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Affaire Elf : Sirven meurt avec ses secrets

Affaire Elf :

Sirven meurt avec ses secrets

Figure clé de l’affaire Elf, Alfred Sirven est mort samedi à Deauville d’un malaise cardiaque, à l’âge de 78 ans, ont annoncé dimanche ses avocats.

La presse lui avait prêté le pouvoir de faire « sauter vingt fois la République » par ses révélations. Terrassé par un malaise chez lui, M. Sirven a perdu connaissance avant d’être transporté à l’hôpital par les pompiers, où son décès a été constaté samedi vers 18 h, selon ses avocats. Alfred Sirven disparaît sans avoir révélé les noms de ceux qui ont bénéficié des détournements de l’argent d’Elf, à l’exception de celui de son ex-patron, Loïk Le Floch-Prigent. M. Sirven, ex-directeur des affaires générales d’Elf, avait été, chez le pétrolier, à la tête d’une véritable fortune : 168 millions d’euros détournés des caisses du groupe afin de financer des intermédiaires, des décideurs étrangers, et peut-être aussi des circuits politiques, même si l’instruction ne l’a jamais démontré. Pendant sa longue fuite aux Philippines, de 1997 jusqu’à février 2001, beaucoup de ses co-prévenus avaient craint son retour. Au cours du procès, en première instance de mars à juillet 2003, ou lors de l’appel entre octobre et décembre 2004, Alfred Sirven était pourtant resté mystérieux. Ses seules révélations ont surtout accablé Loïk Le Floch-Prigent. Exaspéré, selon ses termes, de voir Le Floch « fuir ses responsabilités » en niant avoir bénéficié personnellement des détournements opérés, Alfred Sirven avait fini par lâcher : « Oui, j’ai donné de l’argent à M. Le Floch-Prigent. Bien entendu ! », allant jusqu’à chiffrer le montant détourné pour l’ex-PDG d’Elf à 106 millions de francs français (16,2 millions d’euros). Pour les autres, et notamment les politiques, M. Sirven était resté silencieux. « Je ne donnerai pas de noms », avait-il prévenu dès le premier procès. Toutefois, il avait aussitôt ajouté, sur la probable destination politique des fonds, qu’il était « certain qu’une grande partie de cet argent (était) allée dans cette direction-là ». Sirven avait été condamné en novembre 2003 en première instance à cinq ans de prison et un million d’euros d’amende. Lors de son procès en appel, le parquet avait requis contre lui l’aggravation de la peine à huit ans de prison ferme. Le jugement avait été mis en délibéré au 31 mars. L’ancien numéro deux du groupe français avait été remis en liberté sous contrôle judiciaire en mai 2004, après trois ans et trois mois de détention.

© Reuter

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