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Communiqués et Lettres ouvertes

Droit de réponse de Benjamin Toungamani

La vérité sur la rencontre organisée par la Fédération protestante de France

Droit de réponse de Benjamin Toungamani

Dans « La Semaine Africaine » n°2502, du 20 janvier 2005, Mr KABOU LOUBAYI GAMBIMI a publié un article intitulé « La vérité sur la rencontre organisée par la Fédération protestante de France ». Cet article se rapproche beaucoup plus de la fiche de police que de l’activité journalistique. Ce ne peut être un compte-rendu de par la quantité énorme d’inexactitudes et de la haine qui transpire à chacune de ses lignes. Le lecteur ne s’étonnera pas qu’il ne soit signé que d’un pseudonyme. Voici, en condensé, le texte d’invitation à la table ronde, tel que stipulé dans les invitations : « Les 27 - 28 novembre 2004. Congo Brazzaville. Etat des lieux, le samedi 27 novembre. Maison de l’Annonciation, 27 rue de l’Annonciation, Paris 16ème, 16h30-18h30. Mot d’accueil du Pasteur Claude Baty, président de la plate-forme, Table ronde présidée par le Pasteur Jean-Arnold de Clermont, Président de la Fédération Protestante de France. Le Congo aujourd’hui :
- quel quotidien, avec le Dr Bébène Banzouzi, neurologue au C.h.u de Brazzaville
- situation économique : pétrole et environnement, avec le Dr Alain Pensée Gamassa
- vérité, justice et réconciliation : quelle paix possible, avec Benjamin Toungamani. Tous les participants étaient, donc, avertis, depuis plus de trois semaines, par invitation et par le net. C’est, donc, inexact d’affirmer que « l’auditoire était surpris de Benjamin Toungamani parmi les intervenants ». Le milieu protestant et catholique de France n’est pas « celui qui se refuse à mélanger les genres ». La preuve en est que la Cimade et le Secours catholique (associations affiliées) travaillent avec la diaspora congolaise, en ayant en commun les valeurs de tolérance et de partage. Dans votre journal, vous traitez ceux de la Fédération des Congolais de la diaspora (F.d.c) de « chiens du Pool ». Pourquoi tant de haine et de morgue ? Vous osez affirmer, par ailleurs, que la F.c.d « va jusqu’à prôner la coupure du pays en deux. Ce point de vue n’a pas été accepté ni soutenu par l’assistance ». Ainsi, donc, la Fédération protestante de France aurait laissé un conférencier proférer un tel message de haine, sans lever le petit doigt, très grave. Nous mettons au défi « La Semaine Africaine » de produire un seul texte, un seul mot, un seul document vidéo ou audio qui affirme pareille ineptie. Mieux, au sein de la F.c.d, il y a un délégué chargé du Dialogue national, O. Bidounga. A cette soirée du 27 novembre 2004, un débat démocratique, libre et respectueux a eu lieu dans la salle de l’Annonciation. Après que le conférencier « incriminé par l’article » ait souligné l’importance de la mémoire collective dans la structuration des nations, de la justice comme condition sine qua non pour une réconciliation véritable post-conflit armé, de la valeur iconologique Nord-Sud, post mortem des présidents Marien Ngouabi et Massamba-Débat, pour ainsi dire assassinés pour la même cause ou de celle de Ange Diawara et Jean-Baptiste Ikoko, morts la main dans la main. Comment expliquer les guerres contre les civils de 1993, 1997,1998 après que la Conférence nationale souveraine eut disséqué et condamné les agissements de la première milice des années 1965 : Plus Jamais ça ! « Nous étions en droit de penser qu’avec ce corrigé de l’histoire, la classe politique congolaise en tirerait les leçons adéquates. Hélas, la nouvelle copie a été pire que l’originale », s’est exclamé Benjamin Toungamani. Etait-il possible de parler de justice, paix et réconciliation, sans faire référence à l’histoire contemporaine de notre pays ou au contexte politique ? Tous ceux qui ont, un tant soit peu, abordé, un jour, ces problèmes sensibles en débat ou en conférence, répondront par la négative. Sauf peut-être le mystérieux rédacteur qui est un zélateur des violeurs des textes fondamentaux. Pour juste compléter votre information chancelante, sachez qu’il n’existe pas en France de « Fédération protestante de la diaspora », mais une Fédération des Congolais de la diaspora dirigée par des délégués dont un général, Benjamin Moutsila, pas un président. De même, le journal « Témoignage chrétien » que vous traitez de « support d’une idéologie de haine » a été, de tous temps, particulièrement pendant la guerre mondiale, le « support des peuples » contre le nazisme. Il a été l’un des premiers à dénoncer les massacres au Congo, tous conflits confondus. Sur le fond, et tenant compte du développement qui précède, les réponses aux interrogations plus haut posées, traduisent une volonté d’empêcher toute interrogation citoyenne, tout débat contradictoire, tout questionnement à propos de la gestion des dossiers sensibles de notre pays. La même réaction avait été déjà observée lorsque la Société civile, les Eglises, en particulier, avaient parlé de gestion du pétrole ou du rapport du Pnud 2002 qui épinglait l’incurie chronique de la classe politique congolaise. « La réconciliation n’a jamais eu lieu au Congo ». Le conférencier persiste et signe, en affirmant qu’il n’y a jamais eu de réconciliation nationale véritable, même à la Conférence nationale. La fameuse séance de lavement des mains n’a pas abouti à une mise en responsabilité institutionnelle de ceux qui avaient commis des forfaits. Le peuple n’a vraiment jamais su qui étaient responsables des crimes économiques et de sang. Rien d’étonnant que les mêmes aient repris, quelques années après, les mêmes pratiques qui ont abouti à une hécatombe historique. Même dans nos sociétés traditionnelles, toute séance de réconciliation est toujours précédée d’une étape de « mpemba » et de « kala ». Dans la pratique religieuse, c’est une confession : sacrement de la réconciliation (acte par lequel on avoue ses fautes et on demande pardon) et dans un Etat de droit, la justice institutionnelle. Certes, depuis lors, il y a une paix armée, mais à quand une paix non armée, étant donné la quantité phénoménale d’armes qui circulent ? La paix des armes n’est pas forcément la réconciliation nationale. Il ne saurait y avoir de réconciliation sans vérité, sans justice, sans paix. Vérité, amour et réconciliation. Pour l’affaire des disparus du beach de Brazzaville, La semaine a écrit : « le mal qu’il pense de l’annulation de la procédure en France ». Tout citoyen a le droit de donner son avis et d’en débattre démocratiquement. Des journaux prestigieux comme Le Monde, Libération, L’Express, Le Point et la BBC ont eu la même position. Le Garde des sceaux, Jean Martin Mbemba, ne disait-il pas que « la corruption est devenue un système de gestion de la justice » ? (22 octobre 2000) ? Oui, cette affaire est bien l’arbre qui montre la forêt. Des rancœurs, des frustrations des atteintes psychologiques et somatiques accumulées suite aux guerres qui ont détruit le tissu social congolais ont été accumulés. Un règlement judiciaire aurait le mérite de dégager, en priorité, des responsabilités individuelles débarrassées d’une connotation ethniciste déformante, pour permettre à la nation tout entière de se réconcilier avec elle-même. Bien irresponsable est celui qui peut penser qu’il n’existe pas dans nos populations des velléités de vengeance qu’il nous faut, à tout prix, étouffer dans l’œuf. En cela, cette affaire est une occasion pour poser les bases d’une société plus juste qui respecte la vie humaine. « Sans jamais interférer dans la discussion politique ». Il semble que parler de la gestion économique politique ou sociale soit un sujet interdit. Il faut, certainement, que le prince vous l’accorde d’abord. Il faut, peut-être, se contenter de subir le quotidien, sans rien dire des enfants qui n’ont plus d’écoles, plus d’électricité ni d’eau potable, même à Brazzaville, de la mort qui guette, des journées sans nourriture, des soirées et de l’espoir sans lueurs du pays qui a inexorablement régressé. Le Pnud 2002 n’a t-il pas épinglé le Congo pour sa mauvaise gouvernance pathologique et ses manquements à la démocratie.

La Fédération des Congolais de la diaspora n’est pas une organisation du Pool. Elle regroupe, en son sein, plusieurs associations de la diaspora qui oeuvrent pour une société plus juste. Oeuvrer pour la justice est la première forme de solidarité. Quant à votre conseil de faire comme les Maliens, nous vous retournons le conseil. Au Mali, la sécurité des personnes et des biens est assurée et ce pays d’Afrique est un modèle pour la démocratie africaine naissante. Ce qui n’est pas le cas du Congo.

Paris, le 12 février 2005

Benjamin TOUNGAMANI

Fédération des Congolais de la Diaspora

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