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Opinions

Menaces sur la vie des congolais

Le Dr. Arsène BIKOUE , n’en est pas à son coup d’essai. Il nous démontre que les préoccupations politiques peuvent rimer avec une activité militante débordante et des capacités professionnelles remarquables . « Nous sommes bien obligés de constater que, pour aller de l’avant, nous avons besoin de nous imprégner de La Nouvelle Conscience dont une dimension est d’avoir en permanence le souci de la santé des Congolaises et Congolais, car comment aller vers le développement si on n‘est pas en bonne santé physique, morale et psychologique ? » Et qui a prétendu que ceux de la Diaspora n’étaient pas une force de propositions ? Je vous le donne à dix...

Antirétroviraux

La Santé et la Vie des compatriotes hypothéquées.

C’est affligeant, ce qui se passe dans notre pays en ce qui concerne les antirétroviraux ! C’est à vous donner la nausée. Le sida est un problème majeur de santé publique parce qu’il décime les cadres et les forces vives d’un pays avec des conséquences désastreuses sur la vie socioéconomique. Aucune autre maladie au monde n’a eu un tel impact négatif pour le développement d’un pays, sauf, peut-être la peste, au 14ème siècle. Donc ne pas prendre ce problème avec toute la rigueur nécessaire, vu les enjeux qu’il implique, témoigne d’un certain « je m’en foutisme » coupable vis-à-vis des malades, de leurs familles et de la société congolaise tout entière. Pour la gouverne des Congolaises et Congolais, il faut expliquer. C’est quoi un médicament antirétroviral ? C’est un inhibiteur de la multiplication du virus du sida. Il empêche le virus de se multiplier. Quand on prend un médicament, on est en monothérapie ; avec deux, on est en bithérapie et avec trois, on est en trithérapie ; etc. On associe ces différents inhibiteurs, ces différents médicaments pour renforcer la capacité du traitement à contrer la multiplication du virus. Les trithérapies, commencées en 1996, ont permis de rendre indétectable le virus dans le sang des patients traités, diminuant ainsi la morbidité (le fait d’être constamment malade) et la mortalité. Quand le virus se multiplie, sans traitement, il bousille petit à petit les défenses de l’organisme jusqu’à les anéantir complètement. D’où la nécessité de le bloquer. Dans les pays du Nord, beaucoup de patients, contaminés par le VIH depuis plus de 20 ans, vivent correctement grâce aux antirétroviraux et parce qu’ils sont suivis sur le plan biologique. Les antirétroviraux sont donc indispensables au suivi des patients. On comprendra pourquoi, il est ahurissant, pour qui lutte contre la propagation du VIH/Sida, d’apprendre que dans son pays, il y aurait pénurie en médicaments antirétroviraux. Je dois reconnaître que pour le Congo, c’est à la fois étonnant et pas du tout étonnant. Etonnant, parce que comment justifier que le gouvernement n’ai pas pu payer la facture au fournisseur pharmaceutique SAI PHARMA ? D’abord, ces médicaments coûtent cher. Ensuite, au Congo, tous les malades, ne bénéficient pas de la gratuité des médicaments (on ne sait pas si réellement, il y en a qui en bénéficient et combien sont-ils). Les malades ont donc acheté leurs produits. Dans ces conditions, où est passé cet argent ? Sauf si, les antirétroviraux ont périmé avant d’être écoulés, ce qui serait un scandale dans un pays où toutes les heures les gens meurent de Sida. Une réalité qui relativise fortement le chiffre de 4,2% du taux de séroprévalence. Il est aléatoire de donner une statistique dans un pays qui n’a pas de culture de dépistage de VIH/Sida. Quoi qu’il en soit, cette absence de paiement d’une facture de 217.000.000 de FCFA couvrant deux années, 2003 et 2004, est tout de même surprenante. Le Président Denis Sassou Nguesso a déclaré dans son interview dans Jeune Afrique l’Intelligent n°2299 du 30 janvier au 5 février 2005 que : « la richesse produite au Congo est tout entière contenue dans son budget, auquel chaque élu du peuple a accès pour vérification et approbation - ou refus. Il n’existe aucune répartition occulte de l’argent public. Tout est transparent ». Si c’est réellement le cas, comment Sassou explique le fait qu’on ait ainsi hypothéqué la santé, et partant, la vie des compatriotes qui sont déjà accablés par la maladie ? Et quel est le coup subit par la crédibilité de l’Etat ? Ces dépenses n’étaient pas budgétisées ? « Un chef, ça se respecte ! », n’est-ce pas Monsieur le Président de la République ? Que peuvent penser des compatriotes d’un Président qui, manifestement, ne fait pas respecter leur santé, par ceux qui en ont la charge et qui ne sont responsables que devant lui parce que seul lui les nomme (articles 74 et 77 de la constitution) ? Nous sommes bien obligés de constater que, pour aller de l’avant, nous avons besoin de nous imprégner de La Nouvelle Conscience dont une dimension est d’avoir en permanence le souci de la santé des Congolaises et Congolais, car comment aller vers le développement si on n‘est pas en bonne santé physique, morale et psychologique ? Pas étonnant, parce que, en dehors des Centres de Traitement Ambulatoire (CTA), crées et gérés par la Croix Rouge Française, le Congo, n’a pas de structure minimale pour le suivi des patients VIH positifs. Et pourtant ce ne sont pas les appareils qui manquent. Au Laboratoire National de Santé Publique (LNSP) à Brazzaville (Cité Pasteur), il y a un appareil sophistiqué qui coûte entre 120-130.000€. Un don de la Croix Rouge Française, qui aurait permis, s’il fonctionnait, à ce laboratoire de devenir véritablement un laboratoire de référence, titre dont, semble t-il, il est affublé aujourd’hui. Mais cet appareil se trouve bâché, dans une pièce poussiéreuse depuis...1998. Qui dirige le LNSP depuis la fin 1997 ? Un Conseiller Spécial du Président Denis Sassou Nguesso. Posez la question à la Croix Rouge Française, si elle est contente d’avoir dépensé autant d’argent pour un appareil devenu une curiosité de ...musée. Entre temps, les Congolais meurent. Alors, si un pays ne fait pas un effort pour mettre en place le cadre minimum du suivi biologique des patients, pourquoi voulez-vous qu’il s’emmerde à s’approvisionner en médicaments, à régler les factures à temps afin d’éviter les ruptures, quand il sait que la prise de ces médicaments nécessite un suivi qu’il n’apporte pas aux patients ? C’est bien beau de changer des ministres, mais quand ceux-ci ne peuvent s’affranchir de certains directeurs généraux qui n’exécutent pas les directives qui viennent de la tutelle parce qu’ils tiennent leur légitimité de leur nomination par le Président de la République et non pas par un ministre, les Congolais ne verront pas d’amélioration palpable. Ce sont là les avatars de l’article 77 de la constitution de 2002. Ces avatars se traduisent par une triple dilution : dilution de l’autorité, dilution de la responsabilité et dilution de l’efficacité. Nous ne sommes donc pas surpris par ce qui se passe. Le Congo reste un immense chantier sur le long terme. Dans tous les cas, il est important que les gens sachent que pour qu’un traitement contre le VIH/Sida fonctionne bien il faut : 1. Se faire dépister tôt afin de le commencer au bon moment c’est-à-dire avant que toutes les défenses de l’organisme ne s’effondrent, rendant la prise des antirétroviraux presque inutile. 2. Prendre les médicaments prescrits de façon continue, aux heures dites, sans oublier. 3. Se faire suivre biologiquement et cliniquement. Ceci pour vérifier l’efficacité du traitement et sa toxicité sur le patient traité. Chacun de nous est unique. Pourquoi il ne faut pas oublier de prendre les médicaments quand on a commencé le traitement ? Parce que dès que vous oubliez, le virus rebondit et vous attaque de nouveau ; si vous oubliez plusieurs fois ou si vous ne prenez votre traitement que par intermittence, de temps en temps, le virus peut devenir résistant. Votre traitement ne sera donc plus efficace. Il vous faudra en prendre un autre. Or pour le Sida, il n’y a pas beaucoup de médicaments. De plus, chez nous, nous ne sommes pas bien armés pour faire face aux résistances. C’est pourquoi la pénurie des antirétroviraux dans notre pays est d’une irresponsabilité terrifiante. Non seulement, on précipite la mort des compatriotes, mais aussi, on favorise la survenue des résistances. Ce qui signifie que ce sont les souches résistantes aux traitements actuels qui vont circuler dans le pays, dans une population où règne déjà une prévention insignifiante. Comme on ne pourra plus traiter efficacement, on peut facilement imaginer ce qui pourrait se passer : une évolution vertigineuse des contaminations, de la morbidité et de la mortalité car le traitement des patients est un soutien complémentaire et indispensable à la prévention. La lutte contre le sida est indissociable du traitement et de la prévention. Ce qui veut dire qu’en malmenant le traitement dans notre pays, on est en train d’appuyer sur l’accélérateur Sida. Les autorités congolaises en ont-ils conscience ?

Fait à Valenton le 13 février 2005

Par Dr. Arsène BIKOUE (PhD) Immuno-Cytométriste. Président de la Ligue de la Démocratie au Congo Président de l’Association Combat pour la Santé et pour la Vie. Membre d’Alternative Congolaise.

Commentaires

1 Message

  1. > Menaces sur la vie des congolais

    Mon cher frère Arsene, bonjour !
    Comment tu peux aller si loin dans ce diagnostic ? Pose toi avant tout cette question : y a-t-il un Etat au Congo ? Ou bien assistons-nous à la mort de l’Etat ? Que pouvais-tu attendre d’eux ? Le contraire ? Non, mon frère, il ne faut pas rêver. Entre la peste et le choléras que choisiras-tu ? Ce gouvernement et son maître a pensé ne sont que des gens d’une époque révolue pour nous. Que pouvons-nous attendre des personnes qui ont toujours vécu selon une vision monolithique des relations humaines ? Rien. Ils aiment la merde et avec eux, le Sida va poursuivre sa courbe exponentiellement.
    Ton frère, le Papa de Marlon, Membre de Alternative Congolaise.

    par Anonyme | 14 février 2005, 10:26