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Politique

Voilà le chemin.

Là est le chemin

Cent trente six milliards (207 millions d’euros ou 277 millions de dollars). C’est le montant - sous-estimé, dénoncent certains - des recettes supplémentaires qu’aurait généré pour le Congo la hausse du prix du baril sur le marché au cours de l’année 2004. Le ministre des Finances l’a indiqué lors de la session extraordinaire de l’Assemblée qui s’est ouverte à Brazzaville. Par ailleurs, a ajouté ce dernier, l’entrée en exploitation d’un nouveau gisement terrestre, appelé " Boudi ", près de Pointe-Noire, devrait accroître la production de pétrole du Congo de 11,4 millions de tonnes en 2004 à 13,3 millions de tonnes en 2005. Au total les recettes pétrolières s’élèveraient à 624,1 milliards de francs CFA (951 millions d’euros ou 1,2 milliard de dollars), à en croire le projet de budget soumis à l’appréciation de la chambre basse du parlement et élaboré sur la base d’un prix du baril à 31,1 dollars.

Si l’on rappelle que les recettes pétrolières s’établissaient au montant de 514,7 milliards en 2004 et que le gouvernement a présenté un budget national s’élevant à 910,1 milliards de FCFA en 2005 on comprend que malgré le service de la dette, le Congo ne manquera pas d’argent. De l’argent qui, bien utilisé ou investi à bon escient pourrait soulager un tant soit peu la misère dans laquelle demeure plongée la majorité de nos compatriotes. [1]

Hélas, la leçon que l’observateur attentif des réalités congolaises tire en cette fin d’année de la gestion de la chose publique dans notre pays est que le clan aux affaires rechigne à la bonne gouvernance. Sous l’aiguillon des institutions de Bretton Woods, c’est contraint et forcé qu’il essaie de respecter l’orthodoxie financière et d’assurer un minimum de transparence dans le domaine pétrolier. En un mot le gouvernement a besoin d’être cornaqué par le Fonds monétaire international, véritable parlement du Congo. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement ?

En réalité cette situation n’est jamais que la rançon du caractère non démocratique du régime. Là où des autorités élues se soucieraient de leurs électeurs, ne fut-ce que pour assurer leur réélection, un pouvoir issu d’un coup de force n’aura de comptes à rendre qu’à ceux qui l’auront installé au pouvoir : puissance (s) étrangère (s), forces armées, clan régional ou multinationale (s) étrangère (s). Bref, c’est l’histoire du veau qui, parmi mille vaches, reconnaît sa mère...

D’aucuns argueront que la paix revient dans le pays et que c’est là l’essentiel. Certes, si l’on oublie que ceux qui s’en prévalent ont été sinon les initiateurs des guerres, du moins en auront-ils été parties prenantes. Nous jouissons d’une certaine paix si l’on admet que celle-ci signifie absence de conflits armés sur la majeure partie du territoire ou si l’on tient pour quantité négligeable l’hypothèque de ces générations d’enfants non scolarisés, le maintien de plus de la moitié de la population du pays sous le seuil de pauvreté, la violation des droits humains et l’impunité érigée en véritable " loi " régissant dorénavant la société congolaise. Faut-il évoquer encore ici l’affaire dite des " disparus du Beach " ou l’agonie des populations du Pool, une province abandonnée dans laquelle, pour toute assistance, on s’apprête à nommer prochainement quelques nouveaux " députés " ?

En l’occurrence, c’est André Milongo qui a le mieux traduit la pensée de la majorité des Congolais : " Notre pays regorge d’immenses richesses extractives et d’importants atouts capables de le hisser au niveau des pays émergeants d’Afrique ou d’Asie. Mais paradoxalement, il croupit au rang de pays pauvre très endetté car nous avons oublié que la capacité de créer la richesse est plus importante que la richesse elle-même. Conclusion, il n’y a pas de pays pauvre, il n’y a que des mauvais dirigeants. Il est donc urgent de créer des conditions permissives d’une véritable réconciliation nationale en vue de la reconstruction du pays car, le développement dans notre contexte, j’insiste là-dessus, est un processus autour duquel un consensus minimum, doit se former entre le pouvoir, l’opposition et la société civile " analysait-il.

Voilà le chemin.

Nika Mabiala

© Copyright Mwinda 30/12/2004

Notes

[1] Anecdote sur les moeurs en vigueur sous nos latitudes la presse rapporte cette semaine les propos de Christian Letard, entraîneur de l’équipe nationale du Congo : " Il y a de l’argent qui est sorti du ministère des Finances pour le financement du stage de préparation des Diables rouges. Une partie de cet argent a disparu ". Conséquence : L’équipe nationale de football du Congo, les Diables rouges, a écourté sa préparation des qualifications communes au Mondial-2006 et à la Coupe d’Afrique des nations 2006, les joueurs ayant été expulsés de leur hôtel faute d’avoir payé leur hébergement...

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