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Politique

l’instruction des disparus du Beach embarrassait Sassou et Chirac

Trois questions à François-Xavier Verschave, président de l’association Survie, sur l’annulation par la cour d’appel de Paris de la procédure sur les "disparus du Beach" au Congo-Brazzaville.

François-Xavier Verschave : l’instruction des disparus du Beach embarrassait Sassou et Chirac

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François-Xavier Verschave, président de l’association Survie lors de la conférence de presse du 18 NOVEMBRE 2004 au Cape [Photo FCD]

Q- La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris vient d’annuler l’instruction sur "les disparus du Beach" au Congo-Brazzaville, pouvez-vous rappeler les faits qui seraient à l’origine de cette instruction ?

R- En octobre 1997, le général Denis Sassou Nguesso, favori d’Elf, de Jacques Chirac et de la Françafrique, a repris le pouvoir à Brazzaville au terme d’une guerre civile. Cette guerre a repris fin 1998, et le nouveau régime a enchaîné les crimes contre l’humanité (massacres, viols systématiques, villages rasés). Mi-mai 1999, il a invité ceux qui avaient fui la guerre au Congo-Kinshasa voisin (l’ex-Zaïre) à rentrer au pays, sous l’égide du Haut commissariat aux réfugiés. Ces exilés ont retraversé le fleuve Congo, de Kinshasa vers Brazzaville. Sur le lieu du débarquement (le Beach), les jeunes originaires de la région du Pool (des Lari) ont été mis à part et emmenés vers le Palais présidentiel. De rares survivants ont témoigné de l’extermination systématique de ces jeunes raflés, dont le nombre exact est inconnu (plus de mille selon certains) : un carnage, au pied du Palais de M. Sassou Nguesso. Les parents de 353 de ces « disparus » ont porté plainte à Meaux contre les responsables présumés de ce crime contre l’humanité, sachant que l’un des plus hauts dignitaires du régime, le général Norbert Dabira, a une résidence dans le ressort de ce tribunal. Évidemment, les parents n’attendent rien de la justice congolaise, soumise au bon vouloir de la dictature qui a commis le crime. Le juge d’instruction Gervillié a instruit l’affaire au nom de la compétence universelle des tribunaux français en cas de crime contre l’humanité. Cette instruction gênait énormément le dictateur de Brazzaville... et son vieil ami Jacques Chirac. La même justice aux ordres qui a fait jusqu’ici échouer toutes les procédures contre Jacques Chirac vient cette fois d’annuler pour vice de forme les poursuites contre une clique meurtrière, qui a commis des crimes beaucoup plus massifs et récents que ceux d’un Pinochet.

Q- Selon vous, y a-t-il eu des ingérences politiques dans ce dossier judiciaire ? Qui protège qui et pourquoi ?

R- Ces ingérences politiques sont plus qu’évidentes. Il y a quelques mois déjà, Dominique de Villepin avait fait réveiller une haute magistrate en pleine nuit pour faire libérer un autre responsable congolais mis en examen par le juge Gervillié, le chef de la police Jean-François Ndenguet. C’est cette décision qui était jugée en appel. Le résultat, s’agissant de crimes contre l’humanité, rappelle les pires heures de la justice de Vichy. La Françafrique protège son impunité, continuant d’enchaîner les pires iniquités.

Q- Que vous inspire l’appel du gouvernement du Congo-Brazzaville à la FIDH pour qu’elle vienne enquêter sur place ?

R- C’est comme si Goebbels invitait Amnesty... Les corps ont disparu, pour une bonne part jetés au fleuve. On ne laisserait pas à la FIDH les moyens de retrouver les restes de ces disparus. C’est une pure opération de propagande. En face, les dossiers des familles des disparus sont accablants. Et c’est bien pourquoi on n’a trouvé qu’un vice de forme particulièrement spécieux pour tenter d’enlever cette épine du pied des relations Paris-Total-Brazzaville. Mais les plaignants se sont pourvus en cassation, et ils n’ont pas l’intention d’en rester là. Rappelons que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.

vendredi 26 novembre 2004, 14h10 Copyright © 2004 Yahoo ! Inc

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