Rappelons ces informations qui sonnent comme autant d’accusations par un homme qui prétend modestement détenir " la vérité ". " Kabou Loubayi Gambini " écrit ceci : " Mais à la surprise générale des participants à ce week-end de solidarité pour le Congo, le journal Témoignage chrétien, dans un article intitulé " Les protestants pas tendres avec Sassou ", écrit par Henrik Lindell, y voit une sorte de meeting de dénonciation du pouvoir de Brazzaville et de procès par contumace de Sassou Nguesso, pour ainsi dire. C’est faux. C’est archi-faux. Et ceux qui étaient présents à cette rencontre se demandent sur quoi ce journaliste qu’on n¹a pas vu sur les lieux de la rencontre a basé son reportage-analyse, si on puit dire. Il n’a jamais été question, à cette rencontre, des " protestants pas tendres avec Sassou ". Sauf à forcer de dire par d’autres son propre sentiment pour la personne du président congolais ; ce qui serait un drôle de transfert. Un journaliste ne peut se comporter en disciple convaincu ; et un journal en support d’une idéologie de haine. La preuve qu’il n’a jamais été question de politique, ce jour-là, est qu’aucun nom d’homme politique n’y avait été cité, à la demande express de l’orateur politique du jour, M. Benjamin Toungamani. On se demande, dès lors, comment on peut réussir à faire dire à une réunion ce qu’elle n’a pas dit. Pour ceux qui lisent régulièrement Témoignage chrétien, cet article confirme ainsi l’opinion qu¹on se fait de lui, celle d’être devenu un relais des thèses de l’opposition congolaise en France, du moins en ce qui concerne les articles sur le Congo sortis de la plume d’Henrik Lindell. Ne sait-on pas, sorti de la propre bouche de M. Toungamani, que ce dernier est un de leurs amis ? Ce qui explique, sans doute, beaucoup de choses. En effet, on peut, pour peu que suspicion nous habite, imaginer le prix mis par la bande à Nguila de Paris, pour s’allier certaines sympathies, certains services. " Bigre. En résumé : j’aurais inventé des détails sur un événement dont j’ignorais tout ou presque ; j’aurais forcé " de dire par d’autres " mes propres sentiments ; je serais un " disciple convaincu " pour un journal " en support d’une idéologie de haine ". Le communiquant en est même à insinuer qu’au lieu de mener honnêtement mon travail, je travaillerais en réalité pour l’opposition congolaise. Face à ces affirmations dignes des procès staliniens et en cela parfaitement représentatives de la stratégie de communication du régime de Sassou, je ne peux pas rester indifférent. Jusqu’à nouvel ordre, seuls le ministère de la Communication par la voix d’Alain Akouala-Atipault ainsi que " La Pravda ", je veux dire " Les dépêches de Brazzaville ", organe de communication proche du pouvoir, s’autorisaient de telles méthodes. (Ce qui est d’ailleurs très bien. Car plus le régime s’enfonce dans la vulgarité, plus il donne des arguments aux démocrates congolais. C’est pourquoi je ne réponds pratiquement jamais aux attaques fréquentes à mon égard quand elles viennent du régime directement. Archicorrompu, népotiste, autocratique et responsable de plusieurs guerres contre la population civile, celui-ci ne mérite de toute façon que le mépris.) Mais cela me désolerait, comme cela désolerait beaucoup d’ecclésiastiques étrangers, de voir La semaine africaine faire de la propagande pour Sassou ou pour d’autres leaders politiques douteux. Jusqu’à présent, ce journal s’est imposé par sa rigueur intellectuelle et une certaine neutralité politique saine. Or voici donc qu’il publie un article fort politique et parfaitement diffamatoire dont rien n’indique dans l’habillage qu’il s’agit d’un simple point de vue. Je trouve cela inquiétant. La vérité, la vraie, celle que les lecteurs peuvent vérifier, est pourtant simple : " Kabou Loubayi Gambini ", dans le but manifeste de défendre le régime, raconte tout simplement n’importe quoi avec des méthodes qui sont celles d’un fourbe. Voici mes arguments que tout le monde peut vérifier : Le petit article que j’ai écrit et qui a été publié le 2 décembre ne correspond pas à la description qui en a été faite. J’invite les lecteurs à se faire leur propre opinion. Le voici :

" FRANCE. CONGO-BRAZZAVILLE.

Les protestants pas tendres avec Sassou La Fédération protestante de France a organisé, les 27 et 28 novembre à Paris, un week-end de solidarité avec le Congo-Brazzaville, pays meurtri par les guerres et la mauvaise gestion " françafricaine ". A l’exception du Président de la FPF, Jean-Arnold de Clermont et du pasteur Claude Baty, engagé dans des projets humanitaires, les intervenants étaient congolais. Ils ont parlé de l’injustice sociale, du quotidien des gens et de l’environnement qui se dégradent, sujets qui fâchent le pouvoir autocratique du président Denis Sassou-Nguesso. Benjamin Toungamani, porte-parole de la Fédération congolaise de la diaspora, représentative de la société civile congolaise, a esquissé des perspectives pour une réconciliation. Devant environ 200 personnes, il a fait comprendre que son pays ne s’en sortira pas tant que Sassou restera au pouvoir. Les responsables protestants ont apprécié cette analyse aux antipodes de la politique française officielle. "

C’est tout. Aujourd’hui, je modifierai une chose. D’après la Fédération protestante, il n’y avait qu’ " une centaine " de participants et non 200 comme je dis. Pour le reste, je ne retire pas une virgule. A aucun moment, je ne prétends m’être rendu sur place. Je n’évoque pas non plus un meeting de dénonciation de Sassou. En revanche, et j’ai vérifié ce détail comme tous les autres, Benjamin Toungamani a bien fait comprendre que son pays ne s’en sortira pas tant que Sassou reste au pouvoir. Mes informateurs étaient Benjamin Toungamani lui-même, le pasteur Claude Baty qui est président de la Plateforme Ensemble pour le Congo-Brazzaville ainsi que la responsable de communication de la Fédération. J’estime que ces trois sources sont fiables. Après publication, personne ne m’a fait part de la moindre remarque. En cas d’erreur, les protestants français, très sensibles à la vérité justement, ne m’auraient pas épargné leurs critiques. Mon contradicteur se serait-il trompé de rencontre ? Une chose est sûre : il n’accepte pas que les protestants français au sein de la Fédération puissent adopter une attitude critique à l’égard du régime congolais. Les protestants s’obligent en effet à un devoir d’interpellation. Evoquer sérieusement l’injustice sociale, le quotidien si difficile de l’immense majorité des Congolais et même la dégradation de l’environnement, c’est mettre en cause le pouvoir autocratique de Sassou. Mes sources (voir plus haut) m’ont confirmé ce fait. En soi, ce n’est pas très original. N’importe quel journaliste honnête en France décrit aujourd’hui le côté autoritaire du régime. A ce sujet, lisez par exemple l’article de Christophe Ayad (Prix Albert Londres, tout de même) dans Libération du 5 février (page 10). Et si les responsables protestants apprécient l’analyse de Benjamin Toungamani (sinon pourquoi l’ont-ils invité à présenter l’histoire politique du pays ?), pourquoi ne pas le dire ? Pour l’observateur extérieur que je suis, la principale information est là dans cette affaire : les protestants français ne sont pas tendres avec Sassou. Cela ne signifie pas qu’ils cautionnent des tentatives de déstabilisation du pouvoir. Ce n’est pas leur rôle. En revanche, ils s’obligent à dire la vérité (devoir évangélique clé), à interpeller les responsables politiques et à accompagner les Congolais qui le souhaitent sur le chemin d’une amélioration nécessaire. Sur leur site Internet (www.protestants.org/mission/congobraz/), les protestants français invitent par exemple les chrétiens curieux à s’informer auprès de l’Observatoire congolais des droits de l’homme. Il me semble que cet Observatoire ne distribue pas que des roses au régime. Sur le site officiel de la Plateforme et au nom de celle-ci Latifa Tayah écrit au sujet du régime de Denis Sassou-Nguesso : " Le Congo est à la fois victime de sa géographie et d’un régime contesté et corrompu. Otages et victimes de ces guerres, où on a toujours essayé de les mettre les uns contre les autres par une ethnicisation des conflits, les Congolais ont toujours l’espoir que leur droit à la paix voit enfin le jour. Ils étaient prêts à fermer les yeux sur les irrégularités des scrutins pourvu que la légitimité du régime actuel, même artificielle les laisse en paix. "

Faut-il donc crier au scandale ?

En ce qui concerne, enfin, cette idée sinistre véhiculée par le régime et Jean-Paul Pigasse selon laquelle je travaillerais pour l’opposition ou pour d’autres organisations ou réseaux congolais, je fais vite. Non, je ne travaille pour aucune autre entreprise ou organisation que Témoignage chrétien. Je respecte à la lettre les engagements qui vont avec la carte de presse française dont je suis le détenteur depuis bientôt 10 ans. J’ai écrit des dizaines d’articles, de reportages et d’enquêtes sur le Congo depuis 1999. La plupart, comme par exemple l’enquête en septembre dernier sur les dettes gagées au Congo, sont très critiques à l’égard du pouvoir actuel et à l’égard de la classe politique congolaise en général. Une seule fois, j’ai été attaqué devant la justice pour diffamation. C’était Pascal Lissouba. Il a perdu. Sinon, personne n’a réussi à caser ne serait-ce qu’un petit droit de réponse contre un de mes articles. Il faut donc croire que mes articles sont conformes à la réalité. Bien entendu, je ne peux pas travailler pour l’opposition congolaise (qu’il s’agisse de celle de Toungamani/Moutsila, de Nguila Moungounga, de Kolélas et j’en passe). Elle n’a d’ailleurs jamais essayé de me " cadeauter ". Oui, je connais bien Benjamin Toungamani, comme je connais d’autres leaders de l’opposition. Mais je connais aussi personnellement très bien plusieurs ministres de l’actuel gouvernement. Je m’informe ainsi. Et si je cite parfois Benjamin Toungamani en exemple, c’est parce qu’il fait preuve d¹un dévouement personnel et d’une honnêteté rare. Il honore et représente de facto, d’une façon saisissante, cette société civile congolaise conscientisée et pacifique qui n’a jamais voix au chapitre mais qui est là et qui attend patiemment son heure.

Henrik Lindell

Journaliste à Témoignage chrétien

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