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Opinions

l’indispensable Nouvelle Conscience

Sassou et les créations d’emplois : l’indispensable Nouvelle Conscience

Valenton le 09 janvier 2005

« Mes chers compatriotes, la lutte contre la pauvreté commande que, plus que jamais, la question sociale soit au cœur des priorités du Gouvernement ». Cette phrase euphorique vient d’être prononcée par le Président Denis Sassou Nguesso dans son message à la Nation de fin d’année 2004. Ceci quelques jours après avoir signé un accord avec le FMI qui lui octroie 44,3 milliards de FCA. De plus, le Congo vient de voir, entre autre, près de 950 milliards de sa dette extérieure être carrément annulée par le Club de Paris qui, en même temps, a reéchelonné près de 880 milliards de la dite dette. Si l’on rajoute la conjoncture très favorable du prix du baril du pétrole, ces bonnes nouvelles pour l’Etat congolais, privent Sassou de tout alibi pour justifier le calvaire des congolais. Il a d’or et déjà les coudées franches pour mettre en action ce qu’il a proclamé dans son discours à la nation devant le Congres le 14 août 2003 : “La problématique de l’emploi des jeunes est une exigence à la fois d’ordre politique, économique, social et moral”.

Cependant, en dehors des déclarations d’intention et d’autosatisfaction dont il abreuve les Congolais, en écorchant au passage la préoccupante réalité, on est en droit de se demander où est la politique de création d’emploi de Sassou ? Et ce n’est pas le vrai-faux changement du gouvernement dont il vient de flanquer les Congolais qui donnera de l’espoir. À ceux qui ne voient dans toute critique de la politique de Sassou que “des oiseaux de mauvais augure”, que “des gens dont le but évident est de mettre de nouveau le pays à feu et à sang”, que “des rats des jardins qui ne peuvent pas manger le fromage du buffet s’ils ne sont pas invités par les souris de la maison”, nous recommandons la lecture des articles 1, 2, 8, 9, 11, et 19 de la constitution 2002. Nous leurs disons que l’apprentissage de l’esprit démocratique se forge par le débat contradictoire. La pédagogie du débat n’est plus à démontrer. Cela est d’autant plus vital que la pauvreté, la misère, le chômage des diplômés, les sous-emplois ne sont plus un secret pour personne au Congo et en Afrique. La situation est si préoccupante que le récent sommet de l’Union Africaine (8 et 9 septembre 2004, Ouagadougou, Burkina Faso) s’est tenu sous le thème de “ Emploi et lutte contre la pauvreté en Afrique ”.

Une initiative louable qui permet de mettre l’accent sur la dimension internationale du problème, d’en saisir les ressorts, d’en évaluer les conséquences, et d’en comprendre l’incontournable nécessité d’une intégration africaine. Mais pour réduire la pauvreté, il faut réduire le chômage. Surtout que celui ci frappe des jeunes de 18-25 ans. Plus grave, des diplômés, très qualifiés, qui feraient le bonheur de leur pays, ne trouvant pas de travail chez eux émigrent. Une fuite de cerveaux préjudiciable pour le pays, pour qui comprend les enjeux de la mondialisation. Mais pour réduire le chômage il faut créer les emplois. Est-ce que l’environnement interne du Congo est propice à la création et à l’épanouissement des entreprises susceptibles de générer des emplois ? Où est la lisibilité et la visibilité des actions du gouvernement de Sassou clairement en faveur de l’emploi ? Est-ce que les politiques économique et sociale, de Sassou, vont dans le sens du renforcement du pouvoir d’achat des ménages, de la consolidation de leur consommation, du développement et du maintien d’une éventuelle croissance ? Une croissance qui entretient un dynamisme de la société tout entière favorable à l’emploi ? Ma réponse est non et je vous dis pourquoi : l’environnement congolais n’incite pas à un investissement à long terme. Pour quelles raisons ? Les soubresauts permanents dans la région du pool dissuadent bien des investisseurs créateurs d’entreprises et donc d’emplois. Ceux qui investissent dans le pays, le font dans des entreprises qui existent déjà.

De plus, pour recouvrer rapidement leur investissement, ils augmentent les bénéfices, licencient et rapatrient leur argent dans leur pays, s’ils sont étrangers, ou envoient l’argent « au chaud » en occident, s’ils sont Congolais. Les Etrangers investisseurs à long terme et créateurs d’emplois en Côte d’Ivoire qui ont tout perdu en moins d’une semaine ne sont pas prêts de recommencer. Donc, avec la situation du pool, on investit au Congo pour prendre une entreprise et non pas pour en créer ; on ne vient pas pour créer des emplois, mais pour en conserver, souvent, pour en supprimer afin d’être compétitif et de garantir son investissement à court, voire à très court terme : on ne sait Jamais ! Et puis, comment voulez-vous créer une entreprise avec l’ambition de vous agrandir, de conquérir des marchés et donc de générer des emplois, quand vous pouvez passer deux semaines sans électricité ? Le groupe électrogène n’est pas fait pour faire fonctionner une entreprise de grande dimension sur une longue durée. La preuve, deux sociétés ont faillit abandonner leur projet d’exploitation de mines solides du fait de la non-garantie de la stabilité de l’électricité. Pour sauver la face, le gouvernement s’est rabattu sur l’électricité venue de Inga auquel l’Etat congolais doit déjà beaucoup d’argent. Qu’adviendrait-il de ces entreprises et des emplois qui vont avec, si les autorités de la RDC arrêtaient de fournir leur électricité du fait d’une dette devenue par trop inacceptable ?

Le récent Conseil d’administration (17.12.04) de la Société Nationale d’Electricité (SNE) fait état de la vétusté du réseau et de l’insuffisance d’énergie électrique (80% de l’électricité de Brazzaville provient de la RDC). Sassou, dans son discours du 14 août 2003 avait aussi parlé de la réhabilitation du barrage de Moukoukoulou. Plus d’an après, où en sont les travaux de cette réhabilitation ? Quel est le calendrier de la livraison de ce barrage au service des congolais ? Il est temps d’informer les Congolais là-dessus, d’autant plus que dans le compte-rendu du Conseil des ministres du 15 novembre 2004, relatif au budget exercice 2005, on nous parle encore, entre autres projets, de l’électrification urbaine et rurale. Encore une énumération de projets, surtout que sur un budget de neuf cent dix milliards sept cent huit millions (910 708 000 000) de FCFA, sept cent dix milliards trois cent cinquante millions (710 350 000 000) de FCFA, soit 80%, seront consacrés au fonctionnement tandis que deux cent milliards quatre cent millions (200 400 000 000) iront à l’investissement. Ne consacrer que 20% du budget de l’Etat à l’investissement, quand on manque de tout, quand on affiche des projets ambitieux, quand on est un pays qui veut aller vers le développement et quand on veut créer des emplois, c’est tout simplement scandaleux.

Et, de plus, quand on vous énumère tout ce sur quoi on veut mettre « un accent particulier », à savoir : éducation de base, santé de base (cela veut dire quoi ?), protection sociale, approvisionnement en eau potable, électrification urbaine et rurale, assainissement, environnement, infrastructure économique et sociale, travaux à forte intensité de main d’œuvre (lesquels ?), appui à la production et à la commercialisation dans l’agriculture et l’élevage, à la paix et à la sécurité, aux PME/PMI, vous êtes bien obligés de vous rendre à l’évidence que Sassou amuse la galerie, car il ne met pas l’argent qu’il faut pour résoudre les problèmes auxquels il prétend s’attaquer. Il embobine les Congolais. Puisque l’électricité est importante, la réhabilitation de Moukoukoulou, même du barrage du djoué et la construction d’un autre barrage ne doivent pas prendre 100 ans ! Les Chinois ont un savoir-faire en la matière : un devis, de l’argent et un calendrier, et le tour est joué. Comment on les finance ? Avec l’argent des projets inutiles de la municipalisation accélérée. Cela permettra de remettre Moukoukoulou en marche en un an. Demandez aux compatriotes de Pointe-Noire si la municipalisation de leur ville a été réellement accélérée, et si cela a amélioré leur vie ? Ce n’est pas d’une municipalisation accélérée dont les Congolais ont besoin, mais bien, entre autre, d’une électrification ultra accélérée car indispensable à l’industrialisation, à la création d’entreprises et des micro entreprises, donc à l’emploi. Ce n’est visiblement pas la priorité de Sassou qui prétend s’attaquer à l’emploi.

Avec son budget, il ne résoudra rien, ou presque rien. 80% d’un budget de l’Etat rien que pour le fonctionnement ? On croit rêver ! Donnons un seul exemple : avec le coût d’une voiture VX (60 000 000 FCFA), on garantit 50 ans de salaire à un jeune congolais qui gagnerait 100 000 FCFA/mois. On le sortirait du chômage. Ainsi faisant, on sortirait de la pauvreté les jeunes de Mikalu, Talangaï, Makélékélé, Poto-poto, Diata, Bacongo, Ouenzé, Mfilou, pour ne citer que ceux de Brazzaville, qui rongent leurs ongles à longueur de journée, accablés par un chômage affligeant. Le choix, entre le VX et le chômeur, me semble clair pour qui lutte sincèrement contre le chômage. Donc dire que les dépenses pour lutter contre la pauvreté « bénéficient d’une enveloppe de 148 549 000 000 de FCFA, tant en fonctionnement qu’en investissement » ou que le « Gouvernement prévoit, pour l’exercice 2005, le relèvement du simple au double des dépenses relatives à la lutte contre la pauvreté », cela ne veut strictement rien dire. Combien va au fonctionnement ? Combien va à l’investissement ? En d’autres termes, d’une part, quel est le montant qui sert à entretenir la pauvreté, quels sont les critères de pauvreté pour en bénéficier, et combien de pauvres il y a au Congo ; et d’autre part quel est le montant qui aide les pauvres à sortir de la pauvreté, et combien le Congo compte t-il de chômeurs ? Quels sont les actions misent en oeuvre contre la pauvreté ?

Peut-on faire mieux pour le budget ? Je réponds oui. Le budget de Sassou exercice 2005 est totalement déséquilibré. Pour être au service des compatriotes qui soufrent tous les jours, il faut réduire massivement le train de vie de l’Etat, et ultra accélérer des projets d’urgence vitale en élevant les dépenses d’investissement entre 40 et 45% du budget.

Enfin, avec un Indice de perception de la corruption 2004 de 2,3, le Congo est classifié par Transparency International parmi les pays qui souffrent de « corruption endémique ». Cette corruption est contre l’emploi. Ceci à deux niveaux. Primo, beaucoup d’investisseurs refusent de payer quoi que ce soit, à qui que ce soit pour créer une société, en prendre le contrôle, ou obtenir un marché dans un pays. Ces investisseurs ne viendront jamais au Congo. Secondo, Il y a ceux qui acceptent de corrompre, mais ils récupèrent l’argent dépensé pour corrompre en augmentant les prix des marchandises ou des services, ce qui ralentit la consommation dans un pays ou règne la pauvreté, donc pas de dynamisation de l’économie et donc pas de capacité d’embauche. Ces investisseurs, eux-mêmes déjà, n’embauchent pas beaucoup. La corruption est par conséquent contre l’emploi. C’est un mal auquel, il faut s’attaquer sans tergiverser.

On peut donc affirmer que la situation dans le pool qui maintien une insécurité larvée sur le chemin de fer, l’instabilité et l’insuffisance de l’électricité, et la corruption endémique, sont, pour ne traiter que les trois facteurs, des problèmes majeurs qui, si on ne les résolvait pas, maintiendraient les Congolaises et Congolais dans le chômage et la pauvreté. Peut-on sortir le Congo de cet environnement qui casse la dynamique de l’emploi ? Ma réponse est oui. Comment ? Le préalable pour un Congo, uni, solidaire, prospère, juste et démocratique, c’est l’acquisition d’une Nouvelle Conscience. Une Nouvelle Conscience qui vous donne le réflexe Congo, qui vous fait penser Congo dans toute sa diversité culturelle et humaine, dans toutes ces intelligences et compétences sur l’ensemble du territoire national. Cela vaut pour toutes les Congolaises et tous les Congolais, à commencer par le Président Sassou-Nguesso, qui doit comprendre que le rôle d’un Président de la république (au sens plein du terme) est de tout faire pour que les Congolais ne puissent pas éterniser les haines et les rancœurs. Nous avions vécu 1993, 1997 et 1998, jusqu’à quand les Congolais vont subir les évènements du pool, qui, non seulement handicapent la circulation des trains, indispensable pour l’emploi dans l’informel (les gens se débrouillent par eux-mêmes), mais aussi, empoisonnent la vie des compatriotes qui vivent dans le pool et introduit une insécurité, qui bien que localisée, rejaillit sur l’ensemble du pays ? Le contexte international marqué le développement de la démocratie, l’approche des solutions des conflits tels que celui de la Cote d’Ivoire par l’implication de l’ONU avec la résolution 1572 du Conseil de Sécurité, la position affichée par l’UA avec la médiation de Mbeki, celle de la francophonie, et s’il faut ajouter, l’activisme diplomatique du Congo pour participer à la résolution des conflits en Afrique, tout cela devrait incliner Sassou à faire en sorte que les filles et fils du Congo se retrouvent dans leur pays afin de vivrent la compétition politique telle qu’elle devrait se faire au 21eme siècle. C’est l’exigence d’une Nouvelle Conscience qui doit imprégner le Congo tout entier car, quand les Hommes politiques passeront, le Congo restera, mais dans quel état ? Il faut faire en sorte que cet état soit le plus paisible et le plus favorable pour le bien être des congolais. Ce n’est que de cette façon que le pool recouvrera la tranquillité qui fera le bonheur des femmes et des hommes qui y vivent, y produisent et contribuent ainsi à la réduction de la pauvreté. Si cela est fait, les Congolais affirmeront leur “ferme volonté de bâtir un Etat de droit et une Nation fraternelle et solidaire” afin de “cristalliser l’espérance collective dans le devenir de la Nation” tel que brandit dans le Préambule de la Constitution de 2002. Le Président Sassou devrait aller dans les sens du préambule de sa Constitution pour en finir avec le calvaire des compatriotes qui sont dans le Pool, les retrouvailles du Congo tout entier. Pas par des arrangements politiques ciblés car le Congo n’appartient pas qu’aux politiques, mais par un nouvel élan fraternel et démocratique qui intègre toutes les composantes de la société congolaise.

La Nouvelle Conscience, c’est celle qui place le bien être des congolais au centre de toute réflexion et toute action politiques. Elle nous permettra de travailler dans une perspective séculaire de construction de la démocratie effective et vivante en engageant, dès à présent, le mouvement de transformation de la société congolaise. Il n’y a pas de Nouvelle espérance sans une Nouvelle Conscience. Pour commencer, il faut re-dynamiser le secteur des activités de la poste en mettant en place divers services et la création des postes de facteurs. Cela suppose une urbanisation lisible des villes du pays, avec dénomination des rues et numéros des parcelles. En garantissant la fiabilité et la rapidité du service, ce secteur créera beaucoup d’emplois.

L’Université Marien Ngouabi a un déficit d’enseignants. Les marges de manœuvre données par la communauté financière internationale doivent permettre d’embaucher des enseignants-chercheurs dans des domaines pouvant permettre des collaborations internationales, avec le secteur public ou privé, susceptibles de financer des projets porteurs d’emplois. Comme soutien à cette activité de scolaire intense, il faudrait construire, à Brazzaville, une grande bibliothèque, totalement informatisée, pour permettre aux élèves, étudiants, enseignants et chercheurs d’être toujours à la page. Cette bibliothèque engendrera des activités annexes (photocopies, téléphonies, restauration etc....) créatrices d’emplois. Elle sera aussi le levier de la connaissance de tout congolais. L’endroit où l’on vient chercher l’information qui vous manque. Le secteur de l’agriculture est un vivier à emplois qui a besoin de toute une stratégie globale qui intègre d’autres secteurs d’activités économiques et non pas d’un « programme décennal agropastoral et halieutique » dont on ne connaît pas les détails des actions. Nous avons une terre fertile qui peut être mise en oeuvre en deux ans. Il suffit de nouer des coopérations dans ce domaine avec des pays du sud et de l’Ouest de l’Afrique pour que nous créions énormément d’emplois, que nous développions une petite industrie agricole (beurre, lait, fromage, volailles, légumes etc....), que nous ayons une certaine autosuffisance alimentaire, et que nous diversifions nos produits d’exportation, tout en réduisant nos importations.

Pour conclure, on voit bien, avec ces quelques exemples, qu’il y a au Congo, de l’espace pour une autre politique de réduction du chômage et de la pauvreté. Elle nécessite une circulation des biens et des personnes continue, une électrification totale et permanente, et une corruption quasi inexistante. Le Président Sassou Nguesso a t-il la volonté et la stratégie pour sortir le Congo du marasme actuel et de l’emmener vers le développement ? Rien n’est moins sur. Il nous reste, à-nous Congolais, d’où que nous soyons, d’écouter ce qu’il nous dit, de vérifier honnêtement sur le terrain s’il fait ce qu’il nous dit, de constater si nos vies changent en s’améliorant, puis, le moment venu, constitutionnellement, démocratiquement, nous ferons le bilan et nous lui donnerons notre verdict en bons démocrates que nous serons tous devenus.

Arsène BIKOUE

Président de la Ligue de la Démocratie au Congo - Président de l’Association Combat pour la Santé et pour la Vie Membre d’Alternative Congolaise Email : arsenebikoue@yahoo.fr Tel :0662872652

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